Nuits Botanique : Dan San dans les cordes

Frontstage - Dan San 1 - Crédit Gilles Dewalque

Ce dimanche soir, le groupe se produira aux Nuits Botanique en compagnie du Mons Orchestra. Petit retour sur un projet qui compte autant comme un cadeau que comme un défi.

Lundi dernier, jour ensoleillé, à la terrasse d’un café de Schaerbeek (à défaut du piétonnier qui, étant ze place to be, devait probablement être bondé)… Thomas Médard et Jérôme Magnée se sont échappés du Bota où Dan San répète avec les musiciens du Mons Orchestra, la « division crossover de Musiques Nouvelles », en vue du concert de ce dimanche. Le groupe liégeois jouera avec un quatuor à cordes et un cuivre. Soleil et bières fraîches : défendons le petit commerce !

Gros boulot, que d’adapter ainsi Shelter, le récent et deuxième album de ces accros à l’indie folk ? « Ça va être bien, rassure Jérôme. Ce sont des musiciens super professionnels, ils ont leurs partoches et on a participé à l’écriture des arrangements, tout a été peaufiné par le groupe, donc il n’y a pas de problème. »

Le compositeur en question, c’est Stéphane Collin. Un habitué de ce genre de mission, qui a notamment travaillé avec An Pierlé. « Il est hyper réactif. Il nous a fait des propositions, mais il s’est aussi très vite rendu compte de la direction à prendre quand on lui suggérait de revenir à l’essence des morceaux. » Hyper réactif, mais aussi quelque peu allumé, dixit l’intéressé : « Il vit dans une baraque perdue loin de tout, il a 14.000 chiens et quand tu arrives chez lui, tu as l’impression que tu vas te faire bouffer. Il vit en sandales, avec plein de pianos partout. Il est vraiment étrange, mais en même temps il est beau dans son étrangeté. »

Au-delà de cette étrangeté, son univers et celui de Dan San ont pu se rencontrer. « Je crois que c’est un mec qui a la très grande force d’arriver à se mettre au service des projets. Les premiers temps, on se renifle un peu le cul, pour voir jusqu’où on peut aller, quelles sont les limites. Il essaie de trouver son plaisir dans le nôtre, finalement. Mais c’est un mec qui a mille idées à la seconde. C’est bien de bosser avec des gens comme ça, qui s’y connaissent vraiment en musique. »

C’est que les gens de Dan San ne sont pas musiciens, de l’aveu même de Jérôme Magnée. Hormis le batteur, qui a fait le Jazz Studio. Et : « Damien, notre violoniste, a eu des cours particuliers avec un virtuose pendant pas mal d’années, précise Thomas. C’est le seul qui a une formation classique, mais sans suivre un cursus scolaire identifié. »

Ce projet avec le Mons Orchestra est en fait une proposition du Botanique. Un cadeau et un défi, parallèlement… « Pour nous, jouer avec un orchestre était un rêve non encore réalisé, et on a donc tout de suite dit oui. Mais Shelter est le disque le moins philharmonique, le moins orchestré qu’on ait fait, or c’est sur celui-ci qu’on nous propose de jouer avec un orchestre ! Ça aurait certainement mieux fonctionné avec le précédent, qui comporte énormément de cordes, de couches superposées. »

Pour Shelter, Dan San souhaitait aller à l’essentiel. « Ce qu’on a voulu réaliser ici, c’était justement enlever plein de couches, faire le truc le plus épuré possible pour vraiment retourner à l’essence des chansons, l’essence d’une ligne de voix, d’une mélodie. Là, on nous propose de travailler avec un orchestre, alors on a dit ok mais un petit orchestre, quatre ou cinq musiciens… Et toute une partie du travail avec le compositeur a été d’arriver à en faire moins, jusqu’à aboutir à quelque chose qui serve la chanson. Et rejoindre du coup la ligne directrice de cet album qui est un peu « less is more ». De plutôt soigner chaque source que les superposer. »

