Hooverphonic entend des voix

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Moins d’un an après le départ de sa chanteuse Noémie Wolfs, Hooverphonic revient déjà avec un nouvel album. Que le groupe défendra à l’AB le 6 avril et au Forum le 22.

Alex Callier a toujours été, depuis plus de 20 ans, le porte-parole de Hooverphonic, Raymond Geerts préférant l’ombre des musiciens peinards. C’est donc une fois de plus Alex, principal compositeur du groupe de Saint-Nicolas, qui raconte l’enregistrement de ce nouvel album qui représente une nouvelle étape pour le groupe.

Vous n’avez pas perdu votre temps. Moins d’un an après le départ de Noémie…

Oui. C’est typique de Hooverphonic. On est toujours en route, en train de travailler, d’explorer. Une bonne partie des morceaux était déjà écrite. Les autres l’ont été durant l’été, à la maison, dans mon studio. Fin juillet 2015, on enregistrait déjà les cordes. On vit dans un monde où il faut être rapide.

Le départ de Noémie a-t-il précipité les choses ?

Oui, le départ de Noémie a accéléré les choses car j’avais plusieurs morceaux, comme « Badaboum », que j’aimais vraiment bien, mais comme c’était avec deux voix très typiques, je ne trouvais pas sa place dans un album entièrement chanté par Geike ou Noémie. J’avais aussi des morceaux comme « God’s Gift » ou « Moving » avec Felix Howard. J’avais déjà essayé avec Geike mais ça ne marchait pas. A peine Noémie partie, on a pensé, Raymond et moi, que ce serait le moment idéal pour sortir des trucs qu’on aimait vraiment bien. Qu’on trouve très Hooverphonic mais qui nécessite d’autres voix. Avant, on était comme avec Cendrillon, toujours en quête de la chaussure de verre qui allait parfaitement à notre chanteuse. Maintenant, on avait différentes chaussures pour lesquelles on avait plusieurs Cendrillon. Après 20 ans, c’était très cool à faire, ça nous donnait une nouvelle énergie. C’est aussi pour ça qu’on a sorti ce disque très vite. Le départ d’un membre du groupe, c’est toujours lourd à gérer mais en même temps, ça donne de l’énergie. Maintenant, ça nous donne envie de tourner avec deux chanteuses et un chanteur et ça donne plus de différentes couleurs au groupe.

Qui sont donc ces nouvelles voix ?

Il y aura Christa Jérôme, la seule Belge. Emilie Satt est parisienne. Litlo Tinz est londonien. On a aussi un chanteur hollandais, Tjeerd Bomhof. Felix Howard et Janie Price sont anglais, de Londres. Janie joue aussi du violoncelle. De temps en temps, ils seront là en guest sur scène… J’ai aussi dû voir pour les anciens morceaux. Je n’imagine par exemple pas « Teardrop » de Massive Attack par une voix d’homme, il faut une voix suave. J’ai donc cherché pour le live des voix qui pourraient réinventer les anciennes chansons avec beaucoup de respect pour l’original. L’idée était de sortir cinq 45-tours, avec chaque fois sa face B. Chaque chanteur et chanteuse intervient donc deux fois. Chaque chanteur a donc sa chanson catchy et l’autre plus alternatif. Un peu comme dans le temps, dans les années 60, la face B pouvait être plus bizarre. Pour s’amuser, comme ça arrivait aussi dans le passé, on a mis le titre fort pour la radio en face B. L’univers est donc cinq fois différent et en même temps, comme il y a des cordes partout, ça donne une sorte de fil rouge, un son Hooverphonic qui est toujours là. On sortira l’album en un seul CD et LP mais aussi, pour les collectionneurs dans un box avec les cinq 45-tours.

Certaines collaborations datent donc…

Oui. Felix Howard, j’avais déjà écrit avec lui « Dirty Lenses » qui se trouve sur No More Sweet Music. Les chansons les plus récentes sont « Hiding in a song » ou « I like the way I dance » qui ont été écrites cette année. D’autres ont quelques années. Mais ce n’est pas nouveau chez nous. Un morceau comme « Anger never dies », je l’avais écrit en 2004 et on l’a sorti en 2010. Ou « Stranger », on l’a écrit pour No More Sweet Music mais on trouvait que c’était trop psychédélique. On a complètement écrit The Psychedelic LSD Golf Club pour y mettre « Stranger » car on l’aimait bien. C’est cool, quand on peut exister sur 20 ans. C’est comme le vin. Il faut le mettre en cave et attendre le moment parfait pour le sortir.

Christa, comment l’as-tu connue ?

Je me souviens l’avoir vue à l’AB, chanter quelques morceaux avec Starflam. Elle a travaillé un moment chez Filip Vanes (Axelle Red, Daan…, NDLR), quand on y était. Quand Geike est partie, on a écrit quelques morceaux ensemble pour s’amuser. Et puis j’ai été juré de « The Voice-Vlaanderen » et elle était, la première saison, mon assistante coach. C’est une amie, quoi…

Et Emilie Satt ?

