Iggy Pop est grand, nous sommes tout petits

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Iggy et ses nouvelles troupes menées par Josh Homme se produisaient au Heineken Hall d’Amsterdam. Compte-rendu.

Ecrit, composé et produit par Josh Homme, “Post Pop Depression », le 17 ème album d’Iggy Pop est le meilleur album de l’Iguane depuis plus de 20 ans. Actuellement en tournée européenne avec un groupe de 5 musiciens (dont la moitié des Queens of The Stone Age), Iggy Pop, 69 ans au compteur, a livré un concert exceptionnel mardi à Amsterdam. Sans aucun classique des Stooges au programme, le natif du Michigan a privilégié sa période berlinoise piochant allègrement dans « Lust For Life » et « The Idiot ».

Il y a des concerts où on sent d’entrée de jeu qu’il va se passer quelque chose de particulier. Ce petit je ne sais quoi palpable dans l’air qui ressemble à de l’électricité. Et puis, sans crier gare, une connexion unique se tisse entre le public et les musiciens présents sur scène avant que tout le monde perde pied. Sur scène. Et dans la salle. Hier soir, au Heineken Hall à Amsterdam, devant 3.500 personnes extatiques, Iggy Pop et son groupe qui sent bon le désert et la mescaline n’ont pas été loin de pété les plombs suite à un accueil assez incroyable d’un public en feu. Au point qu’après une demi-heure (après deux morceaux (« Lust for life » et « Sister midnight »), Iggy laissait tomber la veste et au troisième (« American Valhalla ») ou quatrième (« Sixteen »), l’animal avait le futal sur les talons. Ensuite et visiblement scié par l’accueil, Jimmy, pour les intimes » a regardé la foule en disant un sincère « Vous êtes un putain de public ». On n’a rarement vu un Iggy Pop aussi emballé d’être sur scène depuis des lustres et des musiciens un large et franc sourire aux lèvres pendant les 22 morceaux d’un concert impeccable de bout en bout.

Déjà l’intro est hallucinante : sur une rythmique tribale (Matt Helders des Arctic Monkeys aux fûts) Troy Van Leeuwen (guitares et claviers), Dean Fertita (guitares), Josh Homme (guitares) et Matt Sweeney (basse) font leur entrée tandis que le Queens of The Stone Age en chef balance au micro un « Ladies & gentlemen : mister Iggy Pop ». Le martèlement devient frénétique et Iggy déboule sur un « Lust for life » d’anthologie. Le « goût pour la vie », Iggy l’a plus que jamais. Grâce au travail formidable accompli par Josh Homme sur « Post Pop Depression », qui pourrait clore une trilogie berlinoise entamée quarante ans plus tôt à Berlin et sous la houlette de David Bowie. Probablement aussi parce que sur scène, Iggy Pop est aussi entouré par un groupe aussi canon que celui qui l’accompagnait sur son live « TV Eye » : Bowie aux claviers ainsi que Tony et Hunt Sales à la section rythmique.

Hier, à Amsterdam, ce groupe de malade a plongé le public dans cette ambiance berlinoise où, en fermant les yeux, on ressentait aussi la présence de David Bowie. Dans la voix de baryton du Stooges en chef et dans les arrangements qui rappelaient aussi les albums « Low » ou « Station to station » du Thin White Duke. Flagrant aussi de voir la cohérence entre les récents « In the lobby » ou « Sunday » et les séminaux « Funtime », « Nightclubbing » ou « Succes », jamais joué, aux dires de Josh Homme, en live. Ambiance moite, poisseuse et opiacée, riffs psychédéliques (une bonne moitié de morceaux joués avec trois guitares), bidouillages aux claviers aux réminiscences krautrock à l’image d’un « Mass production » (pioché dans « The Idiot ») qui donne le tournis.

Iggy se fait plaisir, c’est un vrai concert pour fans. Jugez plutôt. A côté du dernier album (8 morceaux sur les 9 joués), ce véritable survivant du rock a interprété 7 des 9 morceaux de « Lust For Life » et 6 des 8 morceaux de « The Idiot ». Avec toujours ce groupe qui dévisse à travers cette rythmique vertigineuse et ces strates de guitares aussi vicelardes que telluriques. Même « The Passenger », qu’on a dû voir une cinquantaine de fois sur scène, n’a jamais sonné aussi puissante, compacte et jouissive. Ah oui, lors des rappels, et après la longue jam qui a accompagné « Fall in love with me », Iggy Pop se lançait dans « Repo Man » extrait de la bo du film éponyme de Alex Cox.

Iggy est grand. Son groupe énoooooooooorme et nous sommes tout petits.

Par contre, seul bémol à venir pour le public de Rock Werchter et du Main Square à Arras, en juillet prochain, Iggy Pop sera entouré de son groupe habituel et parfois peu subtil. La moitié des Queens part en vacances avant de se remettre au turbin pour un nouvel album des Queens of The Stone Age annoncé en 2017.

PHILIPPE MANCHE


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