Les bons disques de La Femme

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La Femme sera en concert au Botanique le 18 novembre. Entretien «blind test».

La Femme est le groupe le plus jouissif de France et de Navarre. Avec son deuxième LP Mystère, la joyeuse troupe fait justement le tour de la France pop des années 60 à nos jours. L’occasion de faire un «blind test» approprié et découvrir ce que ces jeunes gens post-modernes ont dans leurs écouteurs en prélude à un concert au Botanique qui s’annonce moite et torride. Rencontre avec Marlon, Clémence et Nunez entre deux bières et une visite à l’arrache dans un magasin de vieilles fripes sur la place du Jeu-de-Balles dans les Marolles.

Attention, c’est parti…

> Françoise Hardy, «Comment te dire adieu»

Clémence: Ah, on connaît, mais on sait pas qui c’est… C’est pas Caroline quelque chose?

Nunez: C’est la pub de machin, là…

Marlon (qui débarque à la bourre d’une boutique de vieilles fripes située juste à côté): C’est pas Bardot, c’est… ’tain, tu me l’aurais fait écouter il y a six ans, je te l’aurais dit tout de suite, mais ça fait six ans que j’écoute plus trop ça…

C’est Françoise Hardy! Une chanson écrite par Gainsbourg.

Marlon: Ah, ben j’ai dit Bardot. J’étais pas loin.

Clémence: Ouais, ça je savais que c’était écrit par Gainsbourg.

Françoise Hardy, je trouvais que c’était l’influence le plus forte sur le nouvel album.

Marlon: Non, ça a été la première influence du groupe. Avant d’écouter de la synth-wave, on écoutait du yéyé. On avait un groupe qui s’appelait S.O.S. Mademoiselle. Et c’était genre yéyé punk. On voulait faire du yéyé twist, mais on sonnait trop crade, du coup ça faisait punk…

Dans cette chanson, il y a aussi l’idée du démiurge qui fait chanter les filles…

Marlon: Ouais. On l’a fait parce qu’on avait des voix qu’on n’assumait pas. Et puis on s’est rendu compte que ça faisait moins ringard avec des voix de filles. Le français, quand c’est une fille qui chante, ça sonne tout de suite beaucoup mieux.

Qui écrit les paroles? Les filles?

Clémence: Non, ce sont Marlon et Sacha. Il y a plusieurs chanteuses sur le disque, mais disons que je suis la chanteuse officielle. C’est moi qui fais partie intégrante du groupe, qui pars en tournée, fais la promo. Je suis là depuis le début ou presque.

> Les Chats Sauvages, «Twist à Saint-Tropez»

Nunez: C’est Les Chaussettes?

Non, c’est les Chats.

Nunez: Ah bon, c’est Dick!

Vous n’êtes pas du genre à cracher sur tous ces vieux rockeurs à banane?

Marlon: Non, on aime beaucoup, on respecte.

C’est lequel votre préféré?

Nunez et Clémence: Eddy.

Marlon: Moi, c’est Vic Laurens. Ou Burt Blanca, qui est Belge, d’ailleurs.

Bon, allez, on change de style et d’époque…

> Marie et les garçons, «Rien à dire»

Marlon (directement): Marie et les Garçons!

C’est une grosse influence, ça, non?

Clémence: Ouais, à fond.

Marlon: Ben, non. Enfin, sur le premier album, oui, toute cette vague. Mais là, on a un peu évolué. Après, moi, j’ai pas spécialement écouté de la musique entre le premier et le deuxième. On a rencontré Patrick Vidal, il est super cool, on a écrit un morceau avec lui.

> Elli & Jacno, «Main dans la main»

Marlon (instantané): Jacno & Elli!

Comment en êtes-vous arrivés à écouter tous ces groupes new wave français du début des années 80?

En fait, on a découvert toute cette vague synth-pop avec l’expo Jeune Gens Mödernes en 2008. Born Bad a sorti des compiles et il y a eu un relent de toute cette vague-là à Paris. C’est là qu’on s’est branché là-dessus, parce que sinon, toute cette période, faut avouer que c’était complètement oublié.

> Etienne Daho, «Le grand sommeil»

(Marlon empoigne le téléphone et le colle à son oreille, genre “y a pas de leader, mais c’est moi le chef!”).

Nunez: Mais attends, tu triches!

Marlon: J’ai jamais écouté ça mais j’essaie de reconnaître la voix. Etienne Daho? Ah! Daho, on a moins écouté. C’est marrant, parce que quand t’écoutes les groupes de maintenant qui sont un peu dans ce style-là, ça s’entend qu’ils ont été influencés par différentes vagues des Jeunes Gens Mödernes. Lescop, par exemple, c’est clairement un fan de Daho. Nous, on est plus Elli & Jacno, Marie & les Garçons…

Peut-on dire qu’il est le parrain de cette nouvelle scène pop française?

