Prince: comment est né « Purple Rain »

ppurple

C’est son projet le plus emblématique. Celui qui a fait de lui une superstar planétaire. Film, album, chanson. Voici l’histoire de « Purple Rain ».

Au début des années 80, l’industrie musicale est en train de changer. La raison tient en trois lettres: MTV. Lancée en 1981, la chaîne va imposer la vidéo comme outil essentiel à la promotion de disques qui se vendent alors par camions. Les stars de la pop (et leur entourage) l’ont bien compris. Et en premier lieu, celui qui s’apprête à devenir le roi du genre, Michael Jackson, qui va miser bonbon sur ce nouveau vecteur. Coup sur coup, il marque les esprits avec les clips de « Billy Jean » (janvier 1983) et « Beat It » (février 1983).

Prince est alors loin du succès affriolant que connaît son concurrent. Mais au fil des années et des albums, il s’est imposé comme une valeur montante. Son album 1999 lui a offert ses premiers gros tubes nationaux et la tournée qui a suivi a enfoncé le clou. Les Etats-Unis découvrent ce petit homme au charisme fou, ses talents de performer et de musicien. A 26 ans, Prince est la prochaine superstar de la pop, tout le monde en est conscient. Il faut juste trouver un moyen pour lui permettre d’exploser.

20140421-prince-x1800-1398108255

Arrive cette idée de film. Difficile à dire d’où elle vient: de Prince lui-même ou de son entourage? Toujours est-il qu’un scénario arrive dans ses mains. L’histoire d’un petit génie qui ne vit que pour la musique dans un environnement familial compliqué. Aujourd’hui, Eminem, 50 Cents, tous y vont de leur long-métrage de fiction à leur propre gloriole. Mais au début des années 80, l’exercice est inédit. Prince s’y plonge à 100%, il prend des notes dans un carnet violet, remanie le scénario pour le rendre plus proche de sa propre vie et entreprend d’en écrire la bande-son.

Autour de lui, certains sont dubitatifs. Son tour manager se souviendra en 2009: « Kiss avait fait un film, c’était le groupe le plus populaire du moment et ça avait été un four complet. Mais Prince était persuadé que ça allait cartonner ». L’intéressé confirmera chez Larry King sur CNN en décembre 1999: « Un film de ce genre n’avait jamais été fait ». En clair, le kid savait.

Le début de l’année 1984 appartient pourtant à Michael Jackson qui empoche huit Grammys pour son Thriller qui explose tous les records de ventes. Et il enfonce encore le clou en dévoilant le clip de la chanson-titre, véritable court-métrage de zombies réalisé avec un budget qui n’a rien à envier aux productions hollywoodiennes. Prince observe et attend son heure. Lui a l’idée d’aller plus loin. Il sait ce qu’il a dans sa besace.


Prince – When Doves Cry (1984) par retrospective1

Et il ne s’agit pas tant du film que du disque qu’il vient d’enregistrer. Il le sait depuis ce concert de charité au Minnesota Dance Theater donné chez lui, à Minneapolis, le 3 août 1983 enregistré par son ingé son David Rifkin dans le but d’en garder une trace qui soit exploitable. Prince y joue plusieurs nouveaux titres pour la première fois en live. C’est la première apparition de sa nouvelle guitariste Wendy Melvoin. Selon son batteur Bobby Z, « c’était certainement un des meilleurs concerts qu’on n’ait jamais fait ». Fait notable, trois titres enregistrés cette nuit-là se retrouveront, moyennant quelques rajouts, sur la version finale de Purple Rain: « Baby, I’m a Star », « I Would Die 4 U » et « Purple Rain ».

Cette dernière a été présentée dans une version de 13 minutes. Prince coupera un couplet et un refrain pour la faire culminer à huit minutes sur l’album. Il ne rajoutera que quelques overdubs quelques jours plus tard au Sunset Sound Studio de Los Angeles. La version proposée au Minnesota Dance Theater est en effet tellement parfaite, pleine d’âme, de vie et d’émotion, qu’elle se suffit amplement. C’est en live qu’est né « Purple Rain » et c’est à tomber. La preuve en vidéo.

Purple Rain sort à l’été 1984. D’abord son versant album, le 25 juin. Un mois plus tard sort le film. Et les choses s’emballent, comme Prince l’avait prédit. Certes, le film est un navet absolu! Mais qu’importe, les gamins se ruent pour aller le voir, s’identifient au personnage principal et font de Prince une superstar planétaire. En août, il est numéro un au box-office, au Billboard albums et dans les singles charts avec « Let’s Go Crazy ». « When Doves Cry » avait atteint la même place quelques semaines plus tôt. « Purple Rain » culminera à la deuxième place en septembre.

L’album se vendra à 20 millions d’exemplaires de par le monde, dont 13 aux Etats-Unis, il remportera l’Oscar de la meilleure bande-son (tandis que le film est nominé aux Razzie Awards…) et deux Grammys en 1985 (Meilleure performance rock pour « Purple Rain » et Meilleure bande-son de film). Surtout, il propulse Prince dont l’étoile ne redescendra qu’avec les années 90.

Purple-rain-cover

« Purple Rain » est aujourd’hui sa chanson la plus emblématique, son chef-d’oeuvre. C’est aussi celle qui a fait de lui une icône, la couleur violette (enfin, pourpre…) lui étant aujourd’hui attachée. A Minneapolis, New York et ailleurs aux Etats-Unis, les autorités ont éclairé de grands bâtiments en violet/pourpre en son hommage à l’annonce de sa mort. La prochaine édition du magazine New Yorker aura une couverture de cette même teinte traversée de gouttes de pluie. Et de Bruce Springsteen à Sufjan Stevens, c’est ce titre qu’ils ont repris ce week-end.

Et puis, le destin. En 2007, Prince est invité à jouer à la mi-temps du fameux Superbowl, événement pop autant que sportif aux Etats-Unis, regardé en moyenne par 100 millions de téléspectateurs. Le match se déroulait à Miami où une pluie battante, tropicale, s’est abattue durant toute la journée. L’entourage de Prince était tendu comme jamais, l’électricité étant omniprésente sur la scène aménagée au milieu du terrain. Allait-il refuser de jouer? Le bonhomme étant connu pour faire uniquement ce qu’il a envie de faire, les organisateurs poussèrent l’entourage pour savoir: « Prince, il pleut ». Réponse de l’intéressé: « Peux-tu faire en sorte qu’il pleuve plus fort? » Alors qu’il jouait son titre fétiche, sous l’effet des projecteurs, la pluie a changé de couleur.

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

commenter par facebook

2 commentaires

répondre

Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>