Sur scène aussi, et ce dimanche notamment, c’est la même ligne de conduite qui devra prévaloir. Voilà des mois que le groupe bosse sur son live. Thomas : « Lors de la tournée précédente, on essayait de faire au mieux les morceaux et d’être le plus en accord possible avec le public. Cette fois-ci, on s’est dit merde, on va mettre un peu de folie là-dedans ! On va avoir des idées un peu mégalos et voir jusqu’où on peut aller ! »

« On a eu envie d’habiller, de faire quelque chose de différent, mais avec ce même souci d’aller soigner chaque idée avec minutie plutôt que de vouloir en faire trop et d’avoir un truc sur les épaules qui pèse trop lourd et qu’on ne fera finalement qu’à moitié pour cette raison. » Traduction : décor minimal, donc ? « Oui, mais hyper bien soigné ! On a bossé avec un ingé light qui a mis en place des petites choses, en restant dans la retenue. Il y aura des projections, mais pas trop. »

Jérôme : « On s’est permis d’envisager le live comme on a envisagé l’album : essayer de raconter une histoire du début jusqu’à la fin. Et en faire quelque chose de poétique même sur scène, pas juste simplement essayer de retranscrire le disque. Comme le dit Thomas, il y a de la vidéo, des lights un peu subtils et sur cette date-ci, l’orchestre. C’est totalement dans la continuité. On a déjà eu l’occasion de jouer quelques dates à l’étranger : sur scène, j’ai l’impression qu’on a fait comme avec Shelter, qu’on a franchi une sorte de petite étape supplémentaire. Qui permet au live d’être plus que simplement des musiciens venant jouer sur scène. Je n’ai pas envie de dire « spectacle », parce que « spectacle », ça fait un peu paillettes et tout ça… C’est une rencontre, quelque chose de poétique. Je voudrais que les gens en sortent un peu stoned, comme après avoir été cool, amoureux ou dans du coton. »

Frontstage - Dan San 2 - Crédit Gilles Dewalque

Pour l’heure, la collaboration avec le Mons Orchestra reste de l’ordre du « one shot ». N’empêche, l’idée de lui donner une suite les a déjà plus qu’effleurés… « Pourquoi pas, d’ici un an, enregistrer quelques chansons avec cet orchestre et en faire un petit objet live, imagine Thomas ? Là, on n’a pas encore joué, mais je crois que s’il se passe vraiment le truc qu’on espère, on aura envie de le revivre. Et surtout, envie de le partager. Alors pourquoi ne pas l’enregistrer par après ? »

Pour l’heure aussi, Dan San lorgne au-delà de nos frontières. Le groupe vient tout juste d’être signé aux États-Unis, sur Minty Fresh (Tahiti 80, Alamo Race Track…). « C’est vraiment tout récent. Avant ça, le disque est sorti au Canada. Il sort aussi au Japon, au Mexique, à droite et à gauche en Europe : France, Suisse, Pays-Bas… » A chaque fois, ce sont de vrais partenaires, soulignent-t-ils : « Avec des licences. Donc des gens qui nous soutiennent bien et qui, on l’espère, vont mettre en place une chouette promo. C’est cool, on n’a jamais eu ça pour aucun de nos projets. On sait déjà qu’on va partir au Canada deux fois cette année, on espère aussi pouvoir aller défendre notre disque de vive voix dans les autres territoires dans lesquels il sort. Maintenant, il faut voir, que ça réagisse d’abord un petit peu avant d’acheter nos billets. Mais c’est en tout cas déjà très chouette d’avoir des partenaires qui croient au disque. »

Didier Stiers
(Photos : Gilles Dewalque)

> Dimanche 8 mai, Cirque Royal, avec Andrew Bird et Carnival Youth. Infos : www.botanique.be.
> Shelter dans le Mad.

 

 

Didier Stiers

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