Bagarre, ça claque !

Frontstage - Bagarre 2

La troisième édition du festival Beautés Soniques s’est achevée ce mardi. Notamment aux anciens abattoirs de Bomel le temps d’une bonne petite baffe assénée par un collectif français qui n’aime rien tant que la musique de club.

« Bonsoir, nous sommes Bagarre ! » L’intro est invariablement la même quand ils montent sur scène, et en redescendent pour serrer quelques mains. C’est aussi le titre de leur premier morceau, qui ouvre en outre leur second et récent ep. Lui-même intitulé Musique de club, paru sur le label Entreprise (Grand Blanc, Jérôme Echenoz, Moodoïds…). Il y a de la logique, chez Bagarre et elle est implacable. Comme la machine à danser qu’ils forment… si l’on ne prend garde qu’à leur emballage.

Frontstage - Bagarre 1

Ils sont donc cinq, vestes de training de la marque à trois bandes pour tout le monde, et chaînes en or itou. Passent d’un instrument à l’autre et se succèdent au micro. Il est préférable de les identifier par leurs pseudos car ils ne souhaitent pas l’être, paraît-il, par leurs prénoms. Ce qui donne donc, dixit le communiqué de presse : La Bête (chanteur du morceau « Macadam »), Thug Loup (chanteur du morceau «Le Gouffre»), Emmaï Dee (chanteuse du morceau «Claque-Le»), Master Clap (chanteur du morceau « Ris-Pas ») et Mus (danseur sur le morceau « Bonsoir nous sommes Bagarre »).

Le club ? Dans les textes du groupe parisien, on y meurt, on y danse des slows, on y croise des gens et certaines rencontres, racontées en mots crus, peuvent parfois mal y tourner. « La musique de club, c’est l’inverse de la musique de chambre, m’expliquent-ils un peu plus tôt dans la soirée. La chambre est un lieu où tu es seul. La chambre c’est pour les riches… C’est pour être tout seul et pour être à la cool. Ça aurait d’ailleurs pu être « musique de cuisine », aujourd’hui, je pense qu’on écoute plus de musique dans sa cuisine que dans sa chambre. Mais en gros, le club, c’est une notion qui nous intéresse parce qu’au niveau physique comme symbolique, c’est un espace de liberté. Le club de punk, le club de jazz, de disco, de house, tout ça a finalement toujours été un lieu un peu d’avant-garde, un peu transgressif. C’est un lieu qui exagère vachement le quotidien et le vécu. C’est un endroit où tu vis quelque chose. Il y a des musiques qui y sont nées, mais ce sont surtout les gens qui y vont pour vivre un bon moment. Et du coup, c’est là où tu arrives le mieux à briser la barrière entre scène et fosse, entre artiste et spectateur. C’est un endroit où tout le monde va vivre quelque chose différemment. Ça peut être un moment qui ne se passe pas bien, mais en tout cas c’est un lieu catalyseur. Et c’est ça qui est intéressant. »

Ce soir, le club, c’est dans les anciens abattoirs de Bomel qu’il est ouvert, et certain(e)s s’y sentent tout de suite à l’aise, se laissent immédiatement happer par ce mélange de pop, de house, de trap, de rap, de chanson française décalée, de rock et d’autres genres encore. Un mélange comme on n’en entendait pas il y a 30 ans, avant l’apparition d’Internet. A l’époque, difficile d’envisager un groupe comme Bagarre. « Il n’aurait pas existé, aussi, parce que la musique qu’on écoute n’existait pas. On dit en rigolant mais avec un fond sérieux qu’on fait de la « musique monde ». C’est-à-dire qu’on va chercher un peu partout, grâce notamment à Internet et à l’accès que ça nous donne. C’est en fait une musique qui est propre à nos moyens de consommation de la musique et nos moyens d’échanges. »

Frontstage - Bagarre 3

« Après, est-ce que notre manière de faire n’aurait pas existé avant ? Le club par exemple : on y va peut-être différemment maintenant, mais ça a traversé les époques. Les gens s’y sont rencontrés de la même manière, dans l’idée assez simple de faire la fête. Au sens un peu naïf mais important et vital de la faire vraiment et de la faire bien, dans le respect de ce qu’on y met. C’est n’est pas juste faire la fête pour faire la fête et cracher des thunes. On fait la fête pour se rencontrer, pour vivre des choses, et ça, c’est commun à plein de moments musicaux. »

Le moment de ce mardi aura été festif. Avec eux, en tout cas. Auparavant, les Belges de Wuman se sont essayés aux portraits musicaux, des portraits de femmes brossés par une pop électro sophistiquée, ambitieuse, souvent instrumentale (et là on devine alors des influences post-rock). De la bouteille devrait amener ces Tournaisiens à resserrer quelque peu leurs compos. Quant à celles de Pharaon De Winter, emmené au piano et au chant par Maxime Chamoux, qui invoque notamment Steely Dan, William Sheller, Lucio Battisti et même Véronique Sanson, elles relèvent de la chanson française classique, poétique et jolie. Mais pas forcément originale, cela dit. Le retour de l’académisme estampillé seventies ?

Frontstage - Pharaon

Didier Stiers

 

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