Ludwig Von 88, une histoire du punk français

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Le groupe punk et fantasque faisait son retour, vingt ans après sa séparation, au Magasin 4. Et Ludwig nous a raconté plein de choses.

Il fut un temps, dans une galaxie très très lointaine, où la France était punk, drôle et de gauche. Et puis, Béru a disparu, Ludwig a disparu et les Le Pen ont prospéré. Fini de rire ! Tout semblait perdu, pour toujours et à jamais. Réjouis-toi, vieille France, car une nouvelle ère vient de commencer : Ludwig est revenu et il n’y a peut-être pas nouvelle plus rassurante que celle-là !

Il fait encore jour en ce dimanche 14 mai 2017, mais ils sont de sortie pour ce qui semble être la première fois depuis mille ans. Oui, eux, les keupons, crêtes iroquois et cuir clouté. Eux qu’on pensait disparus à jamais. Que foutre ! Ils défilent, et en nombre encore bien, vers le Magasin 4 qui fête en ce jour le 3000e concert organisé par le promoteur Marcor.

Alors que les festivités commencent (tôt, couvre-feu d’un autre âge oblige…), on s’est installé avec Karim (chanteur et auteur de romans et nouvelles de fantasy et fantastiques, du type Le Club des punks contre l’apocalypse zombie) , Bruno (guitariste qui sévit aussi sous le nom de Sergent Garcia depuis 1998) et Charlu (bassiste. C’est tout. Viens pas emmerder Charlu avec des questions perso, fieu!), lesquels nous ont retracé l’aventure Ludwig Von 88, des origines à nos jours.

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« Au début, il n’y avait rien ». C’est comme ça que l’histoire commence. « Quelques MJC (maisons des jeunes – NDLR), quelques salles de fêtes, mais il y avait très très peu de lieux pour jouer. Ce sont des fans, la plupart des gars sensibilisés, des anars, qui ont monté des associations et ont commencé à organiser des concerts, notamment dans des squats. Le punk anglais était passé par là, ça avait donné des idées. Et puis, ça a rapidement fait boule de neige : associations, groupes, fanzines, artistes plasticiens… A un moment, les gars se sont dit qu’ils n’étaient pas obligé de suivre le circuit officiel, ils ont donc organisé leurs soirées à 10 balles, souvent dans des squats ».

Les squats ! Aujourd’hui, c’est surtout un mot qui désigne un instrument pour muscler ce qui entoure les os du cul. Avant, c’était un logement inoccupé qui était pris d’assaut et transformé en logement occupé, mais aussi en lieu culturel. Entendre culture de la rue, pas culture prout prout. C’est des squats qu’est né le mouvement alternatif français des années 80. « C’est ce qui fait le lien avec le punk de 77, même si en France, en 77, il y avait juste deux groupes qui ont excité quelques parisiens branchés. Métal Urbain, on ne connaissait pas. C’est après que le mythe s’est écrit ».

La sauce punk prend donc dès le début du premier mandat de Mitterrand. Ludwig Von 88 se forme en 1984 alors que Bérurier Noir sort son premier album, le bien nommé Macadam Massacre. Les deux groupes ont toujours été liés, notamment de par leurs origines – le même gars, un certain Olaf, éminence grise du punk français, aurait fondé les deux groupes avant de tirer sa révérence aussi subitement qu’il était venu (Réponse : « Ouais, il est resté quinze jours, quoi… »). Mais dans le chaudron punk alternatif de l’époque, Ludwig se démarque assez rapidement en la jouant déconne et blagues potaches tout en appelant au Grand Soir.

« Au début, on était très sérieux. Et puis, on a vu la lumière, un jour lors d’un concert à Barcelone. On avait trouvé l’entrée de la cave d’absinthe un peu avant le concert, du coup, ça a été tournée générale, le public était plus bourré que nous encore et ça a fait boum dans nos têtes ! » Mais aussi : « On faisait du rock n’ roll dadaïste. Les punks provoquaient. Nous on s’en foutait de provoquer des gens qui étaient déjà provoqués, du coup, on provoquait les punks. Le chanteur des Garçons Bouchers voulaient nous casser la gueule la première fois qu’il nous a vu sur scène. Il avait pas compris. Ils faisaient de la musique celtique à l’époque, deux jours après, ils faisaient du punk. Mais nous, la déconne, c’est aussi simplement parce qu’on était comme ça ».

