Nuits Bota: Mogwai atomise le Cirque Royal

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Les Écossais présentaient “Atomic” ce vendredi au Cirque Royal dans le cadre des Nuits Botanique. Une B.O. glaçante, réalisée pour un documentaire de la BBC, donnant lieu à un ciné-concert d’une autre dimension.

Neuf albums studio, quatre albums live, une dizaine d’EP:  Mogwai est l’un de ces groupes hyper-productifs, devenu au fil du temps incontournable et maître dans son domaine.  Touche à tout, ils se sont également illustrés avec brio ces dernières années  dans le domaine de la composition de bandes-originales, naviguant d’un portrait de Zidane (Zidane: A 21st century portrait, en 2006), aux séries télé (Les Revenants, dès 2012), ou encore à l’univers de Clint Mansell (Monsieur Requiem for a dream) avec qui ils ont collaboré.

Dernier projet du genre en date: la B.O. d’ Atomic: Living In Dread and Promise, documentaire réalisé par Mark Cousin pour la BBC. Expérimental dans sa facture, le film est un patchwork d’images d’archives autour de l’Ère du nucléaire. On voit l’horreur provoquée par “Little boy” et “Fat Man”, les bombes larguées sur Nagasaki et Hiroshima; on devine la souffrance des habitants de Tchernobyl. Et on se rend aussi compte que le nucléaire est présent partout dans nos vies, encore aujourd’hui, notamment dans nos hôpitaux. Autant d’images, parfois cruelles et toujours interpellantes, que les Écossais transcendent grâce à un album planant, à la fois féroce et paisible.

Avant de présenter le projet au Japon, le temps d’une poignée de concerts fin mai, ils étaient de passage au Cirque Royal ce vendredi pour un concert quasi exclusif.

C’est dans un état d’esprit d’apparence aussi froid que les images projetées que les Écossais ont pris place sur scène, dans la pénombre, presque comme s’ils voulaient s’effacer totalement au profit du film. À la manière d’un orchestre, mais sans saluer son public, Mogwai habille les images de Mark Cousin. Les compositions grandioses et puissantes donnent une dimension supplémentaire au film, amplifiant la mélancolie et l’horreur des images. La douleur se fait même physique tant le groupe a choisi de jouer dans une puissance telle qu’elle flirte constamment avec l’insupportable. Les corps tremblent et vibrent aux sons des basses, qui transpercent la peau par tous les pores.

Pourtant, si le mariage des images et du son est sans conteste une réussite, on peine parfois à lâcher prise et on perd quelque peu la dimension planante qui fait tout le sel de Mogwai. En fait, on ne décolle réellement que sur deux ou trois morceaux, dont le sublime “Fat Man”, décliné pour l’occasion en plusieurs versions.

Reste que Mogwai a le don de créer un univers unique et céleste. Et que ce talent s’exprime encore pleinement dans un projet comme “Atomic”. On a donc presque envie de leur pardonner leur départ sans un mot, sans un salut, sans un au revoir, qui donnait un peu l’impression qu’ils avaient fait le minimum syndical…

GAËLLE MOURY            

Gaëlle Moury

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1 commentaire

  1. Mez

    23 mai 2016 à 15 h 26 min

    Bonne revue.
    J’étais personnellement fasciné par les images. Et les envolées sur Fat Man, Ether ou Bitterness Centrifuge étaient dignes d’un concert traditionnel de Mogwai, si l’on enlève la sublimation par l’image.
    1h-1h15, c’est peut-être un brin court, d’autant qu’on ne voit décidément pas le temps passer.

    De là, je m’en fous qu’ils nous assènent d’un salut, d’un au revoir, d’un “Vous allez bien ‘ville-variable’?”. On n’est pas dans l’hypocrisie ici. Ils ne sont pas là pour un brin de causette (souvent affligeant de banalité répétitive dans les concerts), ils sont là pour joueur. Et ça tombe bien, leur musique comporte elle aussi peu de paroles. Tout comme le documentaire comportait peu de dialogue. C’est Mogwai. C’est le post-rock, c’est aussi Godspeed You! Black Emperor. Et j’imagine qu’Explosions in the sky ne parlera pas beaucoup plus.

    Moi, ça me va. Juste la beauté des paysages musicaux du post-rock, sans fioritures.

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