L’homme qui n’était plus pressé

lylac

L’art de chanter des petits riens sans verser dans l’anodin : voilà bien l’un des talents de Lylac…

Il redescend avec nos tasses de café, puis s’en va glisser Thin walls, le dernier album de Balthazar, dans son lecteur de CD. Le genre de musique qui va comme un gant à la maison qu’occupe Amaury Massion. Trois mètres et des poussières de façade, un bâtiment tout en hauteur. Installé à Matongé depuis huit ans…

« Le fait de bosser la musique la journée, enregistrer, fait que le soir, je n’ai plus trop… Enfin si, j’écoute de la musique, bien sûr, mais pas autant que ce que les gens pensent. Et évidemment, je suis inspiré par ce qui m’entoure. Mais ma démarche de composition est surtout introspective. Elle est plus tirée de mes expériences vécues. »

Amaury Massion est chanteur autodidacte, 38 ans. « J’avais un groupe qui s’appelait Attica, nous avons sorti deux albums. A la base, ma culture est vraiment rock, mais une fois que nous avons commencé à tourner, j’ai voulu entrer au Conservatoire. En jazz, parce que je voulais “approfondir le truc”. Il n’y a pas d’école de rock, et puis j’ai toujours bien aimé le jazz. Ça développe vachement ton oreille ! »

Il étudie donc à Anvers, Bruxelles et Liège. Là, c’est sous la houlette de Garret List, le tromboniste américain invité par Henri Pousseur à venir créer une classe d’improvisation. Trois ans plus tard, il en ressort passablement enrichi : « La clé, c’était “suivre le son”… Garder l’esprit ouvert et ne pas se tracasser de ce que les autres vont penser de ce qu’on fait, sans quoi on tue la démarche créative. L’esthétique de Lylac est différente, bien sûr, mais c’est dans la même démarche que je compose mes morceaux. »

Lylac, à ce jour, c’est deux albums (By a tree en 2013 et Living by the rules we’re making en novembre 2015), bien accueillis par la critique. Et le public. A l’origine, il y a des voyages… « En 2011, 2012, j’ai eu l’occasion de pas mal voyager. En Asie du Sud-Est, au Burkina Faso, au Guatemala… Toujours avec ma guitare “sur le dos”, et j’ai forcément commencé à écrire des morceaux. J’ai pu partager ma musique en direct avec d’autres backpackers ou avec des locaux, et j’ai adoré ça ! »
Pas d’artifice

C’est l’habillage simple, la vérité de cette épure, voix/texte/guitare qui plaît à l’artiste issu du rock (outre Attica, My TV Is Dead). « Je voulais saisir sans barrière, sans artifice ce que j’étais en train de raconter. C’est comme ça que Lylac est né. »

Si de nombreux morceaux du premier album sont issus de ces voyages, c’est un peu moins le cas du second. Amaury est entretemps devenu papa d’une petite fille. Et donc plus sédentaire. « Mais le thème des voyages reste assez prédominant dans mes textes. Parce qu’ils m’ont d’abord permis de me découvrir énormément. Ressentir physiquement comment les autres vivent m’a fait prendre du recul sur ma propre vie, ma façon de voir les choses. »

Living by the rules we’re making, le titre, est issu de ce même terreau. Voyages. Epure… « Selon moi, il faut en revenir aux choses simples. Je crois que la clé, l’avenir de notre société est à réinventer à travers les petites choses simples. Dans les années 80, on ne se posait pas trop de questions mais là, le système arrive vraiment à sa limite. Je pense que la révolution doit partir de chacun d’entre nous. Par des petites choses : trier ses déchets, sourire aux gens… »

Voyages toujours… Ils expliquent aussi ce mélange de nostalgie (la pop se teinte de blues) et de positivisme (les arrangements répondent à sa voix chaude) qui imprègne les chansons de cet album. « On me dit souvent : Ta musique me fait voyager ! Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, j’adore aussi la ville et son énergie. Le fait d’habiter Matongé n’est pas complètement un hasard. Musicien, en tout cas au moment de la création, c’est finalement un boulot assez solitaire. Je dois être seul. Et quand je fais une pause, bam, il y a cette énergie de la ville ! Je vais me chercher un sandwich et je mange en marchant. Ça m’oxygène le cerveau. »

L’accueil réservé à Living by the rules we’re making est aussi une belle bulle d’air mais ne simplifie cependant pas tout. « Je n’ai que des retours super enthousiastes mais, bien sûr, il faut convaincre en permanence. En plus, je crois qu’être musicien aujourd’hui, c’est être au four et au moulin. Même si j’ai un label, il faut toucher à tout, être graphiste, promo boy, tout le bazar… » Ce qui s’annonce présage néanmoins d’une belle tournée. « Entre nous, je n’aurais pas pu rêver d’une plus belle sortie ! » Quand on se lance dans un projet sans aucune stratégie particulière, ça suscite de l’émotion. Forcément.

 

Prochains concerts : le 31/3 au Soul Inn, le 23/4 à Tournai (HEH On Stage Festival)… Infos : www.lylac.be.
Notre critique * * * de « Living by the rules we’re making » et l’écoute intégrale sur Deezer.

Didier Stiers

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