Livres de p(i)oche

Alaska Gold Rush - 2

Qu’il soit pop, folk, country ou rock, le duo, c’est toujours une mine de possibilités. Chez les Bruxellois d’Alaska Gold Rush, elles sont littéraires et décalées.

Ils n’ont pas tardé à engranger les bénéfices de leur victoire au Concours Circuit, édition 2014. Après les concerts, l’album ! En mai, Renaud Ledru (voix, guitare) et Alexandre De Bueger (batterie) sortaient Wild jalopy of the mist, un premier album entre poésie et storytelling réaliste, successeur de deux ep’s. Au fil des mois qui l’ont précédé, les deux garçons ont enfoncé le clou, cherchant à s’approprier ce qu’on appelle communément « la chanson », des références littéraires (la Beat Generation), ainsi que des rythmes et des structures musicales plus inattendus quand on porte un nom de groupe qui renvoie à l’autre côté de l’Atlantique.


Diriez-vous que votre Amérique est forcément plus fantasmée que vécue ?

Renaud : Clairement ! Je n’ai jamais habité là-bas, j’y ai pas mal voyagé mais plutôt en pur touriste. En même temps, « fantasmée »… Oui et non, parce que je ne suis pas du tout fan du rêve américain pailleté, plutôt des bleds paumés, des endroits du cœur des États-Unis, pas des grosses villes en Floride ou Los Angeles. J’aime le côté rêve américain qui a tourné à rien du tout. Dans les musiques que j’écoute, il y a des vieux bluesmen qui sont encore vivants, qui jouent devant quinze personnes, dont les guitares ne sont pas accordées. Ça me parle à fond !

Pourtant, ce n’est pas ça que vous jouez !

R. : Non, mais ça s’en inspire quand même beaucoup. Dans les textes notamment, un peu dans les atmosphères… On trouve pas mal de descriptions de paysages, de villes, d’endroits où je suis passé. Je joue un peu avec ça. Ce n’est pas le cliché Las Vegas qui me plaît. A la limite, plutôt l’arrière-cour du petit casino de L.A. L’envers du décor, du rêve américain.

Transposé chez nous ?

R. : Justement, ça ne parle pas que des États-Unis. L’univers est très américain, mais dans certains morceaux, il est aussi simplement question de voyages, de la vie à Bruxelles, du contraste entre la grande plaine et la ville un peu étriquée… C’est ce que je trouve intéressant : prendre une influence et boum, la taper ici ! Peu avant un concert, j’avais rencontré des Américains habitant Mons. Ils sont venus et ils m’ont dit qu’ils avaient trouvé ça génial. Quand je leur ai demandé si pour eux, ça ne faisait pas plutôt hyper-européen, leurs avis n’étaient pas très tranchés. Pour les uns, c’était « comme à la maison », et pour les autres, une sorte de musique américaine en version européenne. C’est ce mélange-là que je trouve assez interpellant, finalement.

En fait, ce n’est ni du blues, ni de la country ?

R. : C’est inspiré de tout ça, mais on tourne autour. Je ne suis pas du tout dans l’influence anglaise de la musique. Je vais prendre l’autre côté de l’océan quand chez certains groupes, ça va plutôt sonner anglais, britpop, Beatles, etc.

Alexandre, à quoi ressemble ton Amérique ?

L’univers américain me plaît, ça me parle, j’ai aussi voyagé là-bas en touriste, et j’apprécie beaucoup, mais je n’ai pas cette même passion. Je prends donc les chansons un peu comme elles viennent, et j’essaie justement de ne pas les envisager comme si c’était du folk, du blues ou autre. Tous les styles de musique ont quand même des codes relativement établis, et j’essaie justement de m’en détacher pour qu’il y ait un mélange intéressant. Enfin, « intéressant », j’espère. On essaie.

Ton inspiration ?

A. : Justement, des choses qui ne sont pas spécifiquement reliées à l’univers américain. J’aime la musique instrumentale, les trucs un peu radicaux, un peu bizarres, les univers sonores qui n’ont aucun rapport avec le blues, la country… J’essaie de me détacher de cette histoire d’Amérique, de tout cet univers-là, pour qu’il y ait un ajout. L’idée est d’essayer d’avoir deux personnalités plutôt que faire de l’accompagnement sur ses chansons, et qu’on soit alors uniquement dans un seul univers.

R. : C’est un duo, et pas lui qui m’accompagne. Dans le mix des chansons, la batterie est à l’avant-plan, tout autant que la guitare et la voix. Ce n’est vraiment pas le but de faire un accompagnement de la guitare. En concert, même chose, on est tous les deux sur le même plan. Et oui, au final, c’est la chanson qu’on retient, c’est l’air qui va rester en tête. Si j’étais tout seul, je ne ferais pas du tout ce qu’on fait ici à deux. C’est Alexandre qui va prendre le morceau et le faire voyager un peu ailleurs, avec d’autres rythmiques, d’autres sons, que je n’aurais d’office pas pensé à amener. C’est ça qui crée l’intérêt.

> Renaud, quand tu dis que vous avez pris le temps, pour enregistrer ce disque, est-ce aussi parce qu’il a été difficile à faire ?

R. : Pas tellement, en fait. Dans le groupe, de manière générale, le processus d’écriture est assez instantané : le plus souvent, je viens avec un morceau tout fait, mais assez brut, et quelques jours après l’avoir écrit, on le teste ensemble. Ici, c’était la même chose, sauf qu’on a pris peut-être plus de temps pour penser à la production, changer les sons de batterie, tout en restant un duo guitare/batterie. Mais on a notamment essayé de trouver des sons différents pour les guitares, les arrangements de batterie, mettre des chœurs d’Alex sur les refrains, ce genre de choses. Et puis avoir une atmosphère un peu différente d’un morceau à l’autre. Jusque-là, c’est vrai que c’était assez instantané, assez roots, assez brut : juste une guitare, un son de batterie et en avant !

> On fait des recherches, pour écrire un morceau comme « Lincoln county war » ? C’est presque du fait-divers historique !

R. : Pas vraiment, mais pas mal de morceaux viennent  de lectures. Notamment celui-là, que j’ai écrit après avoir lu la biographie de Billy The Kid. Après, c’est venu tout à fait naturellement de parler de ce personnage-là, en montrant une autre facette que celle du grand méchant.

> Beaucoup de lectures, donc ?

R. : Neal Cassady aussi, des choses un peu plus beat, qui m’ont beaucoup influencé. Et c’est un peu une passion. Il y a donc des références à certains moments, mais pas vraiment des recherches. Plutôt des réflexions sur un thème bien précis ; les références historiques arrivent un peu sans le vouloir, notamment dans « Big cities ». Après, on n’a pas eu énormément de morceaux racontant réellement une histoire, de A à Z, une narration, avec des personnages qu’on développe. Ou alors de manière un peu plus décousue… Mais c’est quelque chose qui m’a toujours bien plu dans la folk traditionnelle américaine, et j’ai essayé de le faire ici, avec deux ou trois titres dans lesquels il y a une vraie narration.

 

Didier Stiers

A la Nuit du Soir, jeudi 15 septembre, de 21 h 45 à 22 h 25 au Botanique (Orangerie)

 

 

Didier Stiers

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