Lady Gaga s’incruste au Gent Jazz

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Dans la flopée des festivals belges, le Gent Jazz tient un certain standing. On boit son champagne dans une flûte et son vin (ou sa bière, ne soyons pas snob) dans des verres en verre. Et le public, quoique hétérogène, colle aux standards: cardigans noués sur les épaules, voire robes de soirée… Mais dimanche, ce sont parfois les hommes, fardés, qui portaient talons hauts et robes à paillettes. Les «little monsters» de Lady Gaga venaient soutenir leur idole, de passage pour sa tournée avec Tony Bennett.

A 89 ans, le crooner américain s’est trouvé une sparring-partner d’exception pour dépoussiérer son répertoire. «On a réalisé un album ensemble, avec Lady Gaga. Un magnifique album. J’ai accepté, parce qu’elle avait vraiment besoin d’argent.» Rire dans l’assemblée. Pour la pop star, le défi tient à gagner en respectabilité. Et la chanteuse joue le jeu, se fondant dans la peau des grandes dames du jazz. Coquine dans les duos légers, fragile ou solennelle quand la chanson l’impose. De l’art d’afficher la dignité d’une comtesse en string à paillettes.

«Vous vous demandiez sûrement ce que vient faire Lady Gaga au Gent Jazz festival, vous qui aimez la musique raffinée, lance, provoc’, la chanteuse en guise d’introduction à son solo «Bewitched, Bothered & Bewildered». Le fait est que je chante du jazz depuis l’âge de 13 ans. Je vous ai peut-être déjà ensorcelés.» Et de rajouter une couche un peu plus loin dans la chanson, insistant sur les paroles «I think I’ve done well» (Je crois que je me suis bien débrouillée).

Peu à l’aise dans les aigus, la chanteuse livre de jolies interprétations, les chansons (souvent) collent à son timbre. «Pour être tout à fait honnête, je trouve qu’elle chante mieux que certaines chanteuses de jazz les plus reconnues», lâchera le directeur du festival, Bertrand Flamang.

Les morceaux s’enchaînent, répertoire sage. Tony Bennett, souvent seul sur scène, tient une interprétation toujours parfaite, agrémentée de quelques anecdotes bien rodées. Tous les deux ou trois morceaux, Lady Gaga entre en scène, charismatique, dans une tenue toujours plus invraisemblable.

Un cri à côté. «Oh mon Dieu! Ce sont nos fleurs! Ce sont nos fleurs!» Lady Gaga, gainée dans une sage robe rose bonbon, entre de nouveau en scène. «Cette chanson est pour mes petits monstres», annonce la chanteuse en français, avant d’entamer «La vie en rose». La langue est un peu malmenée mais qu’importe les paroles (on est en Flandre après tout), la chanson a son petit effet. Les deux petits monstres, justement, qui n’en reviennent toujours pas de voir leur bouquet dans les mains de la star, sont soufflés d’émotion. Plus de sautillements surexcités, le regard est empli de larmes et de complicité amoureuse.

Tony Bennett reprend le micro. Désintérêt total des jeunes fans. C’est qu’aussi audacieux et distrayant qu’il soit, le mariage entre les deux univers n’est pas simple et la sauce ne prend pas toujours. On aimerait que Tony Bennett s’encanaille et sorte un peu des rails. Que Lady Gaga imite moins et laisse plus libre court à sa saine folie.

LORRAINE KIHL

La diva a ses exigences

Fait très rare en festival: les photographes de presse n’étaient pas autorisés à prendre de photos du concert. Exigence de l’équipe Gaga. C’est qu’on ne badine pas avec l’image de la starlette.

Seul le photographe du festival était autorisé à prendre quelques clichés. Et encore, seulement depuis le fond de la salle (la règle veut normalement que les photographes aient accès aux abords de la scène pour les trois premiers morceaux). Une fois les précieux tirages dûment retravaillés, il fallait encore les envoyer au staff de la chanteuse, basé aux Etats-Unis, pour validation. Puis les publier sur le site pour les rendre disponibles à la presse, qui regardait la montre.

Pas simple avec les divas. «C’est forcément un peu plus compliqué quand on fait venir une pop-star de ce calibre, reconnaît le directeur du festival, Bertrand Flamang. Il y avait des exigences très précises. Mais pas de demandes folles.»


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