The Divine Comedy: «La pop est la plus grande forme d’art du XXe siècle»

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Après six ans d’élucubrations diverses, Neil Hannon est de retour avec son vrai faux groupe pour une onzième fournée pop orchestrale. Il sera en concert le 31 janvier au Cirque Royal. Entretien.

La tête un peu lourde d’avoir répondu à des questions toute la journée, mais affable en bons mots, Neil Hannon nous a parlé de son petit dernier, Foreverland, quelques heures avant un showcase acoustique dans les locaux du label [PIAS]. Un album qui arrive six ans après le précédent Divine Comedy, groupe d’une seule personne né au début des années 90, qui a eu son heure de gloire au milieu de la même décennie et continué sa route contre vents et marées, délivrant au passage nombre de pépites pop sans âge au fil des albums. Ces dernières années, le dandy irlandais s’est essayé à l’écriture d’opéras, de thèmes pour la télé, et s’est laissé aller avec son ami Thomas Walsh à une poignée d’albums-concept sur le… cricket. Il était grand temps de rentrer au bercail.

Votre nouvel album s’intitule «Foreverland». De quoi s’agit-il?

Je me le demande moi-même. C’est un mot qui m’est venu lorsque j’écrivais cette chanson. Je pense qu’il contient un sentiment qui se rapporte à ces explorateurs du XVIe siècle essayant de convaincre leur troupe de continuer, de croire qu’ils vont finir par atteindre une nouvelle terre magnifique et inexplorée: «Nous allons trouver cet endroit, je suis sûr qu’il existe!». C’est une métaphore de cet état d’esprit de la jeunesse, quand on imagine une vie parfaite qui nous attend. Et au fur et à mesure que la vie passe, il y a une partie de vous qui pense: «Rien ne va arriver, en fait». C’est la troupe qui parle (rires). Mais il y a cette petite partie qui continue de dire: «Non, continue, je suis sûr qu’on va y arriver, qu’on va voir l’horizon». J’ai la chance de croire que j’y suis arrivé.

Votre musique est délicieusement hors du temps. Vous ne donnez pas l’impression de vous soucier du présent, de ce qu’il se passe autour de vous…

Au contraire, je vis entièrement dans le présent. Toutes ces références aux figures historiques dans mes chansons sont là pour décrire le sentiment présent. Pourquoi diable écrirais-je sur un fait qui s’est passé il y a cent ans? «Catherine the Great», par exemple, n’est que partiellement au sujet de Catherine de Russie. Cette chanson parle surtout de ma compagne, Cathy. C’est juste un moyen de chanter ce genre de sentiments sans être embarrassé…

«Napoleon Complex» (le «complexe de Napoléon», soit cette volonté de domination sociale pour contrecarrer sa petite taille – ndlr) parle-t-il de vous?

Oui. C’est moi. Le petit homme qui veut dominer le monde (rires). Ces figures du passé sont un outil. Principalement parce que c’est d’un terrible ennui de simplement chanter: «Oh, je t’aime bien». Je pense que c’est une chose raisonnable à faire. Parce que dans votre vie de tous les jours, votre famille, vos amis, ce qui vous affecte ne vous paraît pas petit du tout. Cela représente tout pour vous. Utiliser ces schèmes est une façon de montrer l’importance que suscitent en nous les choses de notre vie.



Votre goût pour les orchestrations signifie-t-il que ce qui fait une bonne chanson, c’est ce qu’on ajoute à la mélodie plutôt que la mélodie en elle-même?

Non. Je comprends pourquoi les gens me posent cette question, mais c’est mettre la charrue avant les bœufs. Les orchestrations, comme les métaphores lyriques, sont juste des outils qui font en sorte que la chanson fonctionne. Certains utilisent d’autres techniques. Moi, les orchestrations font partie de ma musique. J’aime le son ample.

Comment êtes-vous venu à ce genre de musique?

C’est marrant parce qu’à la fin des années 80, j’étais un vrai indie kid, complètement dans les Pixies, REM, My Bloody Valentine… Et puis, j’ai acheté un best of de Scott Walker et j’ai trouvé ça fantastique. De là, j’ai découvert Jacques Brel, Burt Bacharach et la musique soul noire américaine des années 60, Dusty Springfield, The Delfonics. Ils utilisaient tous des cordes à foison.

Rien à voir avec le fait d’avoir grandi dans un environnement clérical, donc (son père est un homme d’Eglise, aujourd’hui évêque – ndlr)?

Oh, on peut ajouter d’autres choses, évidemment… Un ami m’a dit un jour: «En fait, tu n’écris que des hymnes». En un sens, il a raison. Et beaucoup de mes chansons sonnent un peu comme des sermons. Aussi, le fait d’avoir été enfant de chœur m’a donné à comprendre les harmonies, voir comment cela est construit, qui fait quoi, les altos, les sopranos… J’avais une vision complète du chœur.

