Alice et Benjamin, main dans la main

GetImageContent[4]

Alice On The Roof et GrandGeorge sont deux des révélations de 2015. Les voici avec leur premier album. Rencontre croisée

Elle aura 21 ans samedi. Il vient de fêter ses 35 ans. Elle est montoise, il est versaillais vivant à Bruxelles. Voilà pour les différences. Mais, à l’heure où ils publient le même mois leur premier album, distribué par la même firme de disques, nous les avons réunis pour qu’ils fassent mieux connaissance.

 

Vous connaissez-vous ?

Benjamin GrandGeorge On se croise souvent, mais sans avoir beaucoup le temps de se parler, sinon à D6bels On Stage, où on a pu manger ensemble. On a fait cet été un peu les mêmes festivals – les Ardentes, les Francos, Ronquières, le BSF… – mais pas le même jour. Tu as même fait le Pukkelpop, toi, non ? Ça, pour moi, c’est un bel objectif à long terme…

Alice Dutoit Oui, c’est vrai. C’est mon seul concert en Flandre jusqu’ici, même si d’autres y sont prévus cette année. Pukkelpop, ce n’était pas un concert comme un autre : j’ai joué à 11 heures du matin, ce n’était pas le premier jour, ils n’étaient pas tout frais. C’était génial d’y aller, mais on ne s’attendait à rien. Au final, la salle, qui était à moitié remplie au début, s’est retrouvée pleine. Les gens étaient cools, ils chantaient avec moi… C’est un magnifique festival, bien organisé, c’était très chouette.

 

La Flandre, c’est un objectif commun évident pour vous deux, vu que vous chantez en anglais…

A.D. Oui, c’est clair, même si ce n’est pas évident. En Wallonie, les gens connaissaient mon visage de « The Voice ». Pas en Flandre. Ça commence. Je viens de faire une interview pour De Standaard. On y travaille. On est confiants…

B.G. Pour le coup, à la différence des singles d’Alice, moi je n’étais pas tellement surpris que « So fine » n’ait pas pris en Flandre car il a peut-être un côté léger qui intéresse moins les radios flamandes. Je ne sais pas.

 

Vous avez l’avantage, sur de nombreux chanteurs francophones, de bien maîtriser la langue anglaise. Alice, tu as vécu un an dans l’Oregon, Benjamin, tu as vécu deux ans à Londres…

B.G. Oui, ça, je ne pense pas que ce soit un problème nous concernant. Au départ, t’es peut-être catalogué « francophone » par la presse mais après, c’est surtout une histoire d’équipe qui bosse sur ton disque. Il faut avoir des champions autour de soi.

 

La réalisation d’un premier album passe par le choix d’un producteur. Dans le cas d’Alice, Marc Pinilla et Dada, de Suarez, qui sont à la base du projet, s’imposaient naturellement. Et pour GrandGeorge ?

B.G. Au début, je voulais tout faire moi-même. J’ai fait des arrangements sur mes chansons et après avoir signé avec PiaS, on s’est dit que ce single, « So Fine », méritait d’être un peu « pimpé » pour la radio. Via des amis, on m’a mis sur la piste de Mark Plati, qui a pu travailler sur quelques chansons, surtout deux, et mixer tout le disque. Ce n’est pas qu’il n’avait pas le temps de produire tout l’album, mais je ne voulais pas. Parce que toutes les chansons ne sont pas faites pour être un single. Et moi, j’aime beaucoup l’idée de faire sonner l’ensemble comme un trio. Sam et Nico, sur scène, font aussi les chœurs. Je suis plutôt pour charger le moins possible une chanson. C’est album est donc hyper dénudé, mais j’ai beaucoup appris pour le prochain. C’est aussi une question de budget et de temps. J’aurais sans doute écrit pour des cuivres. Il y a tout de même un peu de violoncelle avec Jean-François Assy qui joue dans la toute dernière chanson, qui parle de mes grands-pères, dont un était passionné de Beethoven. Il avait une heure. J’ai cosigné l’album avec David Minjauw car des idées viennent clairement de lui. Même si je suis assez autoritaire.

 

C’est très différent pour Alice On The Roof, entourée de musiciens professionnels plus âgés, plus expérimentés. Marc et Dada sont compositeurs et producteurs, mais les chansons ont été faites à vous trois…

A.D. On a toujours travaillé comme ça. On est très différents tous les trois mais, étrangement, il se passe un truc en studio, où ça fonctionne. On s’entend très bien musicalement et ça roule. Toi, tu fais ça tout seul chez toi, les chansons ?

