Dour : 5 jours, 9 scènes

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Formule à cinq jours, clap deuxième ! Dès ce mercredi et jusqu’à dimanche, la plaine de la Machine à Feu ouvre ses 9 scènes – en 2015, il n’y en avait « que » 8 – à près de 280 groupes et artistes. Le programme complet est à découvrir en ligne : entre pop, rap, électro, world, rock dur et moins dur ou encore reggae, du live et des DJ sets, le plus gros festival en Communauté française peut commencer.

Voici trois groupes à ne pas manquer :

1. Cocaïne Piss : punks au cœur tendre

Il faut voir ce groupe de Liège en live au moins une fois dans sa vie. Après, ça plaît ou non, mais ce sera en tout cas un concert où il se sera passé quelque chose. Précisément : Aurélie Poppins, la chanteuse, descend au bout de quelques secondes dans le public pour venir s’exprimer sous le nez des gens ou presque, et elle y reste, dans le public, le temps du gig qui ne dure jamais beaucoup plus de vingt minutes. Nous connaissons un collègue qui n’a pas aimé mais qui a promis de réessayer !

Reprenons… Cocaïne Piss, dont le nouvel album a été enregistré à Chicago chez Steve Albini (excusez du peu – il sortira en octobre) est clairement issu du punk. Le punk, la noise. «Et le power grunge sans être très sûre que ça existe comme style musical, s’amuse «la leadeuse». On fait la fête, on danse et on s’amuse beaucoup. On est agressifs, mais de grands tendres, en fait! Des gentils qui prônent l’amour, l’acceptation de soi et ce genre de choses.»

Rapidité et brutalité sont de mise dans le son. Demandez à Ghinzu et Mauro Pawlowski ce qu’ils en pensent, eux qui ont déjà repris un titre du groupe en face B des 45T sortis jusqu’ici! Quant à aller chercher les gens, être dans la confrontation, ça lui est venu instinctivement dès le tout premier concert. Et pour elle, c’est un plaisir : « Parfois, une scène, c’est haut, et on n’a pas un retour direct du public. Est-ce que les gens s’éclatent ? Ne s’éclatent pas ? J’aime bien interagir avec le public. Plus on voit de gens avoir envie de s’éclater, plus on a l’impression d’être une partie de la fête. » Bref, en deux mots : on ne peut pas être tranquille à un concert de Cocaïne Piss.

Et c’est appréciable : de quels groupes peut-on dire aujourd’hui qu’il se passe réellement quelque chose quand ils sont sur les planches ? « Pour moi, un concert, c’est plus une interaction. Et oserais-je dire une rencontre ? C’est peut-être également lié au fait que nous avons toujours fait partie de cette scène-là et que nous organisons aussi des concerts. Au final, l’objectif est toujours de participer à quelque chose en quoi on croit. »

Si le set est court, c’est parce que c’est voulu. On se doute bien que le groupe ne pourrait maintenir cette cadence et y aller non-stop à l’énergie 45 minutes durant. D’autre part : « Je vois difficilement nos concerts avec des moments où ça ralentit, où on s’accorde le temps de reprendre son souffle. Pour nous, un bon concert, c’est un concert où on a tout enchaîné, où on n’a pas eu une seconde pour se demander si ça se passait bien ou pas. » De fait, en avril au Magasin 4, en première partie de Pop 1280, Aurélie et ses acolytes de Cocaïne Piss ont tout donné : « Si on fait ça pendant une heure et demie, soit tout le monde aura besoin d’une aspirine, soit ce sera avec des hauts et des bas, et ce n’est pas ça qui nous éclate ».

Dimanche 17, 13 h 20, Cannibal Stage.

2. Ne plus jamais quitter La Femme

Surf pop yé-yé. C’est peu ou prou de cette manière que La Femme s’est présentée courant 2011 avec son premier EP autoproduit. Dessus, une perle, «Sur la planche» et son clip série Z du meilleur du pire des goûts. Et puis les concerts, où le collectif se laisse aller à toutes ses magnifiques tares : fraîcheur, déguisements jean-foutre et énergie punk, synthés joués à deux doigts et slogans éructés au premier degré : «Prends le bus ! Antitaxi! » La France pop et rock revivait enfin. Et en français, encore bien ! Le premier album, Psycho Tropical Berlin, ne faisait que confirmer tout le bien que l’on pensait d’elle : La Femme était belle, précieuse, joueuse et indispensable. Et puis, une Victoire de la musique plus tard, elle s’en est allée sur les routes du monde. On pensait ne plus jamais la revoir, jusqu’à ce printemps, où un passage aux Nuits Botanique préparait le terrain pour un nouvel album, attendu à la rentrée. Sacha Got, tête pensante la plus discrète du collectif, nous en dit un peu plus là-dessus.

