Kenny Gates de [PIAS]: “YouTube, c’est un véritable scandale”

Kenny Gates était l’invité du RDV CEO du Soir ce samedi. Le patron de [PIAS] revient sur l’essor du streaming, l’histoire de son label et prédit Témé Tan future star belge.

Ca s’anime pas mal depuis quelques mois au numéro 36 de la rue Saint-Laurent, en capitale. La maison de disques [PIAS] vient d’investir les lieux. « On a déménagé le 1er mai, mais l’ouverture officielle a eu lieu vendredi dernier », explique Kenny Gates, co-fondeur du label et actuel CEO. Et ils ont vu les choses en grand : dans ces nouveaux bâtiments, occupés à l’époque par le journal de gauche Le Peuple, on y trouve un resto dirigé par un ex-chef du Noma, un magasin de disques, une expo photo, une salle de concerts (les portes seront ouvertes ce samedi pour les [PIAS] Nites). Et, évidemment, les bureaux de [PIAS], un label qui produit et/ou distribue de nombreux artistes belges et internationaux. « Une maison de disques en 2016, ce ne sont pas juste des gens derrière un bureau. Cet endroit nous permettra de s’ouvrir au public pour lui expliquer ce qu’on fait, et pourquoi on le fait ».

Le choix de l’ex-rédaction du Peuple, un symbole ?

Il n’y a rien de politique. Mais il y a quand même une symbolique. Sur la façade, on peut lire l’adage du journal : “pour que le peuple lise”. Nous, on est là “pour que le peuple écoute”. On n’est pas des gaucho socialistes. Mais l’essence même de la musique, c’est le partage. Puis on a de vieilles presses qui sont restées dans les locaux. Mon rêve, c’est d’avoir une presse à vinyles dans les bureaux. Mais je n’y arrive pas, parce que ça coûte trop cher, parce que c’est trop rare, et surtout parce que techniquement, c’est très compliqué. Il y a une pénurie de presses. Aujourd’hui, il faut plus de trois mois pour produire de nouveaux vinyles.

S’il existe une demande, qu’attend-on pour en produire plus ?

Il a fallu retrouver des pensionnés pour faire tourner les vieilles machines des années 60, parce que c’est un métier très compliqué techniquement. Et on voit apparaître des usines qui tentent de mettre au point de nouvelles technologies, mais on n’a toujours pas vu d’exemple concret de fabrication. On ne sait donc pas encore si le son sera aussi bon.

Mais le vinyle, ça reste un marché marginal, non ?

Oui. Mais ça se vend plus cher aussi. Et les supermarchés commencent à remettre des vinyles dans leurs rayons. C’est la preuve qu’il y a une demande. On a toujours dit tout et n’importe quoi sur l’industrie du disque, et surtout n’importe quoi. La vérité, c’est que rien ne s’est jamais passé comme on l’a prédit. Rien n’est noir, rien n’est blanc, rien n’est formaté. Il y a plusieurs types de clients, certains qui s’en foutent de posséder un CD et qui préfèrent le streaming, et d’autres qui aiment le vinyle parce que c’est un bel objet.

Dans 5 ans, à quoi ressemblera le marché ?

Ce qui est sûr, c’est que le moyen de consommation de masse est et deviendra de plus en plus le streaming.

Youtube et Spotify, donc ?

Youtube, qui ne paye rien aux labels et aux artistes, c’est un véritable scandale. Et Spotify ou Apple Music, qui font de vrais efforts pour payer les artistes et les producteurs.

Pour une écoute sur Spotify, combien touchez-vous ?


On reçoit 0,3 centime par stream. Pour Youtube, c’est dix fois moins. Et il faut partager cela entre le distributeur, le label, et l’artiste. Ca semble peu, mais en 2015, on a dû traiter 13 milliards de streams. Et le plus compliqué pour nous, c’est de faire la comptabilité. On reçoit ces milliards de données de Spotify, et on doit acheter en permanence de nouveaux serveurs pour les stocker. Puis il faut répartir les gains, car Spotify n’a évidemment pas accès à nos contrats. C’est un travail de titan.

Avec 16 filiales à l’étranger, [PIAS] a des airs de multinationale, plus de label indépendant…

C’est une insulte. Nous sommes une transnationale, présents dans plusieurs pays. Mais nous, nous payons nos impôts. Vous savez, le label indépendant d’Adele a payé en 2014 plus d’impôts que Facebook, Apple, Amazon et Microsoft réunis !


Votre siège social est à Londres. Pour des raisons fiscales ?

Non. C’est normal, c’est le centre créatif de la société. Les Beatles ne sont pas de Charleroi, et les Rolling Stones ne viennent pas de Herentals !

Parmi les artistes que vous produisez, certains sont tout de même là pour faire du chiffre.

Bien sûr. On n’a pas honte d’avoir des succès. On fait du commercial, mais avec mesure et goût. On n’est pas la grande essoreuse. Depuis les années 80, on a toujours eu envie de signer des artistes nouveaux et intéressants et qui font avancer la musique. Mais on ne tourne pas des clips à 2 millions de dollars avec des gens à moitié à poil. Le traitement de l’artiste aussi est très important. Universal a Bolloré comme actionnaire : leur seul but est de faire un maximum de bénéfices. Nous aussi, on veut faire des bénéfices. Mais pas uniquement. Notre boite a aussi une dimension humaine.

Qu’est-ce qu’on doit souhaiter à [PIAS] pour 2016 ?

Beaucoup d’amour et beaucoup de tubes. Et de la musique excitante ! On recherche constamment des artistes qui jouent encore dans leur chambre… Quand un de ceux-là, dont on a entendu la première démo ou vu le premier concert, se retrouve quatre ans plus tard devant 8.000 personnes, c’est incroyable comme sensation.


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« Nine Inch Nails, on est passé à côté »

L’un des regrets du patron du label indépendant : avoir laisser passer Nine Inch Nails ! « Ils sont venus nous voir avec leur démo en 88. Ils avaient besoin de 50.000 dollars, on ne les avait pas à l’époque. Ils ont vendu cinq millions d’albums. »


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« La star belge en devenir, c’est Témé Tan »

Le Top 50 ? Kenny Gates s’en fout ! Sauf si on est numéro un… Parmi les artistes du label indépendant qui marchent bien actuellement : Grandgeorge, Arno, évidemment Alice on the Roof, Oscar and the Wolf…

Et celui de demain ? « Témé Tan, il a joué jeudi au Beursschouwburg devant 200 personnes. C’est un artiste bruxellois, je le vois bien dans quelques mois faire un carton »


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Chaque samedi, en collaboration avec Degroof Petercam, un entrepreneur se livre au Soir lors d’un entretien vidéo. On y parle aussi bien des projets de sa société, du secteur où il opère, que de son parcours personnel.

AMANDINE CLOOT et XAVIER COUNASSE
Photo: JOAKEEM CARMANS (St.)


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