Tame Impala ne croit pas en Dieu

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Côté rock indé, c’était peut-être le concert le plus attendu. Avec un troisième album qui s’est imposé cet été comme une pierre angulaire du psychédélisme 2.0., le groupe australien allait déployer tout son potentiel samedi soir au Pukkelpop. Tame Impala est-il le Pink Floyd de sa génération ? Oui. Mais non.

La réponse n’a pas tardé. Après une intro space-trip audiovisuelle, Kevin Parker et sa troupe se lancent dans « Let It Happen », ze single du tout nouveau Current. Soit un voyage sci-fi qui s’étend sur huit minutes entre bidouillages électro et mélodie claire, sorte de pendant chanté d’un roman de Philippe K. Dick. Autant dire qu’on s’attendait à voyager un minimum dans sa tête, à se faire happer par du gros son, à se perdre dans le visuel. Mais non. Juste un titre bien exécuté. Pareil que sur disque. Tel est posé le problème Tame Impala.

Si Kevin Parker est probablement une sorte de petit génie de son temps (en plus d’être l’idole des hipsters… écharpe sur tee shirt, notez la tenue réfléchie pour faire classe ET négligé – c’est réussi, ceci-dit), il semble avoir une peur bleue de sortir des structures qu’il a données à ses chansons. Chaque titre est comme une boîte pleine de potentiel magique, mais hors de question de voir quoique ce soit en sortir. Tout est pensé, millimétré, structuré. Un comble pour qui veut ressusciter le psychédélisme, cette ode à la liberté, à la divagation de l’esprit et au laisser-aller créatif !

Pire, cette musique semble totalement dépendante des aspects techniques. On a l’impression que tout peut s’écrouler dès qu’un ennui technique mineur apparaît. Et c’est d’autant plus dommage que le show en soi est bien foutu. Mais un tel contrôle n’aide ni le groupe, ni de facto le public à sortir de lui-même. Et avec ça, dès qu’une montée approche du but, elle est coupée en plein élan. Trois minutes trente. C’est la durée de la chanson sur le disque. Pas une seconde de plus. Trop terre à terre, Tame Impala!

Tiens, on rêve que l’ami Kevin, pour le prochain album, sorte un peu de son studio et se laisse porter par, que sais-je?, le vent, le monde extérieur, la vie. Man of Science, Man of Faith. Tame Impala a l’esprit trop scientifique pour être vraiment psychédélique.

DIDIER ZACHARIE
Photos MATHIEU GOLINVAUX

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Journaliste lesoir.be

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