B.G. Oui, je suis hyper solitaire pour ça…

A.D. Nous, on se donne rendez-vous le matin, au studio de Dada. Il y a une mini-contrainte de temps. Marc voit ça comme une journée de travail : rendez-vous à 8 heures et à 16 heures, je rentre chez moi. Heureusement, on est tous les trois montois. Et ça marche, même si pour Marc, il faut que ça aille vite. Dada et moi, on n’est pas comme ça. On va plus dans le détail… Du coup, on s’équilibre. On a tout fait comme ça : une chanson par jour. On arrive chacun avec des choses, des idées de mélodie ou de texte, et on met en commun au studio. La ligne directrice était qu’il fallait que la chanson fonctionne avant 16 heures. On en a laissé tomber quelques-unes parce que le lendemain, quand on réessayait la chanson, la mèche était teinte, ça ne marchait plus du tout.

 

Le plus dur pour une jeune chanteuse est de s’imposer…

A.D. Bien sûr. J’aurais pu mal tomber. En un an, j’ai plus d’expérience, j’ai changé. J’ai un côté gentil, courtois. Je ne veux pas brusquer les gens… Heureusement, Marc et Dada ont eu l’intelligence de s’être dit : si on fait un truc qui ne lui convient pas, c’est mort, car elle doit le porter ce projet. Comme tout s’est fait ensemble en studio, j’oublie que ce n’est pas moi qui ai fait telle ou telle chanson. J’ai l’impression que c’est moi qui les ai toutes faites. C’est une bonne façon de fonctionner… Je me rends compte que j’ai une chance incroyable à 20 ans d’avoir quelqu’un comme Marc, qui me donne un stylo et me dit : maintenant, t’écris. J’ai eu une liberté incroyable, sans aucune censure. J’ai pu parler de ce que je voulais dans ce disque. C’est dingue.

 

Vous avez en commun de chanter en anglais tous les deux et d’avoir vécu dans un pays anglo-saxon…

B.G. Ça nous aide, oui. Ceci dit, pour le marché français, je travaille sur une version de « So Fine » avec une partie du texte en français. Quotas obligent. Je n’ai jamais chanté en français à part de vieux chants de marins en famille. Ado, avec les copains, je faisais du yaourt car personne ne parlait anglais, on s’en foutait. Maintenant, j’écris en français, mais je ne chante jamais ces textes. Je n’ai pas encore trouvé ma voix en français, c’est pour ça que je chante en anglais. Je la cherche encore.

A.D. Moi, j’ai déjà chanté en français, à la télé pour « The Voice », et je trouve que ma voix n’est pas du tout pareille. Il y a un côté plus enfantin que je ne retrouve pas quand je chante en anglais. Ça me donne plus de crédibilité, je trouve.

B.G. On a tous une histoire avec notre voix. Ça dépend de ce que tu as chanté depuis que t’es tout petit. C’est une question d’intonations. Mais tu as chanté beaucoup en français ?

A.D. Oui, mais c’était des chansons un peu « happy » choisies par la production de l’émission. Il fallait que ça plaise.

B.G. On t’aurait fait chanter du Reggiani, tu n’aurais pas eu la même voix non plus…

 

Et donc, cet album, il est comme dans vos rêves les plus fous ?

A.D. Oui, je l’adore, mais je ne peux pas l’écouter. Ça me fait un effet fou de m’entendre en radio, c’est génial, mais l’album, j’ai du mal à l’écouter car je n’entends que les problèmes, en fait. Au niveau de l’accent, tout ça… Comme les chansons vivent en live depuis un certain temps, j’ai fait une trentaine de dates jusqu’ici. Elles ont changé, je les chante différemment. De dire que je sors mon premier album, ça me fait rêver, oui…

B.G. Je me donne du rêve, c’est bien, franchement…

 

Sortir un disque à 35 ans, c’est différent…

B.G. Oui, surtout que j’ai décidé de quitter mon boulot. Ça fait donc beaucoup de choses à la fois. Mais c’est cool et hyper excitant. Quand je me projette un an en arrière, l’histoire n’a pas de sens. J’ai eu de la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment.

 

Chacun à votre façon, vous faites rêver les gens…

A.D. Bien sûr.

B.G. Moi, j’étais bien dans mon métier d’ingénieur, mais où m’a-t-il amené ? Je prenais du plaisir, mais où allais-je ? Développer des carrières dans un groupe international, ça m’a excité pendant dix ans. Après, plus tu montes dans l’organisation, moins ton temps est créatif. Ça ne me donnait plus suffisamment de rêve. Et, là, à côté, j’ai ce truc qui est l’inconnu absolu…

Elle aura 21 ans samedi. Il vient de fêter ses 35 ans. Elle est montoise, il est versaillais vivant à Bruxelles. Voilà pour les différences. Mais, à l’heure où ils publient le même mois leur premier album, distribué par la même firme de disques, nous les avons réunis pour qu’ils fassent mieux connaissance.

 

Alice On The Roof, « Higher » : notre critique * * * et l’écoute intégrale sur Deezer.

GrandGeorge, « So Logical » : notre critique * * * et l’écoute intégrale sur Deezer.


commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>