« Nom de dieu, le rock est mort ! »

Frontstage - It It Anita 2

Les Liégeois d’It It Anita, vus à Dour et au Pukkelpop cet été, joueront un « concert sauvage » en sous-sol à l’occasion du C.U. Festival qui débute ce jeudi. Interview.

Le Pukkelpop, ils connaissaient évidemment, les quatre Liégeois de It It Anita. Mais jusqu’ici comme festivaliers. Même si ces dernières années, Mike Goffard (chant, guitare) n’y a plus trop souvent mis les pieds. Question de ne pas se retrouver dans les affiches, moins audacieuses. « N’empêche, être sur scène, malgré la chaleur, c’est un peu un rêve de gosse qui se concrétise. » La scène en question, c’est celle de la « Baraque Futur », festival dans le festival où les concerts se jouent entre des stands tendance « verte ». Non que nos rockeurs aux accointances noise se sentent à cent pour cent convaincus par la démarche (« L’écologie a parfois bon dos », résume Mike), mais ils ont aussi voulu jouer le jeu. Damien Aresta (guitare) : « Au début, quand nous avons commencé à discuter de la date avec notre tourneur, nous voulions venir à vélo. Avec toute notre backline ! Mais comme nous jouions en premier (Ndlr : 12h30), nous devions être là à neuf heures et il y a trois heures de vélo. C’était un peu compliqué, finalement ! » Qu’on se rassure : leur déplacement finalement motorisé n’a rien enlevé à la qualité de leur passage par Kiewit ! Et l’on attend l’oreille aux aguets cet ep enregistré par John Agnello (Kurt Vile, Dylan, Sonic Youth, Dinosaur Jr), annoncé pour le 3 octobre.

 

Où que vous jouiez, vous avez toujours ces petites interactions avec le public, ces petites choses « extra concert »… Cette fois, vous avez fait arroser les plantes posées sur scène !

Damien : En fait, c’est improvisé ! Le truc des plantes s’est décidé dix minutes avant le concert, avec les filles qui font du fitness dans tout le festival. Vu que nous jouons très, très compact et qu’il y avait beaucoup de place sur scène, nous avons mis des plantes, nous leur avons demandé de venir faire un truc vu quand elles le voulaient, et ça s’est fait comme ça !

Mike : Par contre, si tu parles du gars du public qui joue de la guitare avec nous, eh bien… Au départ, c’est un morceau sur lequel Damien ne jouait qu’un sol tout le temps. Et nous nous sommes dit que finalement, d’autres gens pourraient aussi faire un sol… Un jour, nous avons filé la guitare à des gens ! C’est marrant, parce que je ne sais pas toujours avec qui je vais jouer, je le découvre dans l’instant. Donc le morceau est à chaque fois le même sans être le même, c’est assez sympa…

Il n’y a jamais eu d’incident ?

Damien : Il y a parfois des guitaristes qui jouent mieux que moi ! Du coup, c’est un petit peu gênant !

Il faut trouver autre chose !

Mike : Oui, voilà, mais je crois que tout le monde peut prendre une guitare et faire un sol. Je suis venu ici l’année passée en tant que festivalier, et je me suis dit : « Nom de dieu, le rock est mort ! » Les scènes où il y avait un peu d’ambiance, avec des gens qui sautaient, c’était que des trucs électro ! Et les bazars un peu « de mon âge », c’était des gens un peu plus posés, avec un petit peu de ventre, qui regardaient des concerts genre « moui, c’était bien »… Je crois que nous ne sommes pas à la bonne époque pour faire notre musique. Nous allons persévérer, mais ce n’est pas ce que les gens veulent pour l’instant. La masse, en tout cas.

C’est ce que vous ressentez quand vous devez trouver des dates ? Vous devez (re)convaincre à chaque fois ?

Mike : Je ne sais pas… mais c’est plus difficile que si nous étions dj’s ! Au niveau financier, ce n’est pas toujours évident de joindre les deux bouts Et c’est clair, ça nous coûte pas mal de fois un peu d’argent quand nous allons jouer. Mais nous le faisons parce que nous adorons ça. Et si le physique suit, nous le ferons toujours. Ce n’est pas un secteur hyper porteur, mais je pense que c’est ce qui nous intéresse aussi, d’être un peu ailleurs, de faire ce qui nous plaît. Et si ça plaît, tant mieux !

Damien : Je ne crois pas que c’est un hasard non plus si notre tourneur est flamand. Nous avons plein de dates en Flandre à la rentrée… Je pense aussi que la Flandre a plus de public pour ce style de rock un peu noise. Les groupes qui sont issus de JauneOrange (Ndlr : co-fondé il y a 15 ans par l’intéressé) ou de la scène wallonne, ce sont plus des trucs à la Pale Grey, Dan San, plus posés. Les gens ont envie, en Wallonie en tout cas, de choses plus easy, quoi… Le fait d’avoir trouvé ce tourneur là-bas (Ndlr : Bjorn Nuyens, d’Ampersand), qui nous y propose plein de dates est aussi lié au fait qu’il y a dans le nord une scène plus propice au « bruit »…

Frontstage - It It Anita

C’est parce que vous êtes quasiment parfaits bilingues que vous venez de lancer un label baptisé Luik Records ?

Damien : Ce n’est pas anodin ! C’est aussi par rapport à cette collaboration avec la Flandre qui se fait depuis six mois maintenant. Nous nous sommes dit qu’il y avait des choses à faire, qu’il était temps de casser un peu les frontières, avec notre réseau wallon en travaillant avec Bjorn et son réseau flamand. Il y a moyen de traverser cette pseudo-frontière, et nous sommes super chauds !

Dernière question, pour ceux qui vous ont déjà vus et que se la poseraient : d’où vient cette manière de vous disposer sur scène ?

Damien : Je ne sais pas… C’est venu naturellement. En fait, nous sommes quand même très, très proches en répétition, et nous nous sommes dit que c’est comme ça que vous voulions être sur scène. Nous voulons bien nous écouter, bien nous voir, compact, quoi !

Mike : Nous sommes peut-être mieux dans les endroits confinés. Jouer dans une cave, c’est parfait ! Mais si nous avons la chance de faire de plus grandes scènes, nous allons nous adapter.

 

Didier Stiers
(Photo portrait : Olivier Donnet)

Au C.U. Festival, vendredi 11 septembre, de 20h00 à 20h30, passage sous-terrain / piétonnier Rue Renoz – Albert 1er, côté Boverie.

 

 

 

Didier Stiers

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