Western aux Nuits, avec Albert et Bouli

Frontstage - Premiers Derniers

Ce qu’il y a de bien avec les Nuits Botanique, c’est qu’on peut y découvrir des projets inédits. Et quand ils sont aboutis, réussis, y vivre des moments particuliers. Mardi soir au Cirque Royal, ce fut le cas avec la (re)mise en musique du film de Bouli Lanners, Les premiers les derniers.

Dans ce western onirique, on suit deux chasseurs de primes à l’allure qui ne trompe pas : Gilou (Bouli) et Cochise (Albert Dupontel) ont baroudé, ça les a soudés, mais l’heure de la retraite est peut-être en train de sonner. Leur dernier contrat : retrouver un gsm au contenu compromettant. Un gsm qui se retrouve dans le maigre bagage d’Esther et Willy. Elle est un peu handicapée (« Mais ce n’est pas de ma faute »), lui croit en la fin du monde et l’aime plus que tout. Au fil des rencontres – une bande de petits malfrats, une femme seule, un vieil hôtelier qui soigne ses fleurs (hallucinant Michael Lonsdale), une momie, un cerf et Jésus – le road movie à l’humour toujours un peu kaurismakien se fait philosophique. Spirituel. « Vivre, ce n’est pas que respirer », se convainc-t-on avec Gilou, dans ces paysages post-industriels aux ciels toujours bas.

Ces tableaux que Bouli Lanners sait peindre comme personne ont trouvé leur équivalent musical dans la b.o. agencée par Pascal Humbert (du Lilium, du Wovenhand, des compos originales, la participation de Bertrand Cantat, son ami de Detroit…). On savait déjà l’intérêt que prête et le soin qu’apporte le réalisateur à cet aspect de ses films. Mais c’est tout autre chose de voir et d’entendre des artistes comme le même Pascal Humbert, Koen Gisen (saxo), Jérémie Garat (violoncelle), Catherine Graindorge (violon) et, donc, Cantat (« Maybe I ») la réinterpréter en live, se glisser sous les dialogues et hanter les silences, sans que jamais rien ne paraisse surfait, déplacé ou redondant…

Dernières lignes de générique, applaudissements, le groupe vient et revient saluer, les lumières se rallument, et on a un peu de mal à se remettre du rêve… Une demi-heure plus tard, Bouli s’en remet à peine… « Pour moi, ça n’a représenté aucun travail. J’ai dit à Pascal : « Prenez le film, faites-en ce que vous voulez ! Et moi, je suis arrivé comme un spectateur lambda, mais avec une petite appréhension parce que je savais que tout allait être trituré, remodelé, réinventé. Et donc pour moi, c’est une claque ! »

Présenté et primé à Berlin en en février et sorti sur nos écrans quelques jours plus tard, ce quatrième film du réalisateur a déjà connu une première vie. « Je l’ai vu je ne sais pas combien de fois parce que j’ai fait trois mois et demi de promo. Tout est extrêmement formaté, paramétré à la seconde… Ce n’est pas comme au théâtre où ce n’est jamais exactement la même chose. Et là, tout à coup, quatre mois après la sortie du film, je redécouvre. Tout ! Avec des surprises, des moments tellement forts… »

Ce « ciné-concert » pas comme les autres (pour lequel les répétitions ont eu lieu chez Koen Gisen et An Pierlé), on aimerait bien le voir à son tour vivre sa vie. Et non pas rester « simplement » ce one shot vécu hier dans une émotion tangible. Imaginable ? « Ce serait dommage que ça n’ait été fait qu’aujourd’hui. Parce que c’est génial de voir qu’aujourd’hui encore, accompagner en musique live un film, ça marche toujours. C’est quand même un principe de base du cinéma. Et ce truc fonctionne encore, même avec un film déjà mixé. Il y a toujours de surprises, il y a une émotion du truc live que tu n’as pas en cinéma, qui dégage tout à fait autre chose. Et ça, je ne pensais pas que ça allait être aussi fort ! » Fort ? Oh que oui !

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Didier Stiers

 

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