Kovacs, Ibeyi : les filles s’en mêlent

Frontstage - Kovacs - Crédit Thomas Blairon

L’affiche de Werchter ne réserve peut-être pas de surprises, mais elle permet de faire encore l’une ou l’autre découverte. Kovacs, par exemple. Ou Ibeyi…

Kovacs, donc. Sharon de son prénom, coupe ultra courte, tatouages et bonnet en fourrure sur la tête lorsqu’elle chante sur scène comme ce vendredi. Dans le décor : un grand fauteuil en osier, tout droit sorti d’un Emmanuelle. Certains, quand ils ne la surnomment pas The Wolf Lady, voient déjà en elle la Amy Winehouse néerlandaise…

N’exagérons rien : déjà qu’à 25 ans, Kovacs nous paraît plus raisonnable, et ce même si son passé semble avoir été pour le moins chaotique. Par contre, pas un seul papier qui parle d’elle et ne mentionne des grandes. Comme Nina Simone, Ella Fitzgerald, ou Shirley Bassey. « Je les ai découvertes très tard », nous raconte-t-elle en backstage, une petite heure après sa sortie de scène, ravie de s’être produite devant autant de monde pour ce qui est en réalité son premier concert belge. « Vous savez, je n’ai pas grandi dans une famille très « musicale ». Mon grand-père écoutait bien du schlager (Ndlr : de la variété, dans les contrées germaniques), mais ça ne compte pas vraiment. » C’est au cours de ses études que tout a changé : « J’ai dû commencer à m’intéresser aux styles de musique, à l’histoire, et j’ai entendu des choses plus profondes. J’ai écouté plein de vieux vinyles. J’avais 19 ans. J’ai trouvé que ça me parlait plus que, disons, la musique d’aujourd’hui. »

Sharon Kovacs aura mis trois ans pour terminer Shades of black, son premier album (distr. Warner). En deux ou trois mots ? « Mélancolique, sombre, soul. » Sombre ? « Ce que je fais est aussi thérapeutique. Mais c’est également quelque chose que j’aime beaucoup, créer ce genre d’atmosphères », dit-elle à propos de chansons comme « When the lady’s hurt », « Night of the nights » ou, chantée en dernier ce vendredi, « The devil you know ».

Quant à trouver des musiciens, des partenaires avec lesquels partager ce projet… Pas trop compliqué ! « Tout le monde vit ça, a connu un chagrin d’amour ou un proche qui vous laisse dans les soucis. Après, personne n’est obligé d’exprimer ce qu’il ressent de manière aussi ouverte. En tout cas, si vous êtes quelqu’un de très joyeux, ne venez pas m’écouter, parce que cette musique ne vous rendra pas plus heureux. Mais il y a toujours un petit message dans ces chansons, un peu d‘humour, des clins d’œil. On peut donc aussi en tirer quelque chose de positif. »

La Néerlandaise sera le 16 octobre à l’Ancienne Belgique (Club), le temps d’un autre concert belge… déjà complet ! Ensuite, ce sera Courtrai (De Kreun, 9 décembre), Louvain (Het Depot, 10 décembre) et Anvers (Trix, 12 décembre).

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Ibeyi ? Oh que oui ! Elles sont deux, nées à Paris, sœurs jumelles, coiffure afro pour l’une et tresse pour l’autre, filles du défunt Miguel Diaz, joueur de conga notamment au sein du Buena Vista Social Club. C’est à leur mère, qui s’occupe aujourd’hui de leur management, qu’elles doivent leur connaissance de la culture yoruba, une culture originaire d’Afrique de l’Ouest et dont elles disent d’ailleurs un mot sur scène entre deux chansons. Et entre parenthèses, le nom qu’elles ont adopté pour leur duo y signifie « jumelles ».

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Non seulement, ce qu’expriment Lisa et Naomi a des racines authentiques, mais elles le font en plus joliment, tissant de belles harmonies vocales sur fond de percus (cajon) et des synthés. En anglais, en yoruba, en français… C’est vrai, ça change, un concert qui repose enfin sur le chant ! Qui ne doit pas déplaire aux amateurs de Zap Mama. Ou de Selah Sue. Et ces deux demoiselles savent chanter, c’est sûr, avec ou sans la participation du Klub (« On my way ») ! Ou quelles que soient les petites touches contemporaines dont elles agrémentent leurs compos, un peu hip hop par-ci, un peu soul et jazzy par là.

Évidemment, dans cet espace qui affiche une capacité de 10.000 personnes, ou dans une programmation aussi disparate que celle de Werchter, ça peut perdre un rien de son impact émotionnel. Ibeyi, on les verrait bien à Couleur Café ou à Esperanzah… Et effectivement, elles reviendront en Belgique, le 31 juillet à Floreffe et le 9 octobre à l’Ancienne Belgique. « C’est déjà ça », comme dirait notre camarade photographe du Focus, complètement en extase depuis qu’il a traité les photos de ce concert à Werchter. On lui proposerait bien une listening session de l’album sorti sur XL Recordings, histoire de patienter utilement. Pour la petite histoire, Richard Russell, le boss du label qui passe pour avoir du goût et du flair, n’aurait eu – dit-on – d’intérêt que pour ultra peu d’artistes ces derniers temps. Et c’est avec le clip de « Mama says » que Lisa et Naomi l’auraient convaincu…

Didier Stiers
(Photos : Thomas Blairon)

Setlist Kovacs : Whiskey & fun – 50 shades of black – Night of the nights – Fool like you – When the lady’s hurt – Diggin’ – Wolf – My love – The devil you know

Setlist Ibeyi : Eleggua – Ghosts – Lost in my mind – Mama says – I’m on my way – River – Oya – Better in tune with the infinite – Weatherman – Ibeyi – River

 

 

 

 

 

Didier Stiers

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