Et le rock’n'roll résonna de nouveau au Bataclan

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Voilà, c’est reparti pour de bon. Pete Doherty a ramené les habitués et mis un joyeux bordel dans la salle du Boulevard Voltaire. Le Bataclan revit au son du rock’n'roll.

Certains concerts sont un peu plus que des concerts. Certes, Sting avait réouvert les portes du Bataclan samedi, devant les familles des victimes, en marge des commémorations du 13 novembre. Une réouverture intimiste, tout en douceur. Mais c’était bien au libertin Peter Doherty, dernière des rock stars décadentes, à rameuter les habitués et refaire du Bataclan un temple du bruit et de la sueur, d’énergie lénifiante. Et c’est exactement ce qu’il a fait. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance.

Vers 20h15, une file qui s’étend sur deux rues s’est formée devant l’entrée de la salle. Les gens sont silencieux. Une rareté à Paris, personne ne râle, personne ne parle. Tout le monde attend son tour, sans broncher. Les filles à gauche, les garçons à droite. Fouille sérieuse, chacun s’y soumet tranquillement avant d’entrer dans le lieu, cette salle violée, meurtrie, qui s’est transformée en cauchemar et en tombeau. Mais une fois entré, on découvre alors, purement et simplement, une splendide salle de spectacle datant de la Belle Epoque. Lumineuse et chaleureuse, des tableaux au mur ramenant au temps de La Goulue et Toulouse-Lautrec. Rien ne fait divaguer notre esprit vers cette soirée-là, ce sinistre vendredi 13.

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Si le concert (annoncé depuis longtemps comme celui de la réouverture) affichait complet depuis plusieurs mois, la fosse n’est pourtant pas tout à fait remplie. Certains ont dû changer d’avis au dernier moment, d’autres restent en retrait, l’air pensif. Avant la montée sur scène de Doherty et ses sbires, une membre du personnel demande, la gorge serrée, une minute de silence pour les victimes. Arrive alors le libertin et son nouveau groupe, dont une violoncelliste qui entame instantanément « La Marseillaise », laquelle est reprise, d’abord timidement, puis franchement, par toute la salle.

Le pas chancelant, la voix éraillée, Peter Doherty entame alors son concert. De nouveaux morceaux (qui devraient apparaître d’ici peu sur un nouvel album) tendance Pogues/Hank Williams, entrecoupés de traditionnels irlandais et de titres plus anciens, comme Doherty tente de l’expliquer dans un franglais bancal. Bref, ça démarre timidement jusqu’à ce qu’une clameur emporte la foule. Alors que le groupe est lancé dans « You’re My Waterloo » des Libertines, Carl Barât monte sur scène pour le solo de guitare. Sans prévenir, on assiste à une réunion du groupe mythique, les deux frères ennemis enchaînant sur « Up The Bracket ». Le public devient fou, se lâche complètement, Doherty lance une guitare dans la foule, qui se l’arrache, les premiers crowdsurfing ont lieu, le Bataclan revit !

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Tandis que Carl Barât retourne en backstage (il sera de retour au deuxième rappel), Pete échange avec le public, en français, du moins il essaie – même s’il se trompe de mots, de temps, il se fait comprendre. Il montre les drapeaux tricolores qui ornent la scène et ce qui est inscrit dessus : « Fuck Forever. Les terroristes ne gagneront pas ».

Quant au set, il est bancal, bordélique, mais entrecoupé de fulgurances. Surtout, le courant passe avec le public. On est devant un vrai concert de rock’n'roll à l’ancienne, sans setlist préétablie, sans remerciement poli, sans grand discours professionnel. A la place, on vit dans l’instant, qui s’avère toujours imprévisible.

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Doherty jette son micro dans la foule, puis, alors que la sécu est allée le récupérer, le jette à nouveau, pied de micro compris et le videur en rigole. Une autre guitare y passe, l’Anglais sert des mains, se rappelle son premier passage dans la salle, s’enfuit, puis revient pour jouer un titre qu’il a écrit sur les attentats. Un long titre, lent et hanté. Lui, le résident parisien qui était venu devant les portes avec sa guitare au lendemain des attentats, veut traduire les paroles alors qu’il les chante, puis abandonne mais fait passer l’idée: la peur de remettre les pieds dans cet endroit, le peur de mourir à nouveau.

Mais ça n’arrivera pas. Au deuxième rappel, après un nouvel instant Libertines qui semble avoir été décidé sur le coup (« Time For Heroes »), le public du Bataclan se lâche une dernière fois sur le bien nommé « Fuck Forever », titre libertin par excellence, tube du Pete : « Je vais baiser éternellement, si cela ne vous dérange pas ! ». Voilà. Dans la salle, les visages sont souriants, des personnes qui ne se connaissaient pas trinquent et discutent ensemble, on paie des verres, dégoulinant de sueur, mais le pied léger, comme si une ombre s’en était allée. Le Bataclan est vivant.

DIDIER ZACHARIE

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Journaliste lesoir.be

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