Les nombreuses identités de Maïa Vidal

Maie

La chanteuse aux multiples passeports présentera son troisième album «You’re The Waves» à la Rotonde du Botanique le 10 novembre

Maïa Vidal est un cas d’école. Née aux Etats-Unis d’un père franco-espagnol et d’une mère germano-japonaise, elle grandit dans l’Etat de New York avant de partir étudier les arts plastiques à Montréal. Aujourd’hui exilée à Barcelone, elle a sorti son troisième album, You’re The Waves, en septembre. Un disque où sa pop cristalline se chante en anglais (surtout) et en espagnol.

« L’anglais est ma première langue. Le français, c’était plutôt la langue des reproches, quand mon père s’énervait… »

En grandissant, une identité culturelle a-t-elle pris le dessus sur les autres ?

Je pense que ça a évolué. Quand j’étais petite, je voulais être normale, et normale, c’était être américaine. Mais en fait, je ne suis pas très américaine. Je n’ai jamais vu le Superbowl et comme je n’avais pas la télé, j’ai loupé plein de trucs… Et puis, en highschool, j’ai commencé à me dire : « En fait, c’est cool d’être française. » Au final, tout est un peu mélangé.

Comment choisissez-vous la langue dans laquelle vous allez chanter ?

C’est bizarre, parce que dans chaque langue, j’ai une personnalité différente. C’est l’anglais qui vient le plus naturellement. Sur le premier album, j’ai fait deux chansons en français. C’était une expérience délicate, mais je crois que ça collait avec l’émotion que je recherchais pour ce disque, qui était une certaine nostalgie de l’enfance, un refus de l’âge adulte. Et le français collait parce que c’est la langue familiale. À Montpellier, je suis toujours « la petite », c’est comme si ma personnalité française n’avait pas su faire le saut à l’âge adulte. Je commence aujourd’hui à comprendre pourquoi les Français donnent tant d’importance au sens, ce besoin qu’ils ont de trouver le mot juste. Je me demandais pourquoi j’étais toujours plus timide en français, je pense que ça a à voir avec cette idée qu’étant française, je n’ai pas le droit de faire de fautes comme une étrangère… Aujourd’hui, je vis et je pense en espagnol autant qu’en anglais. C’est une langue plus sexy, sensuelle… Et mon nouvel album aborde ces thèmes pour la première fois. Chanter dans plusieurs langues, c’est un moyen de me connaître.

« You’re The Waves » est votre disque le plus anglophone. Pas tant dans le choix des langues que dans le son, la manière de chanter…

Ce n’était pas voulu. En fait, j’ai réécouté le deuxième album au moment de sa sortie, et j’ai eu ce cliché des artistes qui est de détester ce qui t’a occupé pendant un an. Ce qui me déplaisait, c’est que j’entendais tout le travail que j’avais fait, je voyais mes mains faire ceci et cela, changer telle et telle chose… Du coup, ce disque, pour moi, c’était un peu Frankenstein. Donc, pour celui-ci, j’ai voulu laisser venir la créativité plutôt qu’aller la chercher. Je me laissais inspirer par ce que j’avais sous la main, devant les yeux… L’important était de laisser venir les choses et de voir ce qui se passe.

Le disque est aussi plus électronique, moins acoustique…

C’est dû au fait que la plupart du temps, ce que j’avais sous la main, c’était mon téléphone et l’appli Garage Band. Le seul truc que j’avais planifié avec cet album, c’est qu’il y ait une continuité dans le son.

Cet album a donc été plus facile à faire ?

Beaucoup plus facile ! On a toujours gardé la première prise. Les compos sont sorties toutes seules. Si bien que pour la première fois, je n’avais pas peur de les confier à quelqu’un. On a même coécrit un titre avec mon producteur Giuliano Cobelli. Il s’est emparé d’une maquette et est revenu le lendemain avec une intro quasi hip-hop. C’est le titre qui ouvre l’album.

Faire carrière aux Etats-Unis, c’est une ambition ?

Bien sûr, je suis américaine. J’aimerais vivre à New York où il y a ma famille, mes amis… Mais en même temps, pas tant que ça. Les Etats-Unis, c’est un autre système et je ne suis pas sûre de vraiment vouloir m’y brancher. Je me sens gâtée ici. En tournée, tu vas à Madrid, Paris… La vie en Europe est géniale. Ça fait six ans que je vis à Barcelone et chaque année, je me dis que je vais partir, mais chaque année, je reste. C’est là que je me suis lancée, il y a une scène culturelle tellement bouillonnante, tout le monde collabore avec tout le monde. En fait, je pense que je suis un peu accro à cette sensation de vivre à l’étranger. C’est comme si j’étais chez moi.

Propos recueillis par DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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