Jamie Lidell : An Englishman in Music City

Frontstage - Jamie Lidell

L’ancien pensionnaire de chez Warp soigne désormais sa soul aventureuse à Nashville. Sur un nouvel album : Building a beginning. Et sur scène : cet été au Pukkelpop, et ce jeudi à Bruxelles…

Au Pukkelpop en août dernier, il s’est bien amusé, le Britannique ! Qui plus est, encadré par un groupe tout neuf, The Royal Pharaohs. « Nous avions juste joué 40 minutes avec Herbie Hancock à New York et répété cinq jours chez moi. » Jamie Lidell s’est installé à Nashville… « Certains des musiciens ont fait de la musique dans les églises. Ils ont appris mes morceaux comme ça : une écoute, ils les rejouent une fois et ils les tiennent ! » Il rit : « Et moi, j’ai mis tellement de temps à les écrire ! »

Ton nouvel album a aussi un petit quelque chose d’intimiste : comment se sent-on alors quand on chante en festival ?

Je pensais me sentir comme le professionnel qui fait son boulot mais non, ça m’a ému. J’ai aussi éprouvé une certaine fierté, parce que ces chansons signifient beaucoup pour moi, et là, ça commence à prendre. Ça m’est déjà arrivé par le passé, même en radio : tout d’un coup, je retenais mes larmes. Ça peut devenir très intense, mais j’aime ça. On se sent vivant, non ? L’art sert toujours à quelque chose, finalement. Je déteste l’idée de devenir cynique avec l’âge, même si je sais que ça peut arriver. Voilà : vivant, avec du cœur ! Ça coûte plus d’énergie, mais ça le vaut !

Il y a longtemps que tu as réalisé ça ? Que tu préférais afficher tes émotions plutôt que te blinder et jouer le jeu ?

Oui et non, ça vient par vagues. Parfois, je ne sais pas trop quoi, je me dis que je ne m’adresse à personne. Parfois, je me dis que je suis juste vaniteux, que c’est de l’égotisme, ou que c’est le lot de tous les poètes et de tous les auteurs. C’est encore une fois du cynisme, parce que sinon, où est l’intérêt de faire quoi que ce soit ? De cuisiner un bon repas alors qu’il y a moyen de servir des trucs déjà préparés ? Faire un petit truc avec amour et habileté, c’est tout simple et ce n’est pas juste futile ! J’applique ça à un maximum de choses dans ma vie. Pour trouver à chaque fois une motivation. Et je suis devenu addict à ce processus. Donc à la musique : ça ne m’ennuie jamais, jamais ! Chaque fois que je vois un clavier, je suis comme un gosse, il faut que j’essaie.

Sauf qu’il faut de temps en temps s’arrêter d’essayer et sortir un disque. Tes albums, eux, sont loin de tous se ressembler. Du coup, qu’est-ce qu’un bon morceau, alors ?

Pour moi, c’est le morceau qui atteint son but. Si l’idée est d’être agressif, il faut qu’il le soit, si on veut faire ressentir quelque chose, il faut qu’on le ressente. D’accord, c’est très vague mais je crois que j’ai appris une chose depuis que je suis à Nashville : une chanson est écrite pour de bon quand tu prends la guitare, que tu chantes la mélodie et joues les accords. Quand tu proposes aux gens ce que tu penses être l’expression de ton bon goût.

Plus prosaïquement, quel a été le point de départ de Building a beginning ?

J’ai rejoint Kobalt Publishing (ndlr : ses 5 albums studio précédents sont tous sortis chez Warp) avec 82 chansons inédites. J’ai vraiment connu une période prolifique, notamment parce que j’ai coécrit beaucoup de choses à Nashville (ndlr : où il s’est installé en 2011). Et là j’ai pris mon temps. Trois ans, en fait. J’ai cherché entre lesquels de ces morceaux il pouvait y avoir des connexions. Lesquels pouvaient faire l’objet d’un traitement similaire malgré qu’ils soient encore au stade de démos. Le temps a été un facteur important. C’est comme pour un rôti ! Dès lors, cet album-ci est un peu plus personnel que le précédent. Celui-là était plus rythmique, un peu à la Michael Jackson. Ici, les mots ont plus d’importance. Même si j’ai encore du mal avec eux : c’est pour ça que j’aime autant travailler avec ma femme (ndlr : la photographe Lindsey Rome), elle sait les faire sonner ! Inévitablement, les textes sont moins métaphoriques, renferment moins de jeux de mots. Ils comportent moins de phrases qui sont juste tournées comme elles le sont parce que ça colle au titre du morceau. Ici, j’ai dû modeler la musique sur les mots, ce qui est une approche tout à fait différente.

Ton épouse écrit, mais elle ne chante pas ?

Non, et pourtant je trouve qu’elle chante merveilleusement bien ! Mais elle ne veut pas l’entendre !

Tu dis être devenu très prolifique en quittant Warp, mais tu avais de bonnes relations avec eux, quand même ?

Bien sûr ! Mais ce n’est pas parce que je les ai quittés que je suis devenu prolifique. Ou à la limite, en les quittant, je eu le sentiment d’un nouveau commencement. Je me suis demandé qui je voulais être, maintenant. Et sans que ça soit défini par un label ou ce genre de choses. J’ai aussi changé de manager. Je crois que ça a été une sorte de réinvention. Et ça donne une énergie, qui alimente la créativité. Un changement est parfois nécessaire pour avancer.

Ton meilleur souvenir, de ces 14 ans passés chez Warp ?

En 2005, quand je leur ai apporté Multiply, ils m’ont demandé : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’on est supposé faire avec ça ? » Mais ils l’ont sorti, alors qu’ils auraient pu refuser. Et puis ce disque a beaucoup mieux marché que qui que ce soit aurait pu s’y attendre. A partir de là, ils m’ont laissé totalement libre de faire les disques que je voulais, avec les budgets nécessaires, et ne m’ont plus jamais rien demandé. J’avais à cette époque tout à fait confiance en moi, le label ne me faisait pas vraiment confiance, mais ça a fonctionné… C’est la meilleure chose qu’un label puisse faire : te donner la liberté de travailler comme tu l’entends.

Didier Stiers

En concert ce 20 octobre à l’Ancienne Belgique.

 

 

Didier Stiers

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