Beyoncé s’offre une crédibilité indé

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Notre critique de Lemonade.

La reine a donc remis son trône en jeu. Deux ans et demi après la sortie du monument BEYONCE, cette même triste semaine qui a vu le monde pop perdre Prince. Hasard des calendriers, la date était réservée et impossible à modifier depuis l’annonce, le week-end dernier, d’une soirée spéciale Beyoncé sur la chaîne HBO. Qu’en fût-il ? D’un film musical, la version « visuelle » de son nouvel album Lemonade. Surprise, un album surprise!

Passons sur l’aspect « 7e art » de la chose, que l’on n’a de toute manière pas vu et dont, à vrai dire, on se fout pas mal. Focalisons-nous sur le disque, d’autant qu’il révèle, en son sein, son lot de surprises…

Et la première est de taille ! Il semblerait, en effet, à l’écoute en tout cas, et même si cela ne nous regarde pas, n’est-ce pas, mais je dis bien “il semblerait”, donc, eh bien, que Beyoncé soit cocue ! Ah oui. Oooooooooooh, loin de nous l’idée de vouloir ragoter, pensez donc ! Mais bon, puisqu’elle en parle… A vrai dire, elle ne parle quasiment que de ça. Mais, et c’est une des réussites du disque, elle en parle de façon finalement très pudique. Noble dans la douleur, notre reine. Et puis, rassurons-nous bonnes gens, à la fin, tout rentre dans l’ordre. Jean et elle s’étant réconciliés (croit-on du moins savoir)(quel salopard!)(chhhhhht CELA NE NOUS REGARDE PAS!)

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Et à part ça ? L’autre grosse affaire est dans le choix des collaborateurs : en vrac Kendrick Lamar, Jack White, James Blake, The Weeknd, Ezra Koenig de Vampire Weekend, et OutKast, Animal Collective, Father John Misty et… Led Zeppelin côté samples et emprunts. Beyoncé virerait-elle indé ? Il semblerait en effet que ce soit un peu l’idée…

Outre les quelques ballades de l’album (« Pray You Catch Me » en ouverture, « Love Drought », « Sandcastles ») sur lesquelles on passera rapidement (elle est cocue, qu’on vous dit !), Queen Bey s’en va picorer un peu dans toutes les assiettes. Et il faut bien avouer que c’est souvent – chaque fois – convaincant, sinon plus – c’en est presque désespérant! Que des tubes potentiels!

« Hold Up » est un ragga catchy et chic ; « Daddy Lessons » est une tentative… country – et de façon on ne peut plus improbable, ça fonctionne à merveille!; « 6 Inch » a un côté trip-hop revu et corrigé, via le sample d’Isaac Hayes qu’avait déjà utilisé Hooverphonic sur « 2 Wicky » (ou comment louper de peu le pactole…) ; tandis que « Forward » est une ballade post-moderne à la James Blake qui comprend la participation de… ben, James Blake.

Et puis il y a « Don’t Hurt Yourself » et « Freedom », deux titres… rock. Oui, oui, comme dans rock n’roll, White Stripes, Led Zep, tout ça. Et puisqu’on en parle, le premier titre bénéficie des participations de Jack White et John Bonham, le batteur de Led Zep, oui, dont la frappe de bûcheron a été samplée pour relever la sauce qui est, de fait, bien épicée. Le second est construit autour d’un vieux titre rock psyché des 60’s signé Kaleidoscope et profite du flow de Kendrick Lamar (ce qui est devenu un gage d’excellence assurée). Et c’est merveilleux. La grande tuerie du disque, en fait. Qui ressuscite les 60′s psyché et contestataires. Et c’est à Beyoncé qu’on le doit, M’sieurs, dames! Car oui, Beyoncé sait faire du rock. Mieux, elle revigore la vieux machin devenu tout mou et lui ouvre de nouveaux horizons! A genoux, vous tous, là, les vieux puristes aux t-shirts troués et Doc Martens. A genoux, j’vous dit! Du respect pour votre reine!

Finalement, il n’y a guère que le single avant-coureur « Formation » pour revenir au son de BEYONCE et à ses imposantes basses r’n’b. C’est par là que le disque se termine. Manière de dire que le titre dénote par rapport au reste de la production, mais aussi histoire de finir en force et la tête haute, relevée avec une fierté et morgue face au bestiau qui l’a humiliée! « Come on ladies, now let’s get in formation! ».

Pour le reste, Lemonade est un disque qui fait profil bas, lorgnant vers la sphère indé, donc, à contre-courant de son prédécesseur. Un disque qui tente des choses sans autre ambition que d’exprimer les douleurs et sentiments d’ordre privé de façon la plus honnête possible. Avec une certaine noblesse. Et c’est une réussite quasi-totale. Car si Lemonade semble a priori moins imposant que son prédécesseur, il permet non seulement à Beyoncé d’assurer son trône, mais lui offre en prime de nouvelles perspectives. Ainsi qu’aux genres auxquels elle s’essaie avec brio. En clair… A genoux!

DIDIER ZACHARIE

Lemonade est disponible sur Tidal et iTunes. Les autres plateformes devraient suivre.

Journaliste lesoir.be

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