Marlon: Oui, parce que dans cette scène synth-wave des années 80, c’est celui qui a été le plus connu du public. Et puis, il est toujours vivant aujourd’hui et il soutient les jeunes groupes comme nous. Daniel Darc, par exemple, il est mort juste au moment où on a commencé, on ne l’a donc pas rencontré…

Nunez: Moi, je l’ai rencontré deux fois! Au début, j’ai cru que c’était un clochard. Il arrivait avec ses vieilles bières et il disait avec sa voix d’ivrogne: «Elle est bien cette bière!» J’me suis dit: «Qui c’est ce gars?!». Après, j’ai compris que c’était Daniel Darc.

Marlon: Ouais, c’est triste. On a quand même eu la chance de rencontrer Patrick Vidal de Marie & Les Garçons, les mecs de Kas Product et le chanteur de La Souris Déglinguée. Mais pour en revenir à Daho, quand il a fait son spectacle, il nous a invités à chanter avec lui. Et ça, c’est sympa, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, il est effectivement le parrain de la nouvelle scène. Il est super sympa, c’est un amour, et le fait qu’il soit là pour les jeunes groupes, c’est vraiment bien.

> Chagrin d’Amour, «Chacun fait c’qui lui plaît»

Marlon: «Je suis de bonne humeur ce matin»? Jamais écouté ça…

C’est le premier rap français…

Tous: Ah ouais? C’est qui?

Chagrin d’Amour.

Tous: Ah mais ouaaaaaaaais!!!

Marlon: Chagrin d’Amour! J’aime PAS DU TOUT ce groupe! (rires)

Vous avez un rap sur l’album!

Marlon: Mais ouais, et c’est inspiré de trucs comme ça, d’ailleurs, un peu.

Voilà, ce n’est pas un rap social à la NTM, c’est léger…

Marlon: Oui, au niveau des paroles, mais on adore NTM, hein! Au niveau du flow, on a voulu faire un mélange de plein d’années de rap. On reste léger, parce qu’on n’a pas grandi dans des cités craignos, on ne va pas faire semblant. T’façon, au niveau paroles, y a rien qui égale IAM et NTM en France. C’est des philosophes, quoi!

Nunez: Moi j’ai toujours kiffé le rap. Même celui d’aujourd’hui. Seth Geko, tout ça.

Bon. Celui-là, vous n’allez pas trouver.

Nunez: Vas-y, envoie!

> Bérurier Noir, «L’Empereur Tomato Ketchup»

Nunez (dès la première seconde): Béru! Ben bien sûr! C’est avec ça que tu voulais me défoncer le cul?! Nous, on est à fond Béru! Nos premiers concerts de rock, c’était dans des squats, on allait à la CNT voir de groupes de punk, on a vu GBH, des trucs comme ça.

Et cet esprit DIY? Parce que vous êtes en licence chez Universal, mais vous êtes totalement indépendants, c’est vous qui gérez votre affaire, vous faites vos vidéos…

Marlon: Oui, parce qu’à l’époque, on venait des écoles d’art, donc on a toujours été à l’aise avec le visuel, c’était naturel de faire nos vidéos. Après, on l’a fait aussi par obligation parce qu’on n’avait pas de moyen, et donc, il fallait faire nos trucs touts seuls.

Vous vous êtes créés une image, avez construit tout seul une fan base et puis les labels sont venus vous chercher. Pourquoi avoir choisi Barclay?

Marlon: On a négocié pendant six mois. On a rencontré tous les labels pendant un an et demi, après quoi certains nous ont fait des propositions concrètes et on a choisi la meilleure. Parce que finalement, on garde beaucoup plus de liberté qui si on était sur un label indé. Aujourd’hui, la différence indé/major, ça ne veut plus rien dire, ce sont des étiquettes. Les indés, ce sont juste des majors qui ont moins d’argent. On a choisi Universal parce qu’ils ne nous prenaient pas nos droits d’édition (droits liés à la composition – Ndlr). Or, aujourd’hui, c’est de ça que tu vis et les labels indés les gardent pour eux dans 90% des cas parce que soi-disant, il faut qu’ils vivent, etc, etc. On a la propriété de nos enregistrements, on cède juste à Universal le droit d’exploitation pour X années et ils s’occupent du marketing et de mettre les disques en magasins.

> Mano Negra, «Sidi H’Bibi»

Marlon: Jamais écouté.

