Un monument de 30 ans

Frontstage - JMC - 1

Mercredi aux Lokerse Feesten, The Jesus And Mary Chain rejouait l’intégrale de « Psychocandy », son album culte de 1985.

Voilà quelques années maintenant que les organisateurs des Lokerse Feesten s’efforcent de monter un festival digne de ce nom. A la fois destiné aux habitants de la ville mais susceptible aussi d’attirer un nombreux public extérieur de par la qualité et la variété de l’affiche musicale. Après la traditionnelle soirée métal de dimanche, puis une autre orientée « oldies » avec Tom Jones et Status Quo en têtes d’affiche, on célébrait ce mercredi le retour des guitares électriques sur le Grote Kaai. Avec La Muerte, Mark Lanegan, mais surtout The Jesus And Mary Chain.

« Surtout », parce que les frères Reid rejouent, depuis un petit moment déjà, l’intégralité de Psychocandy, leur premier album, un disque culte sorti à l’origine en 1985. Trente ans plus tard, les concerts de Jesus And Mary Chain ne sont plus aussi chaotiques ni éprouvants pour les oreilles… D’abord parce que le genre noise rock a eu le temps de s’incruster dans nombre d’entre elles. Ensuite, parce qu’en terre flamande, une certaine Joke Schauvliege a décrété que ! Et dès lors, tout ce qui joue plus fort qu’un slow de Will Tura y est soumis à des normes ! De celles, on s’en souvient, qui avaient fait réagir les Irlandais de My Bloody Valentine à l’entame d’un concert à l’Ancienne Belgique.

Frontstage - JMC - 2

Tout ça pour dire que le mur du son caractéristique des Écossais va mettre un peu de temps à s’élever face au public, dans la foulée de ce « Just like honey » repris en ouverture (avec une choriste). Un public – forcément – bien moins turbulent que dans les années 80 et qu’on aurait, ici pour l’occasion, cru un peu plus nombreux quand même. Reste que le temps n’a pas affadi ce qui a fait leur patte, ce mélange intime de chansons pop et de guitares maltraitées.

Nostalgie ? Pas pour les deux frères, en tout cas ! Comme l’expliquait Jim Reid dans une interview au magazine DIY : « On nous poussait à le faire depuis des années, mais nous ne voyions pas l’intérêt. Là, 30 ans après la sortie du disque, c’était le moment ou jamais. Pour le 35e ou 40e anniversaire de l’album ? Je pourrais tout aussi bien être mort, à ce moment-là. Quand nous avons pesé le pour et le contre, l’idée de jouer des morceaux qui ne l’avaient jamais été nulle part, comme c’est le cas de nombreux titres du disque, a beaucoup compté. Après… que les gens qui n’aiment pas ce genre de concert restent chez eux, peu importe. »

De fait, écouter en live un album mythique, c’est l’occasion de le resituer dans le temps. D’en apprécier l’originalité, d’être surpris par le fait qu’il n’a pas vieilli. De se dire qu’à une époque de fast-food musical tournant sur le format « chanson », entendre Psychocandy permet de (re)saisir le sens des mots « œuvre d’art »… Et puis, de voir aussi comment ses principaux géniteurs le traitent. William Reid, silhouette mi-Robert Smith mi-Jaco Van Dormael garde les yeux sur ses cordes et ses pédales d’effets. Son frère Jim, entre dédain et timidité, semble s’enrager au fil des minutes, maltraitant son pied de micro, ou lâchant à l’attention de techniciens : « Qu’est-ce que c’est que ce p… d’éclairage ? On se croirait dans un p… de living ! »

Frontstage - JMC - 3

Avec « Never understand » – nous sommes à la moitié de l’album -, on retrouve déjà beaucoup plus ce son « sale », agressif par moments. Quarante minutes plus tard, c’en est fini de ce monument du rock. Les frères Reid, flanqués d’un batteur, d’un guitariste et d’un bassiste, offrent alors quelques bonus. Rien que des classiques : notamment « April skies », « Blues from a gun » et, en guise de final, « Reverence ». Qu’on leur fait, sans hésiter !

Cela dit, ils ne sont pas les seuls à se retrouver sur le Grote Kaai ce mercredi. Sur le coup de 19h, La Muerte achève ainsi sauvagement son Wild Summer Tour. Une tournée, mini pour l’heure, qui a précédemment fait escale au Sjock Festival et à Dour. Ceux qui déploraient l’absence du gros V8 crachant et hurlant sur la Cannibal Stage il y a une vingtaine de jours et qui avaient fait le déplacement sur le Grote Kaai en auront pris plein les yeux, les oreilles… et le nez ! Petit clin d’œil : des peluches agrémentent le décor habituellement fait de bougies et de bâtonnets d’encens : Tino, le bassiste, est papa depuis peu…

Frontstage - Lanegan

Mark Lanegan sur scène, on le reconnaîtrait de loin rien qu’à sa posture caractéristique : main gauche sur le micro, la droite pour tenir le pied, et la boots gauche toujours posée un peu en hauteur… Lunettes à grosses montures sur le nez, baseball cap l’envers sur la tête : l’ex-Screaming Trees reste immobile mais n’en dégage pas moins toujours autant de présence. Et chante « Revival » (Soulsavers) à la mémoire d’un ami tout juste disparu.

Frontstage - Kaiser Chiefs

Après La Muerte, Mark Lanegan et The Jesus And Marychain, l’eau de feu, les poisons lents et l’électricité, autant dire que les chansons des Kaiser Chiefs faisaient un petit peu pipi de moineau. Au-delà des trois ou quatre premières rangées, elles sont en tout cas accueillies dans une sorte d’indifférence polie, à l’exception des tubes que sont « Ruby » ou « I predict a riot ». Les ficelles de Ricky Wilson commencent peut-être aussi à devenir un peu grosses… En tout cas, passer dix minutes à demander qui fête son anniversaire donne pour d’aucuns le signal du départ…

Didier Stiers
(Photos : Mathieu Golinvaux)

 

Didier Stiers

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