Vous avez grandi en Irlande du nord durant les «Troubles» (conflit armé entre les forces catholiques républicaines et protestantes rattachées à la couronne britannique – ndlr). Comment était-ce?

Pas très plaisant… Il y avait toujours cette menace de violence. On ne la voyait quasiment jamais. Cela arrivait toujours ailleurs, à quelqu’un d’autre. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne nous affectait pas. Elle était toujours présente quelque part dans nos têtes et il y avait toujours des mauvais mots («shit talk») et des bagarres sur les terrains de jeu. Tout cela… C’était juste horrible. J’ai toujours dit que la plus grande influence que cela a eue sur ma musique a été de me pousser vers cet ailleurs fantastique. Une échappatoire, en somme.

C’est à ce moment-là que vous vous êtes plongé dans la pop music?


Oui. Je veux dire, mon Dieu, vous ne pouviez pas trouver plus gros contraste entre ce qui se passait dans les rues de Derry et ce que vous voyiez à «Top of the Pops»! Et quel magnifique contraste! Et vous aviez aussi un groupe comme the Undertones (groupe punk de Belfast des années 70-80 qui a tracé la voie pour la vague californienne punk pop à la Green Day – ndlr) qui était exactement comme les gamins dans ces rues et qui chantaient sur cette même merde. Et ça vous tordait le cerveau de manière tout aussi étrange! Mais j’étais plus partisan des trucs synth pop à la Gary Numan et tous ces groupes qui ressemblaient à des aliens…

À ce sujet, «Foreverland» n’était-il pas supposé être un disque de synth pop?

Cela a certainement débuté ainsi. Mais j’ai vite compris qu’il était futile de se battre contre la plus grande partie de ma sphère musicale. Je veux dire, j’adore la synth pop. Je ne suis pas un très grand fan de techno, Dieu nous préserve!, mais il y avait quelque chose dans la synth pop britannique des années 1978-1982 qui était incroyablement cool! Et ce n’était pas juste l’utilisation des synthés, les chansons étaient vraiment bonnes!

Avant de revenir avec Divine Comedy, vous avez écrit des opéras. Était-ce quelque chose dont vous ressentiez le besoin pour outrepasser une sorte de complexe de n’être «qu’» un pop songwriter?

Non, je suis simplement schizophrène. J’adore la pop et je n’ai aucun complexe à ce sujet. Je pense que la pop est la plus grande forme d’art du XXe siècle. Mais j’aime aussi la musique classique, la chanson, le cabaret, le jazz… Je ne suis pas un grand fan d’opéra, remarquez. Mais j’aime les défis (rires). Quand vous faites ce genre de choses, vous savez, en gros, on vous dit quoi faire. C’était là quelque chose de nouveau!

La question à mille points, désormais. Avez-vous une chanson préférée de Divine Comedy?

Blow me!, voilà une vaste question! (réfléchit) Non, ça change tout le temps. J’ai quelques «little pet favorites» qu’on entend trop rarement comme «Count Grassi’s Passage Over Piedmont» sur «Victory for the Common Muse». Elle est très bizarre, mais je l’aime beaucoup.

Une souvent mentionnée par les fans est «Our Mutual Friend». Comment l’avez-vous composée?

Oui… Je l’ai écrite en… 2004? Ou plutôt 2003. Je suis venu avec les deux premières phrases et la mélodie alors que je marchais un soir à Hampsted Heath à Londres où j’habitais. J’ai pensé… C’est bien! Quand je suis rentré, j’ai essayé de développer l’histoire. C’est marrant comme les choses se passent… À ce moment, «Our Mutual Friend» de Charles Dickens était adapté au théâtre. Je lui ai donc volé le titre. Parce que tant que vous écrivez quelque chose de complètement différent, vous pouvez vous autoriser à voler les titres. Quant à la musique, ce ne sont que quatre notes, à vrai dire. La question était de les agencer, construire quelque chose autour de ces notes qui les mène vers un climax. Je crois que les arrangements doivent beaucoup aux compositeurs contemporains comme Philip Glass dans la manière qu’ils ont de construire quelque chose à partir d’idées très simples.

Pour conclure, un ami m’a dit un jour: «Quand on en comprend les règles, le cricket est vraiment un sport fascinant!» Pouvez-vous nous expliquer cette fascination?

(rires) Pour moi, le cricket est le sport qui se rapproche le plus de la vie. Parce que c’est long, ça semble compliqué et pourtant, le cœur du jeu est très simple, sauf qu’il contient un nombre ridiculement élevé de règles qui ne sont d’aucune nécessité! On peut dons se focaliser sur le principal, qui est de faire passer la balle d’un point à un autre ou sur toutes ces règles incompréhensibles qui sont un frein à ce but. Mais tout à fait, c’est fascinant!

Propos recueillis par DIDIER ZACHARIE

The Divine Comedy sera en concert le 31 janvier au Cirque Royal.

Journaliste lesoir.be

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