Nunez: La Mano? «Sidi h’Bibi»!

Marlon: Nunez, c’est l’alterno du groupe!

C’est le morceau en arabe de la Mano. Vous avez fait pareil.

Marlon: Ouais, parce qu’on avait une copine qui chantait en arabe et qu’on aimait bien l’idée…

C’est quasi un acte politique de chanter en arabe, aujourd’hui en France, non?

Marlon: On n’est pas allé jusque-là.

Nunez: On s’en fout de tout ça. C’est un peu comme si y avait un musulman dans le groupe. Ce serait pas bien grave.

Clémence (sortant de son silence, interloquée): Qu’est-ce tu racontes? Évidemment que ce n’est pas grave! Pourquoi ce serait grave?

La Mano, il y a aussi l’idée de tourner partout, tout le temps…

Marlon: Au début, on tournait à perte, c’est obligé. Là, au Mexique où aux Etats-Unis, on commence à être dans la balance. On ne perd pas d’argent, mais on n’en gagne pas. Maintenant, aux Etats-Unis, on joue dans des salles de 1.000 personnes dans les grandes villes, New York, Los Angeles. Entre 200 et 1.000 pour le reste. Au Mexique, c’est des salles entre 500 et 1000 personnes. Et tous les shows qu’on a faits au Mexique, y avait chaque fois bien 200 personnes dehors qui ne pouvaient pas rentrer.

Nunez: La première fois, c’était impressionnant! Ils étaient tous là, on les regardait. Les Mexicains, ils sont trop chauds! Un des groupes qui remplit des stades là-bas, c’est un groupe punk qui s’appelle Cyclope, ils sont Français, et chez nous personne n’en a rien à foutre!

Clémence: Ils kiffaient vraiment la musique, c’était une ambiance incroyable. Quand Alizée, ça marchait plus trop en France, elle est allée faire carrière au Mexique. Comme Lara Fabian qui est une star en Russie.

Nunez: On a joué à Moscou et Saint-Pétersbourg aussi.

Clémence: C’était un peu chaud pour sortir, ils ne voulaient pas nous laisser voir la ville.

> Noir Désir, «Tostaky»

Clémence: C’est pas les Red Hot?… Ah mais si, j’ai déjà entendu ça… (avec Nunez, alors que Marlon s’est écroulé sur la table…) Noir Désir!

Voilà, parce qu’on dirait que c’est le seul groupe français que vous n’ayez jamais écouté!

Marlon: Ouais, exactement. Pas notre délire. J’sais juste que les gens qui écoutaient Noir Désir, c’étaient un peu les mêmes qui écoutaient Muse…

Nunez: Meuh non! Trop pas. C’était plus alternos. Je me rappelle, c’était surtout les babos qui écoutaient Noir Dez’!

Les quoi?!

Clémence: Tous ceux qui jonglent au lycée, qui fument des gros ouinj, parlent politiques et sentent toujours l’encens. 

Marlon: Ah, ouais! Y avait toujours un babos au lycée…

Mais donc, pendant quinze ans, il était impossible de faire du rock en France sans être comparé à Noir Désir. Aujourd’hui, vous ressentez encore ce poids?

Marlon: Absolument pas. Et puis, nous, on était petits quand y a eu Noir Désir.

Clémence: C’étaient les grands frères et les grandes soeurs qui écoutaient ça. J’en connais pas trop dans notre génération qui écoutent ça.

> Daft Punk, «Da Funk»

Marlon: Daft Punk.

Je vous ai vus dans un documentaire Arte sur la “French Touch”. C’était un peu bizarre de vous trouver là…

Marlon: Oui, pour nous aussi, mais en même temps, on était placé comme la relève, donc pourquoi pas. La “French Touch”, on a écouté Daft Punk, Air et Justice, mais on ne connaît pas trop les autres groupes. Ce n’est pas notre génération, on avait dix ans en 2000. Maintenant, il y a un lien entre nous en ce sens qu’on fait de la musique française qui cherche à s’exporter. Daft Punk, c’est clairement une référence dans le sens où c’est un groupe français qui a réussi à bien gérer ses affaires, à s’exporter à l’étranger, à faire des sons incroyables et à avoir une image de ouf!

Donc, dès le départ, vous avez tout pris en compte: le son, l’image, le côté business?

Marlon: Carrément.

Vous passez beaucoup de temps en studio aussi…

Marlon: Ouais. Deux ans par album en moyenne, et même là, j’ai compris que si on voulait aller plus loin, il fallait prendre encore plus de temps. Apparemment, les gros gros albums, tu mets six, sept ans à faire. Sur un disque, tout est calculé, chaque son est travaillé, piste par piste, c’est un truc de fous. Des fois, c’est difficile de garder l’énergie, de simplement finir le morceau.

