La soul intelligente de Lianne La Havas

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La chanteuse londonienne revient avec un deuxième album, Blood, qu’elle présente en avant-première au Pukkelpop.

Lianne La Havas aura 26 ans dans quelques jours. Il y a trois ans, son premier album Is Your Love Big Enough, dont elle a vendu plus de 200.000 copies, nous avait déjà charmé. Voici la suite, toujours aussi soul. Nous avons rencontré la belle chanteuse née d’un père grec et d’une mère jamaïcaine.

Vous êtes très élégante. Adorez-vous la mode ?

J’aime ça, les beaux vêtements, oui. Mais je n’ai jamais voulu être mannequin. Je n’en ai pas le profil. Et puis, je trouve que le mannequinat n’est pas un monde intéressant. Tout repose sur votre look. C’est votre seul job.

Vous avez commencé par étudier non pas la musique, mais l’art…

C’était au collège, j’ai étudié les arts avant mes 18 ans. C’était le design et les beaux-arts. L’espagnol aussi. La musique fait partie de ma vie depuis toujours. Mon père, graveur de pierres, jouait de plusieurs instruments et ma mère était une grande fan de musique. Jamaïcaine, elle écoutait du reggae, mais pas que ça. Ils étaient tous les deux passionnés de musiques. J’ai commencé à jouer dans des groupes avec des copains, mais mes parents n’étaient pas vraiment au courant. Je ne disais pas que je voulais devenir chanteuse plus tard. Je n’ai jamais imaginé que cela arriverait. Mes copains m’ont demandé d’essayer…

Quand avez-vous écrit votre première chanson ?

À 11 ans. C’était très basique. Je jouais du piano depuis l’âge de 7ans. Mon père m’a acheté un clavier et j’ai appris par moi-même sans suivre de leçons. Ma grand-mère m’a montré quelques trucs. À 18 ans, j’ai commencé la guitare.

Dès votre premier album, vous avez connu le succès…

Oui, on peut dire que cela a été vite, je suppose. Mais ce disque, pour moi, était le résumé de sept ans de ma vie. L’accueil a été très positif. C’était parfait. J’ai réussi, je pense, à m’imposer comme chanteuse, auteure et compositrice.

Vous êtes plus soul que r’n’b, un peu comme Jill Scott ou Macy Gray… Finalement, vous n’avez rien à voir avec ces stars américaines qui se servent de leur corps autant que de leur voix…

La seule comparaison tient dans la mesure où je suis très fan d’elles. Même si ma musique est complètement différente. À 12 ans, j’écoutais Mariah Carey ou Whitney Houston. Sans être fan, j’aimais leur voix. Jill m’a plus influencée d’un point de vue artistique et dans sa façon de rester elle-même. Ou alors une Lauryn Hill aussi. Pas Macy Gray que je n’ai jamais vraiment écoutée. Sade, j’aime aussi beaucoup. Son élégance, sa personnalité, sa dignité, son intelligence…

Au printemps de Bourges, vous avez participé à l’hommage à Nina Simone, «Autour de Nina». Une autre influence majeure ?

J’aime Nina, mais sans avoir été une fanatique. Je n’ai découvert ses chansons que tardivement. J’aime le disque Autour de Nina qui a été fait à cette occasion, et d’avoir eu l’opportunité de chanter une de ses chansons, «Baltimore». C’était chouette.

Vous avez aussi, chose plus surprenante, repris une chanson du trio électro-pop Years & Years, «Shine»…

C’est le principe de cette émission de Radio One. Il fallait choisir une reprise et j’ai pris «Shine» que j’entendais à la radio. J’aimais la chanson qui se trouvait dans la playlist proposée. Mais je ne les ai jamais rencontrés. J’aime plein de musiques qui ne sonnent pas comme la mienne. Je voulais quelque chose de fun.

Un second album n’est jamais chose aisée. Comment s’est passée la réalisation de celui-ci ?

