Calogero: «J’aime faire le con sur scène»

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Le chanteur français sera la vedette de cette 22e édition des Francofolies de Spa qui s’ouvrent ce vendredi. Avec un concert révélé en décembre dernier au Palais 12 et à trois reprises ce printemps à Forest National. Nous l’y avons rencontré pour un entretien exclusif

Quelques heures avant son premier concert forestois de cette année, Calogero a accepté de se confier dans sa loge et de faire le point sur cette année folle pour lui.

Dix ans après le « Live 1.0 » enregistré à Forest National, vous enregistrez à nouveau votre DVD ici…

Oui, c’est plus facile quand on a deux dates. Et puis surtout, avec ce public-là, c’est génial. Forest, ce sont des retrouvailles. J’ai bien aimé le Palais 12, mais j’ai trouvé que les gens, au loin, n’étaient pas assez éclairés.

Un Palais 12, trois Forest National, les Francofolies de Spa, la Fête des Solidarités. Quel succès !

On arrête en septembre. Il y a de la demande mais, à un moment donné, j’ai envie de faire des chansons, de préparer l’avenir. Ça fera un an de tournée, ça va.

Il s’agit à nouveau d’un gros spectacle, très visuel…

J’aime bien que tout tourne autour de la musique. La performance du chanteur et des musiciens doit être au centre du concert. Si le concert tient juste aux lumières et aux pas de danse, ce n’est pas le propos. Ensuite, j’ai travaillé la scénographie avec Laurent Seroussi et les lumières avec Dimitri Vassiliu, qui sont des gens avec qui j’ai l’habitude de travailler, pour qu’ils me proposent des idées de visuel pour chaque chanson, en rapport avec chaque album. C’est un exercice assez difficile avec les écrans car si c’est mal foutu, tu ne sais pas si tu dois regarder l’écran ou ce qui se passe sur scène.

Le mariage parfait entre la mélodie forte, le texte qui n’a pas peur d’être engagé et le grand spectacle rappelle un peu les concerts de Jean-Jacques Goldman. Calogero ne serait-il pas le vrai héritier spirituel de JJG ? Celui-ci prétend que toute cette grosse machine autour de lui, sur scène, visait à camoufler son manque de charisme…

C’est bien lui de dire ça. Moi je trouve qu’il est très fort sur scène, mais il aime bien parler comme ça. Je l’ai vu sur scène à Los Angeles il y a très longtemps et je trouvais qu’il avait une présence terrible. Il commençait le concert par « Famille », seul, piano-voix. Je trouvais qu’il en avait plutôt beaucoup, du charisme. Il a simplement vite compris qu’il fallait faire du show. Après, lui et moi, on n’a pas la même attitude sur scène. J’essaie de faire en sorte que les gens sortent vidés du concert, mais je reste convaincu que tu peux mettre toutes les lumières et tous les écrans que tu voudras, si le chanteur ne mouille pas sa chemise, les gens ne sortent pas vidés.

Ce disque, « Les feux d’artifice », a rencontré son public puisqu’on en est à plus de 500.000 albums vendus, maintenant. Rassurant, non ?

Surtout à 40 ans. Quand on a eu du succès dix ans avant, on se demande si on va continuer dans des petits chaussons ou si ça va continuer à être fort. Le succès de ce disque ressemble presque à une première explosion. Pour moi, c’est un soulagement. Quand je parle avec mes filles et qu’elles me disent qu’à l’école, la chanson préférée de leurs copines, c’est « Le portrait », je suis hyper-touché. Surtout une chanson a priori lente ou pas pour les jeunes. C’est étonnant…

C’est une chanson qui a fait pleurer beaucoup de monde…

Les thèmes, on les trouve ensemble. Pour « Le portrait », c’est une photo que j’ai montrée à Paul Ecole, avec Eric Lopez, mon directeur artistique qui me l’avait fait découvrir. C’était un enfant dessinant sa maman sur un parquet. Paul Ecole a écrit le texte en fonction de cette photo. Pareil pour « Avant toi ». J’ai cité cette phrase à Alex Beaupain pour une chanson qui s’appelait « What About ». Je ramène quand même des choses aux auteurs. Mais j’ai besoin de leur écriture car je n’écris pas.