En 2008, j’étais invité pour une sorte de workshop en Norvège, avec des ateliers d’écriture. Sur une île. C’était très joli. Il y avait plein d’auteurs et de compositeurs. C’est là que j’ai rencontré Emilie. On a écrit « Cocaine Kids » et « Badaboum » en un jour. Janie était aussi là, ainsi que Luca Chiaravalli et Tjeerd Bomhof. Ce sont tous des gens avec qui j’ai travaillé après. On a gardé les voix. Celle de Felix aussi. Il y avait vraiment une atmosphère. J’ai toujours fait ça, avec Geike aussi. Je garde toutes les démos… C’est pour ça qu’il est marqué que l’album a été enregistré en Norvège, en Italie et en Belgique.

Ce disque est une transition ?

Pour moi, c’est vraiment un album de Hooverphonic. Chaque disque est différent, avec une idée. Celui-ci est plus éclectique, bien sûr. Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Peut-être continuera-t-on à deux, avec Raymond. Ou peut-être rencontrera-t-on quelqu’un de sublime avec qui on aura à nouveau envie de faire tout un disque. Ou deux. Mais j’aime bien tout de même la liberté que t’offrent différentes voix. Celle que j’ai maintenant. Pour quelqu’un comme moi, qui aime créer différents univers, c’est fantastique d’avoir la possibilité de travailler avec différentes personnes.

Même si c’est une liberté contrainte, consécutive au départ non désiré de Geike puis de Noémie…

Non, non. Ce n’est pas vrai. Noémie n’est pas partie (même si elle l’a fait croire sur Twitter). On a décidé de ne plus travailler avec elle et elle avec nous. C’est une décision conjointe. On n’avait plus envie de continuer ainsi… Geike nous a quittés, ça oui. Mais pas Noémie. On trouvait que ça ne marchait plus. C’est notre choix. On avait des idées différentes, et pas que musicalement. C’était des discussions sans fin. Ce n’était vraiment pas facile. Raymond et moi, on a donc décidé de s’en séparer. Ceci dit, je lui souhaite de réussir en solo. Comme c’était notre volonté, on n’était pas choqués, donc c’est pour ça aussi que l’album suivant est arrivé aussi vite. Si elle a annoncé notre séparation avant la fin de la tournée, c’est parce qu’elle avait envie de dire au revoir et merci au public et ça, je le comprends.

Avec de nouveaux chanteurs, ce sera malgré tout plus difficile à gérer sur scène d’un point de vue logistique…

Surtout qu’on sera 17 sur scène, avec une section à cordes. On a l’habitude de balader beaucoup de personnes. Les répétitions ont commencé et ça marche bien. Il y a beaucoup de fraîcheur. Je suis très content avec les nouvelles voix et les réinterprétations.

Officiellement, Hooverphonic est donc un duo… Au moins, vous ne vous êtes jamais trahis, depuis le début…

Oui, c’est ça. Il y a une alchimie entre nous qui a prouvé depuis 20 ans que ça marche. En même temps, de rencontrer de nouvelles jeunes personnes, c’est important pour l’inspiration.

Et à l’étranger…

On sort « Badaboum » en Hollande, en France, en Italie… Les Français sont très enthousiastes chez Sony. On va voir ce que ça va donner, on est curieux. « Badaboum » est à moitié en français, donc ça ira pour les quotas. Je reste calme. Pour « Anger never dies », on ne s’attendait à rien et c’est devenu un tube énorme en Italie. On pensait remettre ça avec « Amalfi » et ce ne fut pas le cas là-bas. Après 20 ans de carrière, tu sais où tu commences mais jamais où ça va finir. C’est difficile de prévoir le futur. On est accro à cette sorte d’insécurité. Beaucoup n’aiment pas ça mais moi bien. Même si c’est beaucoup de stress. Il faut demander à ma femme ce qu’elle en pense. C’est un nouveau pari chaque fois. Moi, ça me donne de l’énergie. 20 ans après, je m’amuse encore, c’est ça l’essentiel…

Et le répertoire en concert, à quoi cela va-t-il ressembler ?

On joue six morceaux de l’album et tous des vieux titres, les tubes ou des chansons qu’on n’a plus jouées depuis longtemps. Il y aura deux extraits de No More Sweet Music . Des versions très différentes aussi, parfois très sérieux, parfois avec de l’humour. C’est un bon mix avec aussi des moments d’émotion intense.

Massive Attack, avec ses différents chanteurs et chanteuses, c’est un peu un modèle. Vous avez fait leurs premières parties en 1998…

Oui, on a fait toute la tournée en Allemagne et en Scandinavie avec eux, sur le Mezzanine Tour. C’était très chouette. Ils sont très chaleureux. Ce qui était rigolo, c’est que chaque fois qu’il y avait un journaliste ou une caméra, ils étaient directement sérieux et graves. Une fois entre nous, on s’amusait beaucoup. On a même fait une course de karting. Ce sont de chouettes souvenirs…

Propos recueillis par THIERRY COLJON

Notre critique d’In Wonderland *** et l’écoute intégrale sur Deezer.


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