Suuns ex-machina

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Les Montréalais ont confirmé la puissance de leur troisième album lors d’un concert explosif aux Nuits Botanique. Resist!

La fameuse passe du troisième album. Le dicton n’est plus trop d’actualité, mais dans ce cas-ci, il tient bon. Tout donner dans le premier, confirmer avec le deuxième, passer au niveau supérieur avec le troisième. Sorti le mois dernier, Hold/Still, troisième LP de Suuns, fait exactement cela: propulser ses auteurs un cran plus loin, les imposer comme un des groupes les plus intéressants de sa génération.

Suuns n’a jamais su choisir entre les guitares et les machines. Dans un premier temps, l’électricité menait la danse en s’appuyant sur l’électronique. Puis, il y eut cette période de flottement où on sentait le combo trop respectueux de l’ancien monde. Mais avec ce troisième effort (quatrième si on compte l’album commun avec Jerusalem In My Heart), Suuns a traversé le miroir: beats et guitares sont sur un pied d’égalité, les plans techno et hip-hop ont remplacé les références au rock psyché de pépé, ce qui permet au groupe, paradoxalement, de sonner plus rock. Plus dur. Plus instinctif.

Auparavant, Suuns faisait sonner les guitares comme des machines. Aujourd’hui, il fait sonner les machines comme des guitares.

Restait une inconnue: le live. Car jusqu’ici, on était toujours sorti un peu frustré des concerts du groupe. Trop méticuleux, trop bien fait, pas assez physique. Les choses allaient-elles évoluer avec ce troisième album? La réponse ne s’est pas faite attendre: intro neurasthénique, son au taquet, basses monstrueuses et guitares aigües, cette fois, c’est sûr, le rock est entré de plein pied dans le XXIe siècle.

La première demi-heure est un pur bonheur. La setlist ne laisse aucun temps mort, on monte palier par palier (« Translate », « 2020 », le monstrueux « Paralyser ») jusqu’à un premier moment d’extase: l’explosion « Arena », titre irrésistible du premier album qui déchire les dernières cloisons. On redescend tout de suite vers les tréfonds avec « Resistance », ses plans techno et son leitmotiv paranoïaque « Resist! » et on en sort par la douceur psychédélique de « Edie’s Dream ».

Certes, on pourrait reprocher à Suuns de désormais trop s’appuyer sur les énormes beats techno, notamment sur « Brainwash ». Mais ce que Suuns a perdu en subtilité, il l’a gagné en puissance, en personnalité (le parallèle avec Clinic s’estompe) et en intensité. Suuns est enfin décomplexé et assume désormais complètement son versant électro. Et le rock ne s’en porte que mieux.

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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