Dans votre loge, au Palais 12, on a croisé un certain Michel Polnareff. On pourrait aussi parler d’un père spirituel, non ?

On ne se connaissait pas. Il est venu par curiosité. J’ai été très touché par le fait qu’il apprécie mon concert. Moi je n’ai jamais revendiqué quoi que ce soit mais je me suis toujours senti un peu un descendant, quelque part. Il fait partie pour moi des chanteurs qui ont écrit les plus belles chansons françaises. Je n’ai pas de père spirituel dans la chanson, mais bien des modèles, dont il fait partie. Il chante au premier degré, ce qui est mon cas aussi. Quand je chante « Le portrait » ou « Si seulement », c’est droit devant. Et ça, c’est Polna ! On a peut-être ça en commun. Et je crois qu’il a beaucoup aimé que je joue de la basse en même temps.

A propos de bassiste, d’où vient ce message de Paul McCartney que vous nous avez fait écouter ?

On a fait une fête quand j’ai reçu l’album RTL de l’année en France. Pour me faire une surprise, ils ont appelé Paul McCartney pour lui dire qu’un mec, en France, était chanteur et bassiste gaucher et ils lui ont fait écouter. C’est suite à ça qu’il m’a envoyé ce message de félicitations que j’ai gardé, bien sûr.

« Un jour au mauvais endroit », élue chanson de l’année aux Victoires de la Musique (NDLR : un texte signé par sa compagne Marie Bastide), est inspiré du drame d’Echirolles – deux jeunes tués en septembre 2012 – dans cette banlieue de Grenoble où vous avez grandi. En janvier, Paris a été à son tour victime d’attentats sanglants. Que vous inspire cette sombre actualité ?

Le monde va mal, c’est clair. Nous, les artistes, on est là pour exprimer des choses avec plus de douceur, pour les faire comprendre différemment que les hommes politiques, de façon moins frontale. L’événement relaté dans « Un jour au mauvais endroit », c’était fort pour moi car ça s’est passé dans mon quartier. Les événements de janvier m’ont bouleversé aussi. Après, je ne vais pas non plus devenir le gars qui ne chante que les faits divers. J’aime les sujets forts, c’est vrai. Quand je vois tout ce qui se passe avec les religions, je pense à la chanson de Souchon, « Et si en plus y’a personne », où il dit : et si le ciel était vide ? C’est ce que tout ça m’inspire alors que je suis d’origine catholique. J’aime bien penser que les gens qui sont morts sont bienveillants avec nous. Ça veut dire que je crois en quelque chose. Mais même si je crois en Dieu, les églises ne sont pas un endroit où je suis hyper à l’aise. J’ai l’impression qu’on régresse en fait. Après, je suis un optimiste. J’espère que ça ira mieux, mais pour le moment, c’est un peu désolant.

Et les Enfoirés, c’est fini pour vous ?

Cela fait longtemps que je n’en suis plus. Les Enfoirés, je trouve ça super ; cette polémique, très parisienne, était honteuse. Cette cause est tellement belle, donner à manger à des gens qui ont faim… C’est intouchable, pour moi. Après, moi, chanter des chansons en me déguisant, c’est pas trop mon truc. C’est comme être coach à un télé-crochet, ce n’est pas de la timidité mais je ne me vois pas là. Mais je respecte ceux qui le font.

Et les réseaux sociaux ?

J’y suis, mais je les suis de loin. Je checke tout mais, par exemple, je ne vais jamais sur Facebook. Ça fait partie des trucs qui m’emmerdent dans le monde d’aujourd’hui. Ce monde de voyeurisme et d’espionnage me gêne de plus en plus.

Quand le concert filmé à Forest National sortira-t-il en DVD ?

Après les fêtes. Car cette année paraîtra une édition de luxe de l’album, avec notamment un inédit de Dominique A…

Et les Francofolies de Spa ?

J’adore le plein air. J’aime bien les gros concerts, quand il y a de la foule. J’aime faire le show sur scène. Je suis plus réservé et timide dans la vie. A table, je n’aime pas trop me faire remarquer. Mais sur scène, j’aime bien faire le con.

Propos recueillis par THIERRY COLJON

> Le programme des Francofolies de Spa.


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