Moderat passe à l’échelon supérieur

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Le combo electro (de plus en plus) pop berlinois se produisait à Forest National vendredi pour enfoncer le clou numérique. Défi relevé haut la main.

La question était la suivante: comment allait se comporter Moderat dans une aussi grande arène que Forest National? C’est que l’entité formée par les anciens soudeurs de Berlin-est que sont Modeselektor et le plus introspectif Apparat (alias Sascha Ring) a sérieusement gagné en popularité ces deux dernières années. Chose improbable si on considère que ce groupe n’est au départ qu’un side-project. Mais chose amplement méritée à l’écoute des deux premiers albums qui marient subtilement la dureté techno des uns et les voluptés atmosphériques de l’autre – deux disques plus convaincants que le troisième album sorti un peu rapidement histoire de battre le fer tant qu’il est chaud (et en même temps, bien leur en a pris).

C’est pourtant cet album III qui consacre le trio berlinois comme fer de lance d’une électro accaparant les espaces dits mainstream et capable de remplir (presque) Forest National (sans le balcon du haut, 5.500 personnes entassées, tout de même), après un Cirque Royal sold out en une heure en avril dernier. Et donc, pour répondre à la question de départ: comment Moderat allait-il gérer les grands espaces? Très bien, merci pour eux. Avec une aisance et une maîtrise qui n’ont quasiment pas laissé place aux baisses de régime. Ceci-dit alors qu’on pensait avoir vu le meilleur de la soirée avec la prestation impeccable de David August en première partie. En un mot comme en cent: on a eu bien bon!

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Ca commence dans le noir, en douceur, avec « Ghostmother »… Qui est un des titres les plus faibles du nouvel album. Pourtant, la sauce prend. Doucement. Lentement. Le son est présent, et c’est le principal. Derrière, sur un écran géant, les visuels (chaque chanson son visuel) attirent instantanément l’oeil, mettant chaque titre en relief et installant par la même une atmosphère à la fois intimiste et grand spectacle. Le groupe, lui, reste dans le noir. Pas d’éclairage de la scène. Son et vision, point-barre. La matrice.

On est assuré que le concert sera bon dès le deuxième titre, « A New Error », le meilleur de leur répertoire, perle du premier album tiré par des basses comme des chevaux au galop. La setlist est peu ou prou la même qu’au Cirque Royal, mais Moderat est rôdé, maîtrise son sujet les yeux fermés, ne laisse aucun temps mort. Au contraire, il enchaîne et alterne passages pop chantés et attaques purement techno qui nous donnent l’impression d’être dans un club. C’est quasiment parfait, si ce n’étaient les quelques tentations depechemodesques tirées du dernier album – définitivement un cran en-dessous des deux autres. Des tentations d’autant plus soulignées par les manières très Dave Gahan de Sascha Ring, tant dans sa manière de chanter que d’interpeller le public. Des instants limite embarrassants qui trouveront leur climax durant « Bad Kingdom » qui, s’il s’agit du tube du groupe, n’est pas non plus « Get Lucky » – Dieu nous en préserve!

Heureusement, les soudeurs de Modeselektor sont là pour remettre le chanteur dans son bleu de travail. Et le set se termine de grande manière, quelque part entre cold wave et clubbing, avec deux extraits du premier album (« Les grandes marches » et « N.22 »). On n’en demandait pas tant. Mais on aura plus! Oh! Bien plus, mein freund! Voici que Moderat débute le rappel avec le monumental et inespéré « Milk », sa lente montée acide, la grande marche des basses, le défilé de la Wehrmacht sous acide! Et le miracle s’accomplit: dans ce hangar creux qu’est Forest National, le son est impeccable. Ce simple fait dit à quel point ce groupe est bon. Comment il parvient à gravir les échelons avec aisance, à évoluer sans pour autant renier ses racines clubbing. Moderat est maître du son.

On espère juste que le groupe prendra le temps de peaufiner un quatrième album à son aise. Que l’histoire ne s’arrêtera pas là, ici, à Forest National en 2016. Mais que Moderat va continuer sa route pour devenir un incontournable pour les quinze années à venir. Comme ce concert le laisse présager.

DIDIER ZACHARIE

Setlist: Ghostmother/ A New Error/ Running/ Abandon Window (Moderat remix, Jon Hopkins cover)/ Eating Hooks/ Rusty Nails/ Reminder/ Animal Trails/ Last Time/ Les Grandes marches/ Nr.22 RAPPEL 1 Milk/ Bad Kingdom/ The Fool/ Intruder RAPPEL 2: Versions

Journaliste lesoir.be

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