Ce disque n’a pas été plus difficile à faire. J’avais plein d’idées en tête et il m’a fallu faire des choix. D’avoir des gens qui vous suivent, grâce au premier album, vous encouragent à les amener dans la direction que vous avez choisie. J’ai l’impression que les gens qui m’apprécient sont prêts à me suivre même dans des endroits où j’explore ma propre créativité.

Comme par exemple dans «Never Get Enough» qui est le titre le plus expérimental, pour ne pas dire agressif…

Oui, ça ne doit pas être un problème. Si j’ai écrit la chanson, je l’assume pleinement. J’ai écrit la chanson avec mon producteur et je voulais cette sonorité que j’ai toujours aimée. La musique rend ça possible. Je trouve le son très plaisant même s’il est plus heavy.

Plusieurs personnes cosignent vos chansons avec vous en général… Par manque de confiance en vous ?

J’aime écrire seule mais on me demande souvent avec qui je veux collaborer. Vous devez le faire, c’est tout. J’écris donc seule mes chansons puis, en studio, mes collaborateurs apportent leur savoir, leur sens des arrangements. Parfois je n’ai que des bouts de chansons, qu’on termine ensemble… Je ne suis pas encore productrice, ni ingénieur du son… Pour le moment, j’apprends…

Les textes sont néanmoins autobiographiques ?

Oui, même si je n’écris pas tout toute seule. Mes producteurs sont devenus des amis en qui j’ai confiance. J’accepte de partager ces histoires avec eux car j’ai confiance en eux.

«Green & Gold» parle d’une fille de 6 ans…

C’est moi. C’est un souvenir… Toutes le sont. «Tokyo» aussi. C’est là que j’ai terminé ma première tournée. C’est un peu mon «Lost in Translation»…

Une autre phrase qui clôt la chanson «Good Goodbye» et l’album mérite un commentaire: «I don’t need faith. I just want proof» (je n’ai pas besoin de foi, je ne veux que des preuves). Cette phrase qui rappelle saint Thomas est assez courageuse, surtout si vous voulez vendre ce disque aux États-Unis…

Vous êtes la première personne à me parler de cette phrase. Mais c’est exactement cela que je veux dire. C’est ce en quoi je crois. On parle beaucoup de religion en ce moment. Mais cela fait longtemps que je pense cela. Quand je donnerai des interviews aux États-Unis, je serai honnête car la musique est l’endroit où je peux pleinement m’exprimer. Mes grands-parents jamaïcains étaient très religieux. Ma grand-mère grecque était orthodoxe. J’ai grandi chrétienne sans l’avoir choisi. À 12 ans, j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune évidence concernant un dieu et je me suis mise à douter depuis ce jour-là. Mon dernier boyfriend, il y a deux ans, m’a fait découvrir Christopher Hitchens, un fabuleux écrivain athée qui a écrit God Is Not Great, dont je suis devenue une grande fan. Il est mort cet été…

Une tête bien pleine, dans le milieu de l’entertainment, voilà qui n’est pas courant, surtout du côté du R’nB américain. Vous sentez-vous très différente ?

Bonne question. Je me sens différente et similaire. Je sais que ma musique est différente car elle est personnelle. En même temps, de par ma voix, on peut me comparer à beaucoup de chanteuses. Il y a aussi des chansons d’amour dans le disque.

Vous vivez toujours à Londres…

Oui. J’ai grandi dans le sud-ouest, du côté de Brixton, où mes grands-parents m’ont élevée, et maintenant je vis dans le nord de Londres. J’adore cet endroit. Je suis une urbaine mais pour la pochette, j’ai demandé à avoir des fleurs sur fond de marbre. Le marbre, c’est mon père (son nom est Vlahavas) et les fleurs, c’est ma mère dont je porte le nom de Barnes à la naissance<UN>: j’ai adoré la nature que j’ai découverte lors de mon premier voyage en Jamaïque, un vrai retour aux sources. Je suis revenue de là-bas en me connaissant mieux.

La tournée commence aux Etats-Unis en octobre et en Europe en novembre (à l’AB le 24/11) après un tour de chauffe dans quelques festivals européens cet été, comme le Pukkelpop où elle sera le 20 août.

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Thierry Coljon


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