Dour, en attendant 2016

Front - Dour Final

Toutes les bonnes choses ont une fin, et le festival de Dour aussi. On y retournera l’année prochaine (du 13 au 17 juillet). Mais avant, dernières impressions…

Cinq choses encore (Didier Stiers)

1. Rone
C’était samedi, sous la tente de cette Petite Maison Dans la Prairie, comble au point de ne plus pouvoir y caser une demi tresse de Laura Ingalls. Dehors, il pleuvait à verse, mais dedans, quel beau trip. Rone (Erwan Castex), petit bonhomme qui n’en finit plus de monter, joue une musique électronique aux vertus apaisantes même quand elle n’est pas planante ou mélancolique. Plus techno, quoi… A vivre en live au moins une fois dans sa vie. Comme un Jon Hopkins ou un Nils Frahm.

2. Le Labo
C’est là qu’on a pu voir les projets les plus aventureux ou les plus barrés de cette programmation 2015. A la liste de ceux déjà mentionnés précédemment, ajoutez Débruit, The Ex et Za ! C’est quoi Za ? Un duo barcelonais à trompette, qui surgit toujours là où on ne l’attend pas (au propre comme au figuré) et mélange notamment krautrock, effets et musiques du monde comme personne.

3. Ce tonton exemplaire
« J’avais envie d’aller à un festival rock, confie Gabriel, « presque douze ans », à propos de Dour. C’est ma première fois, et je trouve ça assez chouette. » Le gamin, qui joue de la batterie dans une harmonie, a aimé les Strypes, Débruit, mangé un pad thaï et confié à son tonton qu’il y avait ici beaucoup de gens à l’air ivre. « Ses parents n’ayant aucune culture rock, explique le tonton en question (et nous tairons donc son identité), je ne pouvais laisser la génération suivante se perdre. Je devais prendre les choses en main et commencer tôt, parce qu’il n’est jamais trop tôt pour bien faire. Ce qui est rigolo, c’est qu’il a capté l’esprit rock’n’roll. » Et devrait être de retour l’an prochain.

TT

4. La Muerte
Pas de moteur qui vient vrombir sur scène pour annoncer « Kustom kar kompetition », et une demi rangée de bougies en moins, mais quel concert infernal quand même ! Treize titres, deux covers (« Lucifer Sam » et « Wild thing »), un downtempo de plus en plus glaçant (« L’essence des chocs ») et un groupe intenable : les Bruxellois ont fait honneur à l’intitulé de la scène où ils jouaient hier. Mieux : sur cette Cannibal Stage, ils ont été sauvages comme jamais.

Front - La Muerte

5. Mathieu Golinvaux
Reconnaissable parmi tous les photographes en concert grâce à sa casquette à l’envers et un lacet souvent défait, le nôtre a couru comme un sot d’une scène à l’autre pendant cinq jours, dormant peu, s’hydratant à peine mais nous ramenant à chaque fois de terribles clichés et de méga bonnes idées. Si vous le croisez un jour, demandez-lui de vous montrer sa collection de musiciens qui sautent.

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Top/Flop 5 (Didier Zacharie)

1. « Doureuuuh! » (+)
Entendons-nous bien, ce cri de ralliement est insupportable à endurer. Néanmoins, il témoigne bien d’un certain phénomène Dour. Vingt-cinq ans après sa première édition, le festival, c’est suffisamment rare pour le noter, a su évoluer sans renier ses racines. Si la programmation est plus branchée électro, elle n’en délaisse pas pour autant les autres genres, les styles et les couleurs. Si le festival s’est professionnalisé avec le temps, il n’en reste pas moins un joyeux bordel unique en Europe. Dour reste le festival de découvertes par excellence, le temple de l’underground. En clair, il n’y a qu’un Dour.

2. Les trois derniers concerts: Nils Frahm, Jon Hopkins, Kiasmos (+)
On s’y attendait. Ça s’est confirmé. Trois des plus gros concerts du week-end furent donnés dans les dernières heures du festival. Comme pour mieux insister sur le fait que Dour se fait jusqu’au bout ou ne se fait pas! Le pianiste allemand Nils Frahm était le pari des programmateurs. Si le lieu n’était pas des plus propices pour apprécier au mieux les lentes montées atmosphériques entre classique et électro du bonhomme, le pari fut réussi. Joli succès pour Nils Frahm. Qui fut suivi par le set mastodonte de Jon Hopkins. Comme à l’AB il y a un an, comme au Primavera en mai dernier, le Londonien, seul derrière son laptop, nous a terrassés, donnant selon nous LE concert du festival – et prouvant une nouvelle fois que son Immunity sorti il y a deux ans est un disque énorme, quelque chose comme le Unknown Pleasure de son époque (si, si, ça faisait tout à fait sens quand on éructait cette thèse durant la nuit noire…). Enfin, les Islandais de Kiasmos ont clos ce Dour 2015 de parfaite manière: mélodies froides, gros beats et envolées acides… Le tiercé gagnant. Si on ajoute le concert de Max Cooper la veille, c’était électro puissance 4, cette année à Dour.