A la sortie de « Psycho Tropical Berlin », vous disiez que vous alliez enchaîner rapidement sur le deuxième album. Nous voici trois ans plus tard…

C’est vrai. Mais en fait, ça fait quasi deux ans qu’on est dessus par intermittence. Le temps de le faire et qu’il sorte, ça prend du temps. L’hiver dernier, on a commencé à enregistrer en Bretagne dans un château, une sorte d’ancien asile pour les fous, et puis on a poursuivi à Paris et là on est en train de le mixer et de le finir. On a pas mal tourné, aussi…

A quoi peut-on s’attendre ? Les deux premiers extraits sont très différents : « Sphynx » est psychédélique et « Où va le monde ?» très chanson…

En fait, ça va dans plein de directions différentes. Il y a du psyché, mais ça va être plus baroque aussi, avec des violons… Il y a un morceau rap et même du disco. A chaque disque, tu progresses, donc tu rajoutes des trucs, tu sais quel matos utiliser niveau technique, etc. On l’a produit tout seul. En théorie, l’album sort en septembre.

Vous avez tourné aux quatre coins du monde. Une nécessité financière ou une volonté de sortir de la francophonie ?

C’est vraiment une volonté de jouer partout. On ne gagne pas d’argent en jouant à l’étranger, seulement en France. Donc, c’est vraiment une volonté de voyager et de jouer partout, d’aller là où il y a du public qui veut nous écouter. Aux Etats-Unis, ça commence… Il y a une scène là-bas où ils écoutent les trucs sixties et eighties français. Plastic Bertrand, par exemple, ils connaissent tous. Françoise Hardy aussi. Par contre, Brassens, personne ne le connaît. Et on s’est rendu compte en allant jouer au Mexique qu’on avait plein de fans là-bas, parce qu’ils sont à fond dans le garage rock. C’était assez improbable, mais il y avait une ambiance assez incroyable.

La Femme à Dour vendredi 15 juillet à 20 heures, Petite maison dans la prairie.

3. Jungle By Night : noir ou blanc importe peu !

Ils sont neuf, viennent d’Amsterdam, ont débuté dans la musique à 15 ou 16 ans, en sont déjà à leur troisième album (The traveller a vu le jour en mai dernier) et organisent tous les ans un festival intitulé Felabration. Tony Allen a dit d’eux qu’ils représentaient le futur de l’afrobeat, même si ce troisième LP est le fruit de bien d’autres influences. Néanmoins : avouons que ce n’est pas mal pour des « gamins » !

Pourquoi entend-on moins d’afrobeat sur ce disque ?

Ce n’est pas une décision consciente, c’est juste que nous sommes influencés par beaucoup de styles différents, en dehors de l’afrobeat. Les gens aiment coller des étiquettes, nommer, alors c’est vrai que nous venons de là. C’est vrai aussi que Tony Allen a parlé de nous, et donc oui, vous devenez alors un groupe d’afrobeat. Ce n’est pas négatif, bien sûr, mais nous nous intéressons à d’autres genres aussi : jazz, hip hop, funk, rock… Le titre de l’album dit un peu cela également : ces dernières années, nous avons eu la chance de jouer un peu partout et donc de voyager, au Japon, en Turquie, aux Etats-Unis, au Canada. Ça nous a permis de découvrir <FZ,1,0,9>d’autres genres, d’autres groupes. Dans chaque ville où nous allons, nous essayons toujours de trouver un disquaire et de fouiller dans ses bacs. Cet album reflète donc pas mal notre évolution au cours de ces deux ou trois dernières années.

Entre parenthèses, le compliment de Tony Allen n’est pas une légende?

Non, non ! Nous jouions à Rotterdam, lui était là aussi avec un autre projet, il nous a vus et quelques-uns d’entre nous ont pu jammer avec lui. C’était assez irréel. Nous étions plutôt nerveux du fait qu’il vienne nous voir. Il nous a dit : « Good job ! » Que l’un des principaux pionniers du style que vous aimez vienne vous dire ça, ça implique quand même du bon quant à votre musique, vos concerts, la manière dont vous jouez. C’est difficile de recevoir un plus grand compliment ! Et nous en sommes toujours fiers<UN>!

Comment fonctionne un groupe de neuf personnes à l’heure d’enregistrer un nouvel album ?

Après deux albums, un EP et un single, nous avons énormément discuté. Des nouveaux morceaux, des sons, des instruments que nous voulions utiliser. Voilà pourquoi nous sommes arrivés à un album qui représente vraiment ce que nous sommes. C’est comme quand on cuisine un plat pour quelqu’un, il y a les livres de recettes, mais il faut que ce soit votre plat, donc il faut trouver les meilleures épices, doser correctement le sel et le poivre… L’idée n’est pas de copier un style. Quand Seun Kuti (NDLR : l’un des fils du grand Fela) nous a entendus au Felabration, il a raconté qu’il avait reconnu notre musique mais qu’elle était différente, que nous en avions fait autre chose. C’est important !

Les gens mentionnent-ils toujours votre jeune âge (NDLR : 20 ans de moyenne) ? Ce qu’on ne peut deviner rien qu’en écoutant l’album…

Nous sommes toujours reconnaissants à ceux qui pensent que nous sommes des musiciens âgés. Nous détestons lire ou entendre en interview ces mêmes remarques sur « les jeunes blancs qui font de la musique black ». Ça devrait n’avoir aucune importance !

Mercredi 13 juillet, 18 h 45, The Last Arena.

Didier Stiers et Didier Zacharie


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2 commentaires

  1. sef

    13 juillet 2016 à 13 h 18 min

    “Il faut voir ce groupe de Liège en live au moins une fois dans sa vie”
    Une fois oui, pour voir un show, après on peut aller écouter de la musique.

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