Dour jour 3 : Poliça, le genre humain et… Crass

Frontstage - Poliça - 1

Vendredi, les Américains passaient pour la deuxième fois par la plaine de la Machine à Feu.

Avec trois albums à ce jour (dont Give you the ghost, le premier, bien reçu par la critique en 2012, et le récent United crushers, un titre hommage à leur ville de Minneapolis), les Américains de Poliça (prononcez « polissa ») ont toujours détonné sur cette scène électropop à laquelle on les a rattachés. Le groupe de Channy Leaneagh compte deux batteurs, reprend, comme ce vendredi à La Petite Maison Dans La Prairie, les anars anglais de Crass (« Shaved woman », décapant), chante sur un ton rock les « Violent games » de notre temps et joue quelque chose de suffisamment habité pour se laisser prendre par les programmations ou les boucles qu’envoie la chanteuse.

En début de soirée, elle faisait un petit détour par le coin presse en compagnie de Chris Bierden, le bassiste. Difficile de ne pas évoquer la situation dans ce monde parfois bien triste où il faut néanmoins continuer à vivre. Et, dans leur cas, tourner.

Frontstage - Polica - 2

« C’est étrange, note le bassiste, car voyager, c’est d’une certaine manière se déconnecter du monde réel. Tu es occupé tous les jours, ton programme est fixé, tu es tous les jours avec des gens, au milieu de gens… Et quand quelque chose d’aussi choquant que ça se passe, tu n’as pas vraiment le temps de l’assimiler. Mais en quelque sorte, ça te secoue hors de ton petit monde musical, du petit monde de la tournée dans lequel tu vis. C’est tellement irréel, pas naturel, un peu terrifiant. Être aujourd’hui proche de ces endroits où ça s’est passé permet de voir à quel point ça affecte les gens, parce qu’on se retrouve à partager leur tristesse. »

Channy Leaneagh dit ressentir le poids de la tristesse. « Je voyage avec un bébé et en tant que parent, je ressens un sentiment de peur, une envie de trouver un endroit sûr. J’ai une famille, j’ai aussi une fille à la maison, donc j’ai envie de retourner là-bas. Mais aux Etats-Unis, la situation est aussi très sombre. Ici en Europe, tout le monde a peur, même quand le Brexit s’est dessiné. Et aux Etats-Unis, c’est Orlando… C’est très triste. Il y a ce désespoir qui pèse constamment. On reçoit beaucoup de message de gens qui nous demandent si nous sommes ok, et alors là, on ressent bien que c’est actuel, et je crois que beaucoup vivent cette expérience. Oui, c’est pesant ! »

Dans un tel contexte, on en arrive parfois à se demander s’il est bien sérieux de faire encore ce métier de musicien. Ou quelle importance donner alors à la musique qu’on fait ? « Je pense que chacun dans ce groupe, parce que nous en avons déjà parlé, croit que l’art rejoint à un moment la politique. D’un côté, nous avons envie de faire en sorte que les gens se sentent bien, leur permettre de s’évader. Mais nous voulons aussi les solliciter, leur proposer des sujets de réflexion. Personnellement, j’ai envie de vivre la musique qui puisse me faire avancer, aider à soigner une certaine tristesse, mais aussi me pousse à essayer de faire bouger les choses. La musique n’a pas toujours besoin d’un texte ou d’un message politique pour y parvenir. Je ne sais pas, moi, pense par exemple à la musique tzigane, à Taraf de Haidouks, ou aux chansons de Marvin Gaye. Celles qui font qu’on se sent humain, mais en même temps lié aux autres dans une perspective meilleure. C’est ce que la musique peut faire. Et un festival comme celui-ci, où vous êtes entourés de gens, donne l’envie de se sentir bien, de se sentir bien ensemble, et nous rappelle que nous sommes tous humains. »

« Merci, je t’aime », lâche Channy en quittant la scène de La Petite Maison. En concert comme dans la vie…

Didier Stiers

Poliça sera le 24 octobre à l’Ancienne Belgique.

Didier Stiers

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