The Jon Spencer Blues Explosion, la fièvre new-yorkaise

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L’épileptique trio américain débarque ce samedi 24 octobre à l’Eden de Charleroi. Fort d’un nouvel album, le frénétique et très hip hop Freedom Tower – No Wave Dance Party 2015, le groupe est plus affûté que jamais. Entretien.

La scène se passe il y a deux bonnes semaines à la Fabriek à Maastricht. Une sorte de grand hangar à la Berlinoise reconverti en salle de concert et qui accueillait l’une des dates hollandaises de la formation américaine toujours en activité depuis un quart de siècle. En 90 minutes d’un concert pied au plancher, groovy, sale et funky à souhait, Jon Spencer (chant et guitares), Judah Bauer (chœurs, guitares, machine) et Russell Simins (batterie) ont mis les 450 personnes à genoux. Quasi sans aucun temps mort et articulé autour du dernier disque (leur dixième) ainsi que de Meat and Bone, Jon Spencer, toujours aussi sec et tendu, et les siens ont fait preuve d’une affolante cohésion sur scène.

Les musiciens ont beau se connaître par cœur et jouer les yeux fermés, la machine est impressionnante. Comme une bande originale d’un film complètement dingue, déglinguée mais toujours aussi maîtrisées et emmené par un Spencer qui fait quasi office de maître de cérémonie en haranguant sans cesse le public, le set permet aussi aux trois musiciens de revisiter quelques classiques du répertoire (de l’album Orange, par exemple), tout en rendant hommage aux Beastie Boys à travers le « She’s on it » du groupe de feu Adam Yauch.

Juste après la balance (en fin d’après-midi), le leader et porte-parole du Blues Explosion, nous accordait un court entretien.

Y-a-t-il un moment précis où vous vous êtes dit qu’il était temps d’enregistrer un nouvel album ?

Jon Spencer : Je ne pense pas qu’il y a un moment précis où j’ai téléphoné à Russell et Judah pour les inviter à travailler sur un disque. C’est un processus graduel qui fonctionne entre nous trois.

Quoi qu’il en soit, « Freedom Tower » a énormément d’influences hip hop…

J.S. : Il est aussi plus soul et plus funky, je trouve. C’est un disque très explosif influencé, aussi, c’est vrai par le hip hop. J’étais très proche de la scène hip hop dans les années 80 et 90, c’est un genre musical que j’écoutais énormément à l’époque. C’est un peu comme le blues nous habite au sein du groupe et d’un coup, c’est le hip hop qui a refait surface dans ces nouvelles compositions.

Ce dixième album du Blues Explosion est aussi un hommage à New York City…

J.S. : Ce n’était pas le plan initial de faire un disque autour de New York mais une fois les chansons composées, c’était évident que tous les textes tournaient d’une manière ou d’une autre autour de la ville où nous vivons. J’essaie de ne pas trop intellectualiser.

Quelle est l’histoire d’une chanson comme « Born Bad », par exemple ? ça pourrait être une métaphore de l’évolution de la ville ?

J.S. : Oui, pourquoi pas, ça se pourrait…

Vous parlez peu de vos textes, Jon. Pourquoi ?

J.S. : Je préfère que l’auditeur se fasse sa propre interprétation. Des chansons parlent du New York d’aujourd’hui. D’autres, du New York d’hier. D’endroits qui ont disparu. Mais les chansons ne viennent pas spécialement de mon expérience personnelle mais de ce que j’ai pu lire ou entendre dans la rue. C’est un peu ça « Born bad ».

Un mot sur « The ballad of Joe Buck » ?

J.S.: Joe Buck est une référence au film Midnight Cowboy et au personnage qu’interprète Jon Voight. C’est un film qui m’a marqué quand j’étais plus jeune et bien avant que je n’habite à New York. Bien sûr, le film montre une ville crasseuse mais il y a aussi une scène où le personnage va Downtown dans un loft où il y a une espèce de happening. L’idée de se dire que cette ville peut te faire devenir quelqu’un d’autre, te changer.

Vous vous souvenez de vos rêves lorsque vous avez débarqué en ville ?

J.S. : J’étais surtout tombé amoureux de la scène musicale de l’époque. Je voulais être le plus près de tout ce qui se passait. J’avais aussi en tête qui si j’étais à New York, j’allais pouvoir rencontrer des gens qui partageaient la même vision et la même motivation que la mienne.

Ce nouveau disque a été enregistré à Brooklyn dans les studios de l’écurie Daptone de Sharon Jones et Charles Bradley. Pour le côté à l’ancienne du studio ?

J.S. : Pour nous, le Blues Explosion, c’est vrai qu’on aime bien travailler dans un studio analogique. Si on est allé là-bas, c’est parce que nous aimions les disques qui y ont été enregistré. Il n’y a rien de glamour chez Daptone, le studio est minuscule mais l’équipement est super. Avec un groupe qui aime jouer en live comme nous, c’est vraiment le pied. D’ailleurs, parfois ils enregistrent six ou sept musiciens en même temps. Mais finalement, si nous sommes allés chez Daptone, c’est parce qu’on cherchait un studio qui épousait au mieux les morceaux. Disons que ce disque fait un peu le pont entre un enregistrement à l’ancienne et quelque chose de très moderne parce que tout n’a pas été fait là-bas. C’est marrant parce qu’avant d’enregistrer ce disque, nous sommes allés enregistrer des chansons en Arizona chez notre ami Jim Waters mais il faut croire qu’elles n’étaient pas encore prêtes. Revenus à New York, nous avons fait ce disque hommage.

D’où vient cette énergie incroyable qui vous anime sur scène ?

J.S. : Avec l’âge, je suis moins en colère mais c’est sûr qu’il y a toujours un peu de colère et de frustration en moi. Sans doute parce que ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans le monde d’aujourd’hui, que les rapports avec les gens sont compliqués mais l’essentiel vient de l’intérieur. Plus que tout, je pense que cette énergie vient surtout de ce en quoi je crois. C’est tellement génial de jouer avec les deux autres que ça te procure comme une espèce de foi en tes chansons.

PHILIPPE MANCHE

The Jon Spencer Blues Explosion en concert ce samedi 24 octobre 2015 à l’Eden (Charleroi). Avec les Glücks, en première partie. Infos et réservations www.eden-charleroi.be.


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