Avec le temps, va, Juliette s’en va

PHOTO VICTOR DIAZ LAMICH

MONTREAL
DE NOTRE ENVOYE SPECIAL
Gérard Jouannest, son mari et ancien pianiste et compositeur de Jacques Brel, est au piano, flanqué de l’accordéoniste Jean-Louis Matinier. Ils ont l’air tout petits sur l’immense scène de cette magnifique Maison Symphonique, écrin de rêve à l’acoustique exceptionnelle. Les deux musiciens jouent l’introduction de ce concert quand doucement, glissant dans sa robe de velours bleu nuit, elle sort du noir. Le pas n’est pas très assuré mais le sourire et la mine réjouie sont là. Juliette rayonne. La Gréco est de retour. Pour une dernière fois. En avril dernier, à 88 ans, la chanteuse des plus grands a lancé au Printemps de Bourges sa tournée d’adieu, sobrement intitulée “Merci!”. Vendredi, elle était à Tadoussac. Après Montréal, ce sera Sherbrook et Toronto. Avant de repartir sur les routes d’Italie, d’Allemagne, de Hollande, de France et de Belgique (le 20 juillet à Anvers). La demande est telle que les dates s’ajoutent pour le moment jusqu’en avril 2016. Dire que l’an dernier, elle était encore au Cirque royal dans l’indifférence générale. Il suffit donc de dire adieu pour que le monde se précipite au chevet de la servante des grands poètes.
Une fois plantée derrière son micro, avec à ses pieds deux prompteurs pour l’aider à retrouver ses mots, Juliette renoue avec la magie de ses interprétations. Avec ses mains et ses doigts bavards, signifiant chaque mot, chaque idée. “Bruxelles” d’abord, avec cet humour de la comédienne surjouant avec jubilation cette place de Brouckère d’antan. Brel et Jouannest. Jouannest et Brel avec “Les vieux”, “Le tango funèbre” et “Amsterdam”. Un Brel qu’elle a connu timide, tout débutant. Son préféré avant qu’elle ne passe la parole à Gainsbourg (“Accordéon” et “La javanaise”) et Ferré (“Jolie môme”, “Avec le temps”).
Mais Juliette n’y résiste pas et revient à Brel avec “Je suis un soir d’été”, “Ces gens-là”, “La chanson des vieux amants”, “J’arrive”, “Ne me quitte pas”. La mort, Juliette la dévore, l’étripe, lui tord le cou. Avec délice et malice. Coquine, elle dit qu’elle ne devrait plus la chanter mais qu’elle est trop belle et c’est “Déshabillez-moi” bien sûr. C’est une gamine qui se tient droite sur scène, raide comme une saillie, blanche comme un cierge de Pâques dans sa robe de corneille. Le public est debout, il en redemande après une heure seulement. Le temps de recevoir des bouquets de fleurs et de revenir pour un “Temps des cerises” plein de joie et d’optimisme. Juliette goûte aux vivats et à l’amour du public comme un bon vin. Regrettant sans doute à cet instant, à cet instant seulement, sa décision de s’en aller définitivement. Avant de devenir pathétique. Elle s’en est retournée de son petit pas. Décidément plus voûtée quand la lumière se détourne d’elle, ne la fait plus revivre. Mais belle toujours quand nous la retrouvons en tailleur pantalon dans sa loge. Cela fait soixante-cinq ans que la Gréco distille le bonheur en étant le porte-voix des grands maîtres de la chanson. Le rossignol va s’envoler très haut sur sa branche. Un petit oiseau qui aimait un petit poisson d’un amour tendre mais qui ne savait pas s’y prendre. Celle-là aussi elle l’a chantée. Pour nous enchanter!
THIERRY COLJON
PHOTO VICTOR DIAZ LAMICH
Juliette Gréco sera au Rivierenhof d’Anvers le 20 juillet.Infos www.gracialive.be


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