> Aline, «Je bois et puis je danse»

Tous (directement): Aline!

C’est des copains?

Ouais.

On parle souvent de la nouvelle scène pop française. Il y a vraiment une scène?

Marlon: Y a une scène dans ce sens que tout le monde dit qu’il y a une scène, du coup on se retrouve à la même affiche, on se croise souvent, on est potes. Ca fait partie des nouveaux groupes que je kiffe le plus avec Mustang. C’étaient parmi les premiers groupes qui faisaient ce genre quand on a commencé.

Vous venez tous des Smac (petites salles de concerts subsidiées par l’Etat français pour aider les jeunes groupes)?

Clémence: Non, on ne vient pas des Smac, nous.

Marlon: C’est-à-dire que si, on est en plein dedans. En fait, tu passes des stades. Au début, t’es un groupe inconnu, c’est super dur de faire ton chemin. Après, une fois que t’es dans les Smac, t’es dans les Smac.

Clémence: Oui, mais on en est sorti.

Marlon: Oui, mais ça nous a aidés à nous développer, nous professionnaliser. Mais pas à trouver notre public, par contre. Les Smac, c’est quand t’as percé le premier bouton, c’est le palier d’après. Une fois que t’es dans les Smac, c’est la porte ouverte aux subventions, au circuit, aux tourneurs et ton groupe, tu sais qu’il est assuré pour deux ans au moins.

Tu deviens fonctionnaire?

Marlon: Ouais, tu deviens fonctionnaire, exactement. Nous, on vient des caves, des clubs, des machins comme ça. Mais après, ce qu’on a envie, c’est jouer partout dans le monde et dans des stades. On n’a pas envie de rester coincés dans les petites salles à faire douze fois par an le tour de la France dans le circuit Smac.

L’ambition, c’est quoi?

C’est d’être un gros groupe. International. À la Daft Punk. Mais voilà, faut continuer à gravir les marches de l’escalier.

> Red Hot Chili Peppers, «Give it Away»

Clémence: Ça, c’est les Red Hot.

Alors, racontez-moi. Anthony Kiedis était interviewé à la télé belge durant l’été, on lui demande ses influences, et il parle de La Femme!…

Tous (les yeux ronds comme des ballons): Ah ouais!? Sérieux, il a dit ça?

Et là, vous faites la première partie des Red Hot sur la tournée européenne. Comment ça s’est passé?

Marlon: En fait on a un pote en commun, David Michigan, un photographe américain qui est très pote avec eux, qui les suit partout. Ils sont déjà venus à des fêtes où on a joué dans son appart’, et à mon avis, mon pote David a dû leur parler de nous quand ils cherchaient une première partie. On va faire quelques dates en France, en Espagne, en Italie et en Suisse. Pour nous, c’est énorme.

Donc, ils ne se sont pas retrouvés par hasard dans un petit club à Los Angeles pendant que vous jouiez…

Nunez: Non, ça s’appelle un fantasme, ça.

Vous vous sentez proches de ce qu’ils font?

Marlon: Euh ouais, au niveau de l’énergie rock.

Clémence: Moi, j’ai vu en live, j’ai trouvé ça vachement bien.

Ils n’étaient pas pris au sérieux à leurs débuts…

Marlon: Ah ouais? C’est marrant, on a le même syndrome. (sourire en coin) Personne ne nous prend au sérieux.

Propos recueillis par DIDIER ZACHARIE

Album «Mystère» (Les Disques Pointus/Barclay/Universal et Born Bad pour les vinyles).

La Femme sera en concert le 18 novembre au Botanique (complet).

Journaliste lesoir.be

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2 commentaires

  1. Rotten

    16 novembre 2016 à 5 h 29 min

    “J’sais juste que les gens qui écoutaient Noir Désir, c’étaient un peu les mêmes qui écoutaient Muse” : ça te situe un peu le niveau.

    La femme est l’archétype du teenage band à la versaillaise, avec une portée musicale digne d’un passage d’Indochine chez Dorothée dans les 80′s. Sans parler de leurs prestations live, aussi stupéfiantes que celles d’un groupe de lycée en période de fête de la musique. Mais – superlatifs des Inrocks à l’appuis – il se peut qu’on puisse y trouver une utilité : celle d’une pastille de viagra à destination d’un public en crise de la cinquantaine, le palpitant prêt à exploser sur un parfum de nostalgie phéromonale, couleur lolita.

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