Radiohead s’envole de nouveau

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Notre critique de A Moon Shaped Pool de Radiohead.

La première réaction à la sortie de A Moon Shaped Pool, le neuvième Radiohead, est que Thom Yorke n’aime vraiment pas Spotify. Comme pour les autres gros poissons (Kanye, Beyoncé, Drake…), l’idée est à la rentabilisation rapide sur les plateformes de streaming payantes (Apple Music, Tidal) et surtout les téléchargements via iTunes qui font la grande majorité du chiffre. Pas con, le groupe d’Oxford ajoute une offre multiple sur son site personnel: téléchargement, CD, vinyle et version luxueuse à 76 euros qui, ceci-dit, est bien alléchante (double LP, double CD dont un d’inédits, livre de visuels… une formule similaire à In Rainbows, en somme). Les plateformes à volet gratuit, ce sera pour plus tard. Quitte à relancer le téléchargement illégal, mais le grand Satan d’hier ne semble plus être un souci pour personne…

Ceci pour la forme. Mais qu’en est-il du fond? Parce que, dans le fond, hein, ce Radiohead est foutrement bon!

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Exit les expérimentations electro-jazz-ambient-j-ai-froid de The King of Limbs (à l’époque ça nous avait gonflé, et je n’étais pas le seul! Mais à le réécouter aujourd’hui, on est prêt à réhabiliter complètement ce disque!), ce neuvième album revient au format chanson et aux mélodies limpides dans un équilibre parfait entre électrique, acoustique et électronique avec, et c’est la nouveauté, la parcelle d’inédit qui permet à A Moon Shaped Pool d’être plus qu’un simple « nouveau » Radiohead, des ingrédients issus de la musique classique et contemporaine.

Outre les deux (excellents) singles qui ouvrent le disque et les montées kraut de « Identikit » et du très Neu! « Full Stop », A Moon Shaped Pool est, dans sa deuxième partie surtout, en réalité très aérien, éthéré et apaisé. Un peu comme du Byrds du XXIè siècle. Un petit côté californien 60′s traverse les arpèges de guitares (parfois presque brésiliens sur « Present Tense ») et une atmosphère hippie à la Inherent Vice, le dernier film très lebowskien de Paul-Thomas Anderson dont Jonny Greenwood s’était chargé de composer la bande-son, survole le disque comme un nuage de fumée verte…

C’est justement (probablement) à lui que l’on doit ces touches de piano à la Erik Satie et ces arrangements de cordes qui s’envolent tout au long du disque. Pendant que Thom Yorke poursuivait ses études en électronique, Greenwood a en effet collaboré avec des musiciens classiques pour des bandes-son de film ou de pièces de théâtre. Et ses orchestrations sont absolument brillantes. Jamais pompeuses, toujours légères comme un oiseau. Simplement brillantes.

Comme l’est ce retour à la (fausse) simplicité des riffs de guitare acoustique. Du rarement entendu chez Radiohead depuis The Bends. Mais surtout, il s’agit de riff enlevés, là encore légers et aériens, presque latins. Mention spéciale à « The Numbers » et « Present Tense ». Enfin, pour rajouter à notre bonheur, et ce n’est pas une petite affaire (certes non!), la voix de Thom Yorke qui avait de plus en plus tendance à plomber l’atmosphère déjà pas rose-violette vole de nouveau haut dans les cieux. Et là: Hallelujah, Hosanna et encore bien Hare Krishna!

A noter encore que la plupart des titres présents ont été « testés » depuis plusieurs années en concert et ne trouvent le bon arrangement qu’aujourd’hui. Mais l’attente en valait la peine. Si ce n’est, et ce sera la seule note faiblarde sur le disque, ce « True Love Waits » d’il y a quinze ans qui avait déjà atterri sur l’EP live « I Might Be Wront » en 2001 et clôt l’album dans une belle version, mais qui ne rajoute finalement pas grand-chose à l’originale. Et qui nous fait surtout redescendre en terre connue alors qu’on avait passé trois-quart d’heure à voler vers de nouveaux horizons.

Quoi qu’il en soit, A Moon Shaped Pool nous donne une nouvelle preuve de ce que l’on savait déjà: Radiohead est le groupe de rock le plus important de ces vingt dernières années. Et ce n’est pas près de changer.

DIDIER ZACHARIE

A Moon Shaped Pool:

01 Burn the Witch
02 Daydreaming
03 Decks Dark
04 Desert Island Disk
05 Ful Stop
06 Glass Eyes
07 Identikit
08 The Numbers
09 Present Tense
10 Tinker Tailor Soldier Rich Man Poor Man Beggar Man Thief
11 True Love Waits

DZ

Journaliste lesoir.be

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