Tout simplement Ben Harper

Ben Harper, ici à Bruxelles (photo Sylvain Piraux)

Un jour n’est pas l’autre. Dans la vie de Ben Harper comme pour les autres. Après Bruxelles, la tournée européenne de l’Américain et des Innocent Criminals s’arrêtait ce vendredi à la Rockhal de Luxembourg. Un jour n’est pas l’autre et pourtant, pas plus au Grand-Duché qu’à Forest deux jours plus tôt, la salle n’affichait complet.
Et pourtant : l’air de rien, « The Will To Live » nous ramène 20 ans en arrière, et on continue à trouver miraculeux qu’un artiste comme Ben Harper soit toujours dans le circuit, et toujours au premier plan, surtout en Europe où s’enracine la plus grosse partie de son succès. Sans qu’on ait toujours prêté l’attention nécessaire à ses derniers albums, le Californien a ainsi constitué en un quart de siècle une œuvre, et laissé derrière lui quelques morceaux pour la postérité, de « Diamonds on The Inside » à « Better Way » pour n’en citer que deux.
A Luxembourg comme à Bruxelles, même combat : deux heures de concert qui tendent vers un climax, où la machine prend gentiment son temps avant de s’emballer, où à défaut de faire parler la poudre d’emblée, l’intensité n’aura été que croissant. C’est « Oppression » qui entame les hostilités, pour un premier bond en arrière vers 1995 et « Fight for your mind ». Le concert en fera d’autres, des sauts dans le temps, avec pour suivre Diamonds on the Inside, Don’t Take That Attitude to Your Grave, Finding Our Way, In the Colors. Setlist idéale pour une soirée peinard (pour la rime avec Bernard).
C’est aussi une question d’attitude dans le chef du boss : pas de trip égoïste, aucune manière qui trahisse une autosatisfaction ou une volonté d’attirer toute l’attention vers lui, de sorte que Ben Harper & The Innocent Criminals apparaît moins comme le concert d’un homme que celui d’une star de la musique, à l’égo démesuré. Rien de tout ça ici : parfois emprunté dans ses mouvements, en phase avec son groupe, le quadragénaire se fond dans le décor, au service de sa musique. Quitte, c’est vrai, à ce qu’on ait presque la sensation d’avoir devant nous un groupe de reprises de Ben Harper plus que Ben Harper lui-même.
Un fameux groupe de reprises d’ailleurs, à en juger par l’excellentissime « Under Pressure », accompagné de The Jack Moves (qui assurait sa première partie) dans les ultimes minutes du concert, emprunté à David Bowie. L’évidence est là, qui confirme ce qu’on a pu entendre 120 minutes durant, des musiciens pareils ne peuvent rien se refuser. Et comme l’humble Ben n’est pas venu pour gonfler son orgueil personnel, on savoure un best-of certes lisse et manquant de feux d’artifice, mais tout entier tourné vers sa cause : un reggae-blues sans oripeaux, à l’occasion poisseux pour « Fight for your mind », où basse et guitare se répondent en écho, dix minutes durant. Ca a beau être sans surprise, la maîtrise est là, où le Ben se donne volontiers le moins beau rôle, moins virtuose en apparence que les membres de son groupe, avec une palme aux bassiste et à la section rythmique (le djembé sautillant de « Burn One Down »)
Alors que les projecteurs se rallument vers 23H50, sur un “With Your Two hands” fièvreux, ce sont toutes ses images qui continuent à trotter dans notre esprit. Harper assis, à martyriser sa slide-guitare, le bob vissé sur la tête, jeune vieux bluesman, Harper à la guitare acoustique, puis dans l’énergie électrique. Ca n’était pas explosif il y a 20 ans, ça ne l’est toujours pas, on s’étonne aussi des limites vocales d’Harper, mais ça n’empêche pas la ferveur, et toutes les mains de se lever, en fin de set, où le chanteur revêt un peu plus sa tenue de prédicateur, le poing levé. Sans sortir les grands mots, on n’est pas chez Bono ni Johnny Clegg.
C’est, tout simplement, Ben Harper.


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