Invitation au voyage avec Fakear

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Le phénomène électro était de passage au Botanique ce week-end. Avant la sortie d’Animal, son premier album; le 3 juin et un retour à Dour en juillet.

Il est l’une des figures de proue de la nouvelle scène électro française. À 25 ans, Théo Le Vigoureux, alias Fakear, remplit les salles les unes après les autres (Olympia compris), tourne jusqu’aux Etats-Unis, où il partage l’affiche avec Ice Cube, fait la première partie de DJ Shadow et… tape la pause avec Stromae.

Un éclectisme à l’image de sa musique et une ascension fulgurante depuis son concert de 2013 aux Trans Musicales de Rennes. Retour sur le phénomène qui a fait danser le Botanique ce week-end le temps d’un concert archi sold-out.

Une batterie, un clavier, une basse : sur scène, Fakear accorde une vraie importance aux instruments traditionnels et ne se contente pas de jouer au DJ levant les bras en l’air. S’il construit ses sets à l’aide de MPC, ces petites machines contenant des rythmes pré-enregistrés, pour le jeune Caennais « le contact physique d’un artiste avec son public » est essentiel.

Une manière de penser qui reflète en fait un parcours où la musique est toujours apparue comme une évidence. Fils de deux profs de musique, le petit Théo apprend à lire des partitions en même temps qu’il apprend à lire des livres, étudie le saxophone à l’Académie, puis le piano et la guitare de manière autodidacte avant de suivre un cursus en musicologie à l’Université d’Evry.

Au départ, il baigne plutôt dans le rock, le trip-hop, le classique et la world music, écoutant des artistes comme Dire Straits, Pink Floyd, Zappa, Supertramp, Radiohead ou Massive Attack. C’est d’ailleurs en bidouillant sur son ordinateur des mélodies jouées à la guitare qu’il se dirige naturellement vers l’électro. De ces multiples univers, il garde un goût du voyage et une structure dans les morceaux, qu’il décrirait comme « presque pop ».

Par contre, malgré ses sonorités indiennes, son pseudo n’a rien à voir avec les ascètes s’allongeant sur des planches à clous ou charmant les serpents. Fakear vient en fait de « fake » « ear », comme « fausse oreille », un clin d’œil à la musique virtuelle qu’il produit et un pied de nez à ceux qui pensent que la musique électronique est de la « fausse musique », parmi lesquels ses amis, qui l’ont accusé de ne plus faire de la « vraie musique » lorsqu’il est passé de son groupe de rock à l’électro à la fin de ses études secondaires.

Dans cette reconversion, une étape cruciale : sa résidence au Cargö, salle de concert caennaise soutenant de nombreux jeunes artistes, fin 2012 après avoir remporté un concours. Dans le jury, Jean-Louis Brossard, tête pensante des Trans Musicales de Rennes depuis 1979. Un événement révélant au public français (ou au public tout court) les talents de demain, comme Etienne Daho, Stromae, Björk, Daft Punk ou encore Portishead. Un événement qui va permettre à Fakear de se faire un nom grâce à une programmation fin 2013.

Ensuite, tout s’enchaîne très vite : comme ses comparses Thylacine ou Superpoze (par ailleurs ami de longue date), Fakear s’appuie sur les réseaux sociaux pour gagner en popularité et pour conquérir un public toujours plus grand. Il passe sur radio Nova, fait la première partie de Wax Tailor et Fauve, enchaîne les festivals, …

Un succès peut-être trop rapide. Après 4 EP’s, il se réfugie en Suisse pour prendre de la distance, réfléchir à sa musique et composer Animal, son premier album qui sortira le 3 juin. Un opus où le jeune homme a voulu en partie s’éloigner du schéma basse, kick, voix dans lequel il s’était enfermé et puiser dans d’autres univers, comme le jazz.

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C’est cet album, naviguant entre morceaux classiques qui ont fait son succès et nouvelles compositions, qu’il était venu défendre au Botanique ce week-end.

Très à l’aise, Fakear prend possession de la scène dès les premiers instants. Le public pénètre alors avec lui dans les jardins luxuriants et les paysages abruptes que ses morceaux suggèrent. Une ambiance qui fait merveille en ce week-end pluvieux et qui semble plutôt parfaite pour bien démarrer la soirée.

Le public, tous triangles en l’air, est conquis.

Sur scène, entouré de ses musiciens (mais exceptionnellement pas de son bassiste, tout juste papa), Théo Le Vigoureux, pianote sur sa console, donne de sa personne, ayant même à certains moments des faux-airs de rockeur.
Dans certaines improvisations, ses explorations prennent des couleurs jazzy qui complètent à merveille son univers. Des instants que l’on préfère clairement à ceux où les voix deviennent un peu trop présentes.

GAËLLE MOURY

Fakear, de retour chez nous le 17 juillet à Dour.

Gaëlle Moury

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