Front - Nils

3. Les nouvelles scènes Elektropedia Balzaal et Le Labo (+)
Pour mieux souligner le point 1 (que Dour parvient à évoluer sans renier ses racines, donc…), les nouvelles scènes inaugurées cette année ont été de jolies réussites. La première était l’attraction du week-end et fait déjà clairement office de deuxième grande scène à ciel ouvert pour clubbers. Durant la nuit, à l’Elektropedia, c’est Berlin au pied des terrils ! Pas moins. Quant à la tente Labo, elle permet d’apprécier des groupes indés fous et/ou intimistes à leur juste valeur. Exemple: les Grecs psychédéliques d’Acid Baby Jesus dont le concert n’aurait sans doute pas eu le même impact sous une tente ouverte et plus vaste. Là, dans le chaudron, c’était parfait ! Petit bémol : si seulement les concerts du cirque dada Spagguetta Orghasmmond et des Hollandais de The Ex y avaient été programmés samedi soir durant la pluie plutôt que dimanche au petit matin !

4. La Cannibal Stage (+)
Parlant de tradition, c’en est une qui tient la corde bien tendue ! On ne se souvient pas avoir passé autant de temps sous la Cannibal Stage que cette année. Et à vrai dire, on a eu bien bon ! L’énergie primitive est toujours dans les guitares, qu’on se rassure ! Rock on !

5. J’aime pas la pluie (-)

Front - Pluie

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Top 5 (Gaëlle Moury)

1. La scène électro
Plus encore que les années précédentes, les festivaliers ont eu droit à une programmation électro 4 étoiles et variée. Parmi la floppée de bons concerts du genre que l’on a vus, on retiendra un dimanche soir plutôt parfait, entre les grosses basses d’Hudson Mohawke, remplaçant de dernière minute de Pusha T, et la fin de soirée du côté de la Petite Maison dans la Prairie. Nils Frahm, Jon Hopkins, Kiasmos : on ne pouvait pas rêver mieux pour terminer cette édition. Seul bémol : on ne peut décidément pas être partout en même temps… et cette année, c’était encore plus frustrant que d’habitude.

2. Les découvertes au Labo
Cette année, une nouvelle scène : le Labo. D’une capacité à taille humaine (1.500 à 2.000 personnes), il s’agissait d’une sorte de laboratoire d’expérimentation. L’idée ? « Expérimenter de nouvelles idées, analyser les déviances sonores et sonder les nouveaux courants. » Eh bien, bingo pour cette création qui nous emmène hors des sentiers battus et qui permet de jolies découvertes. Mention spéciale pour les grecs d’Acid Baby Jesus et leur sirtaki psychédélique. Au garage la crise !

3. La Petite Maison dans la Prairie
Avec ses petites tables et ses petits bancs, ses bons hamburgers à la vraie viande (ah non, c’était pas ceux-là…), la Petite Maison dans la Prairie fait figure de coin de paradis dans la folie douroise. Mais surtout, sa programmation est l’une des plus agréables du festival. Outre le tiercé électro gagnant de dimanche, elle a notamment accueilli les mystiques CocoRosie et les percutants Young Fathers. En plus, plus besoin de marcher des heures pour y accéder…. On se serait juste bien passé de son effet sauna.

4. Les écrans géants de l’Elektropedia Balzaal
Festival dans le festival, l’Elektropedia Balzaal était the place to be cette année. Nous, ce qu’on y a préféré, ce sont les écrans géants où étaient projetées les images de festivaliers, et de collègues, filmés en train de se déhancher plus tôt dans la journée.

5. Le hip-hop indé
Magistral. C’est comme ça qu’on qualifierait Black Milk, qui inondait la Boombox de son flow samedi soir. Un concert rempli d’une folle énergie qui n’a pas faibli .“Let’s do some hip-hop shit!” lançait l’homme, accompagné d’un band tout aussi irréprochable. Ms. Lauryn Hill faisait bien pâle figure quelques heures plus tard sur la Last Arena…

Dour fin

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