Faithless, avec un f comme dans «futur»

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Le groupe de Sister Bliss et Maxi Jazz fête ses vingt ans avec un greatest hits pas tout à fait comme les autres.

Début octobre, même en journée promo à Bruxelles, Sister Bliss doit encore s’occuper de moult petits détails relatifs à la sortie de Faithless 2.0. L’album est imminent ! Un double album en fait : les 14 hits qu’il reprend, de « God is a DJ » à « We come 1 » en passant par « Insomnia » et « Mass destruction », est assorti de 14 remixes signés Avicii, Armin Van Buuren, Axwell, Booka Shade, Eric Prydz et autres Claptone…

Pourquoi ces remixes ? C’est pour vous une manière d’actualiser les morceaux choisis ?

Absolument ! Je me suis dit d’une part qu’il fallait que nous marquions nos vingt ans d’existence, et d’autre part que nous fassions autre chose qu’un greatest hits comme il en est sorti un il y a dix ans. J’étais dans mon bain, quand j’ai eu cette idée de remixer le Greatest hits. Et oui, c’est une façon de se pencher sur le passé tout en entrant dans l’avenir. Parce que j’espère qu’ils vont permettre à un public qui ne connaîtrait pas Faithless de nous découvrir. Des gens qui n’étaient peut-être même pas nés quand nous avons commencé, mais dont papa, maman, le grand frère ou la grande sœur écoute notre musique. C’est aussi une façon de faire en sorte que leurs héros nous introduisent dans leur univers.

Faithless est résolument tourné vers l’avenir, technologiquement parlant ?

Ce n’est pas seulement du son rave et des lasers… Le look de la scène est futuriste, et ça m’emballe parce que je m’intéresse beaucoup à cet univers des technologies de demain. Nous avons ces tenues qui s’illuminent en fonction des émotions, c’est assez incroyable. J’ai été voir cette exposition au Barbican à Londres, consacrée aux convergences entre art et codage : c’est la génération de mon fils, qui fera peut-être carrière dans un domaine qui n’existait même pas quand nous avons commencé. Mais soit… Il y a là tout un nouveau monde, et si nous avons intitulé cet album 2.0, c’est parce qu’il ressemble à un reboot, et pas seulement parce que c’est un petit jeu visuel avec 20.

C’était comment, il y a 20 ans, pour vous ?

Eh bien, il y avait la vie, et on la vivait. Manifestement, sur le plan technologique, c’était différent. Ce réseautage social de dingue n’existait pas, et on écoutait la musique de manière bien plus saine. Les gens allaient acheter des disques, prenaient le temps de les écouter en entier. Nos goûts en matière de consommation ont changé aussi, aujourd’hui, les gens n’accordent plus d’importance au fait de posséder de la musique, le streaming est passé par là… En même temps, ils cherchent à être connectés. C’est notamment cela qui explique que la dance soit un genre aussi puissant, et qu’on y dépense autant d’argent : c’est un style de vie, pas juste un accessoire, c’est un langage populaire, et c’est peut-être pour ça que certains ont été déçus que Faithless ait évolué vers quelque chose de plus global sur le plan artistique. D’un autre côté, aujourd’hui, la jeune génération découvre aussi la musique d’avant, les origines… L’un dans l’autre, je crois que l’époque est fertile. Et c’est cela que traduit la diversité des remixes que nous avons rassemblés sur l’album. Nous avons choisi les artistes les plus importants dans leurs genres, de la drum’n’bass au nu-r’n’b, de la deep house groovy à la tech house en passant par une EDM plus commerciale. Nos vies sont éclatées, aujourd’hui, mais c’est normal dans une époque aussi chaotique.

La succession de hits repris sur cet album est assez impressionnante, mais n’avez-vous jamais craint de n’être qu’un groupe à singles ?

Faithless compte six albums, ce qui dit bien que nous ne sommes pas un groupe à singles. Après le troisième, on nous a poussés à sortir un greatest hits. J’ai refusé : ça me semblait être une manière de signer notre fin, nous n’avions encore rien réalisé de concret, à mes yeux. Comme nous nous managions nous-mêmes, nous avons pu dire non à la firme de disques. Et j’en suis heureuse, parce que c’est ainsi que nous avons jeté les bases de No roots (NDLR : 2004), sur lequel figure « Mass destruction », que j’aime beaucoup parce qu’il n’est en rien un club track classique. Je crois que c’est un album courageux, et une décision courageuse que nous avons prise là. Ce serait donc injuste de nous comparer, par exemple, à quelqu’un d’aujourd’hui comme Calvin Harris, dont les albums sont des successions de hits, et pas des disques qui, quand on les réécoutera dans dix ans, révéleront de nouvelles choses, en termes de sens, de beauté, de textures ou que sais-je. C’est un homme de singles, et c’est ce qui caractérise beaucoup d’artistes aujourd’hui, particulièrement sur la scène dance.

Didier Stiers

 

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