A consommer sans Moderation

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Précieux sans être intello, le trio Moderat part en tournée, un troisième album dans ses valises.

Ils sont trois, à s’être fait un nom du côté de Berlin… Au premier, Sascha Ring, on doit un label, Shitkatapult, lancé avec T.Raumschmiere, mais c’est sous le pseudo d’Apparat qu’il a personnellement charmé nos oreilles. Les deux autres s’appellent Gernot Bronsert et Sebastian Szary. Eux, c’est deux labels, Monkeytown et 50Weapons, mais surtout un duo à la discographie intéressante, également: Modeselektor. Faites l’addition: Modeselektor plus Apparat égale Moderat, donc. Mais qui est un peu plus que la somme de ses parties, comme dirait un prof de maths…

Pour l’heure, le trio, qu’on retrouve dans un hôtel convenable à deux pas de la gare du Midi, a encore la tête dans les travaux ayant abouti à son troisième album. Intitulé III: pourquoi faire compliqué? «Mais ce n’est pas un album concept, s’amuse Gernot sous sa casquette. Nous n’entrons pas vraiment en studio avec un concept. Nous entrons en studio avec un sentiment, et nous essayons de le concrétiser en musique, le faire sortir de l’estomac, d’une certaine manière. Sans trop faire intervenir le cerveau. Au-delà de ça… disons que pour certains, c’est un album un peu introverti.»

Même dans les passages électroniques les plus «expérimentaux», un petit quelque chose de cool, de chill out se fraie un chemin… Pour un peu, ce serait la marque de fabrique de Sascha, Sebastian et Gernot. «Oui. Introverti correspond peut-être le mieux à ce qu’est cette musique ou ce disque, reprend le premier. C’est très proche de ce que nous avons tous eu comme vision de Moderat.»

Pour le trio, Moderat est un projet, une idée, mais les mots lui manquent parfois. «En tête, nous avons juste des sons, des attitudes et nous savons comment composer avec ces éléments. Nous ne sommes pas des musiciens, des auteurs au sens classique du terme, nous sommes des producteurs. Nous sommes issus de la scène techno…» Un moule qu’ils ont cassé très tôt, explique Gernot: «Avant même d’avoir du succès sur la scène électronique, nous avions déjà cassé les barrières. Nous ne voulions pas suivre le courant, mais nager à contre-courant.»

De la rivière à la forêt, il n’y a qu’un pas… «Imaginez trois scouts dans les bois. L’un est un bon chasseur, l’autre connaît bien les plantes et le troisième est le cuistot. C’est le mélange parfait. Mais ils se chamaillent tout le temps à propos de tout, et chacun prétend savoir mieux faire ce que font les autres. C’est marrant! Nous, c’est similaire, mais nous savons que nous pouvons survivre ensemble.» Qui est le cuistot? «Moi», répond Gernot. Qui précise que Sascha est le chasseur et que Sebastian connaît bien les plantes. «Les plantes et les champignons», marmonne celui-ci. Ses deux comparses se marrent. «Tout ceci a commencé comme une expérience, pour le plaisir. Sauf qu’aujourd’hui, au vu de tout ce qui s’est déjà passé pour nous, ce serait très difficile de tout laisser tomber.»

> Les trois Allemands ne se sentent pas exactement piégés dans leur propre projet. Eux diraient plutôt « surpris »… « Nous sommes super différents, même dans la manière dont les gens nous voient sur scène, analyse Gernot. J’ai l’air d’un graffeur, Sascha ressemble à une rock star et Szary… on dirait le danseur de New Order ! Heu non, je voulais dire des Happy Mondays ! En tout cas, pour nous, c’est toujours aussi excitant. Et ça excite manifestement pas mal de ceux qui travaillent à nos côtés. Il y a tellement de choses qui peuvent être faites autour de ce concept, c’est dingue ! »

Didier Stiers

Concerts: le 8 avril au Cirque royal (sold-out) et le 30 septembre à Forest National.

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III (Monkeytown/NEWS) ***

Côté «pochettes», ils ont de la suite dans les idées, les trois de Moderat (même si leur identité visuelle est laissée aux bons soins du collectif Pfadfinderei). Après l’homme et la femme, voici l’enfant. Qui symboliserait le futur, l’évolution… Non seulement le trio se passe, cette fois, d’invités, mais il se fend ici de titres plus vocaux que par le passé. Et arrive de mieux en mieux à faire croire à l’auditeur qu’il travaille avec une foule de musiciens; magie des consoles! Il reste cependant une constante: cette manière si particulière de faire naître de la mélancolie dans les compos les plus rythmées. A écouter en concentré dans le formidable «Reminder»… D.S.

Notre critique * * * et l’écoute intégrale sur Deezer.

Didier Stiers

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