Le scène alternative tourne à plein régime, le mouvement est politisé, du moins sensibilisé (« Les années 80, ce sont les premiers gros résultats de Le Pen. Et puis, avec les skins, c’était tendu »), les réseaux sont créés et les groupes poussent aux six coins de l’Hexagone, jouant rapidement devant des milliers de personnes (« 2000 personnes aux concerts partout en province. Béru, eux, c’était la folie »). Quant au bifteck… « On n’en a pas vécu avant 1990 quand on a découvert l’intermittence du spectacle et la SACEM. Nous on était au courant de rien. Après, on était libre, on pouvait entrer en studio une fois par an, produire nous-mêmes nos disques, on s’est acheté un van pour tourner. On n’avait pas de gros besoins non plus ».

2017. C’est fête au Magasin 4. Des ballons, des pétards, des crêtes et du punk à reprendre en pogotant : « Prolétaires ! Prolétaires ! », « Ah quel bonheur de travailler dans les rizières ! », « New New New Orleans ». Les gars envoient, se font plaisir et font plaisir. Mais que reste-t-il de ce mouvement punk alternatif des années 80 ? Un simple plaisir nostalgique ?

« Tous les gens qui se sont bougés le cul à l’époque à développer tout le circuit rock indépendant en France… Aujourd’hui, les structures existent toujours ! Que ce soit en rock, en rap ou en techno. Il y a plein de groupes, beaucoup plus qu’à l’époque. Les festivals d’été, c’est de là que ça vient, qui étaient alors des espaces libertaires le temps de quelques jours… Alors, bien sûr, tout cela est moins spontané, c’est officialisé par les autorités, donc plus formaté. Mais c’est là, on ne peut pas se plaindre tout le temps. Nous, à l’époque, on se plaignait qu’il n’y avait pas de circuit pour jouer. A chaque génération de reprendre le truc et de recréer une voie alternative. D’ailleurs, ça reprend un peu en ce moment. Ce n’est pas facile pour eux, c’est vrai, mais ce n’était pas facile pour nous ».

Rassurant, qu’on vous dit, le retour de Ludwig !

DIDIER ZACHARIE

BONUS: Loran des Bérus emmerde toujours autant le Front national


Présidentielle. Loran, ex-Béru et Ramoneur de… par Letelegramme

Puisqu’on est en famille… Une chose qui était passée sous les radars tandis qu’on s’étonnait de la léthargie du monde culturel durant l’entre-deux tours des présidentielles françaises. Comme si voir la tronche à la Marine (Charlu des Ludwig nous arrête net: “Un truc qui m’énerve, c’est d’appeler cette meuf Marine. C’est comme ça qu’ils ont baisé les trois-quart des mecs qui votent pour eux. Déjà, Marine, c’est pas son nom. Son nom, c’est Le Pen ! Macron, c’est peut-être le fils caché de Hollande, mais l’autre, c’est la vraie fille de Le Pen!”, fin de la parenthèse) au deuxième tour ne faisait plus ni chaud, ni froid (ni-ni, donc…). Quelqu’un l’a pourtant ouverte pour dire « No pasaran ». Loran des Bérus, exilé en Bretagne, a expliqué dans une tribune à Télégramme postée le 4 mai qu’il ne «comprend pas comment des gens puissent se poser la question de savoir pour qui aller voter » et « hallucine » de « l’apathie » de ses pairs face au FN. « On s’y habitue, c’est très mauvais ».

A 53 ans, contrairement à d’autres, Loran n’a eu aucun état d’âme à voter Macron au second tour. « Face à un tel danger, il faut faire barrage, c’est un principe ». Selon lui, l’histoire reste la même : « Le loup veut rentrer dans la bergerie, donc il montre patte blanche. Mais une fois qu’il y est, c’est terminé. On connaît ce conte depuis l’enfance ! ».

Pour l’occase, il a ressorti une nouvelle version de l’hymne anti-FN « Porcherie », jouée avec son nouveau groupe Les Ramoneurs de Menhirs. Car aujourd’hui comme hier, « la jeunesse emmerde le Front national ».

Journaliste lesoir.be

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