Chassol, chasseur de sons

chassol-©-Fabien-Keffer-Hebert

Le musicien français a créé l’ultrascore, un style musical entre image et son, musique concrète, pop et BO de film.

Ce n’est pas souvent – c’est même même rare – de se dire en écoutant un disque: « Fichtre, je que je n’ai jamais rien entendu de pareil! ». Eh bien, puisqu’on en parle, c’est arrivé récemment avec l’album Big Sun de Christophe Chassol. Ce musicien français de 39 ans aux allures de Gainsbourg des Antilles, formé au Conservatoire, compositeur de musique pour le cinéma et la télé le jour, est adepte, à ses heures les plus créatives, de ce qu’il appelle l’ « ultrascore ». L’ultrascore? L’harmonisation du réel. La méthode? Chassol part d’un son (une voix, un chant d’oiseau, un embouteillage…), il le manipule, juxtapose une mélodie dessus, puis une ligne d’accords et crée une chanson.

«Ce format est né de l’envie d’avoir un autre matériau que les gammes et les mélodies, expliquait le musicien à Slate. Je travaillais naturellement le son des vidéos dans mon studio, puisque mes claviers sont sous l’écran. Je me suis rendu compte que je pouvais faire quelque chose avec n’importe quel son ». A Libération: « Je vois ce travail comme une démarche autant plastique que sonore. Il s’agit de créer à partir d’un matériau musical, ce qui donne une vision en 3D : l’harmonie, le rythme et la répétition ».

Chassol n’est pas juste un musicien, c’est un guide de voyage sonore. Sa musique se regarde autant qu’elle s’écoute. D’ailleurs, ses disques se déploient en DVD comme en CD. Après l’Inde avec Indiamore en 2013, il nous emmène aujourd’hui en Martinique, la terre de ses aïeux. Là, en compagnie d’une réalisatrice et d’un preneur de son, il redécouvre l’île où il passait ses vacances étant enfant. Comme un documentariste, il enregistre et filme les gens qui discutent, les oiseaux qui chantent, le bruit des usines, le mouvement des coupeurs de canne à sucre, le carnaval… De retour à Paris, il écoute, regarde, avec son piano devant lui et y juxtapose des mélodies.

En résulte un disque/film de voyage, et surtout une rencontre entre la musique occidentale (la musique concrète, le jazz, la pop) et celle des Antilles. Ainsi, Chassol juxtapose une mélodie de Bartok sur un jeune toaster ragga ou crée une mélodie autour de chanteurs de rue reprenant les stars locales comme Eugène Mona, chanteur de biguine, style en vogue sur l’île dans les années 60: « Mon objectif n’était vraiment pas de faire un travail sur tous ces musiciens, mais j’en ai un peu marre de l’image de la Martinique. C’est, au choix, “la plaque tournante de la drogue” dans Enquête exclusive ou “ouais, soleiiiiiiiil ! Ça va zouker, ouais !” C’est ma petite pierre. »

Un disque, un film. Un disque-film. Et puis les concerts. Durant lesquels Chassol joue devant les images du film projetées. L’expérience totale. Différente en tout cas. Pour le reste… «J’espère qu’en 2070, un gamin de quatorze ans se saisira des fichiers comme dans Minority Report en appelant ses potes: ‘Eh venez voir, j’ai trouvé un truc dément des années 2000′. J’espère que ça va rester. J’aimerais bien.» Nous aussi.

DIDIER ZACHARIE

Album « Big Sun » (Tricatel). En concert à l’OMNI Festival à Luxembourg le 14 juillet et au Tourcoing Jazz Festival le 15 octobre.

BIO EXPRESS

> Christophe Chassol est né à Paris en 1976 de parents Martiniquais.

> Il entre au Conservatoire de Paris à l’âge de quatre ans. Ses idoles: Jerry Goldsmith, Miles Davis, Stravinsky, Ennio Morricone, Steve Reich et The Cure.

> Il a été chef d’orchestre, travaillé avec Phoenix et Sébastien Tellier et compose pour le cinéma, la télévision et la publicité.

> C’est Bertrand Burgalat, musicien et patron du label Tricatel qui l’a poussé à enregistrer et sortir « ce qu’il avait dans la tête ».

Journaliste lesoir.be

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