Un jour aux Nuits Sonores

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Le festival lyonnais fête ses 15 ans. Nous sommes allés y faire un petit tour, histoire de prendre la température avant que ne se concrétise sa déclinaison bruxelloise.

Des concerts, des dj sets, un forum où l’on débat de sujets comme l’apport de la culture au projet européen, des activités annexes, un parcours, et le tout organisé dans des lieux remarquables voire défrichés pour l’occasion : tel est le pédigrée de ce festival estampillé « musique électronique », qui a vu le jour avec l’ambition de créer du mouvement et du lien dans la ville. Les Nuits Sonores de Lyon célèbrent cette année leurs 15 ans d’existence et un carton qui ne se dément toujours pas : dans la foulée de la prestation inaugurale signée Air mardi dernier et d’un Laurent Garnier mercredi, on a vu beaucoup, beaucoup de monde venir s’installer – notamment – sur les dancefloors éphémères des bords de Saône et de Rhône.

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Vendredi après-midi, c’est aux Subsistances, un ancien entrepôt militaire pourvu d’une impressionnante verrière au 19e siècle et qui accueille notamment l’École des Beaux-Arts, qu’on découvre en quoi consiste la « carte blanche à Lisbonne » imaginée cette année par les organisateurs. L‘endroit, sur un quai de la Saône, rappelle vaguement les Halles de Schaerbeek. En scène : Keep Razors Sharp, une formation déjà bien rodée au Portugal, qui joue quelque part entre Black Mountain et le Simple Minds de l’époque New gold dream. Sympa, pour une entrée en matière. Sympa aussi : on retrouve le groupe un peu plus tard sous un petit chapiteau réservé aux enfants. Le batteur, tatoué de partout, a prudemment remis son t-shirt le temps de ce concert kids friendly.

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A La Sucrière, on se prend une première grosse dose de beats. Le programme du jour y est thématique : « A day with Nina Kraviz ». C’est de 15h à 22h, et c’est complet ! Dans ce quartier longtemps délaissé et aujourd’hui pimpant (le cube vert dans lequel Euronews a ses bureaux en marque une des entrées), on repère de loin les deux silos de cette ancienne usine. Tout en haut, la terrasse offre une vue imprenable, on y carbure au mojito parce que le soleil qui tape donne des envies d’évasion et on y arrive juste pile trop tard pour voir le live d’Andy Stott. Retour sur le plancher des vaches : dans le bâtiment, une masse compacte encercle le booth improvisé où mixe la star russe. Et dehors, on se presse devant le New-yorkais Jus-Ed. Chaleur. File aux toilettes des filles. Gravier et poussière. Fait soif !

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« Ze » lieu de cette édition des Nuits Sonores est à coup sûr l’ancienne usine de machines à laver Fagor-Brandt. Soit quatre énormes salles (on pourrait y caser quelques fois le HF6 des Ardentes) et de quoi se concocter un parcours éclectique. De la techno pure et dure made in France avec François X épaulé en back to back par Bambounou – infrabasses monstrueuses et lights idem -, au guest le plus improbable, en l’occurrence Pharoah Sanders tout juste débarqué de L.A. pour rejoindre son trio piano/batterie/contrebasse. Pour le coup, lui a dû se demander s’il n’aurait pas été mieux en club, histoire de s’épargner cet incessant brouhaha, indice d’un public pas forcément accro au free jazz et à son sax ténor… Pas grave : à 76 ans, l’ancien protégé de Sun Ra n’a eu qu’à accélérer un peu le rythme pour donner du sens à sa place dans une programmation soucieuse d’éclectisme.

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En début de nuit, l’endroit est noir de monde. Le long des allées, l’épisode de forte chaleur (en langage Météo France) est toujours de mise : la Croix Rouge est au taquet. Mais il fait encore plus chaud dedans et tous en redemandent. A la Halle D, Omar Souleyman, l’homme au keffieh désormais signé sur le label de Diplo (To Syria with love sort ce 2 juin), a trouvé l’endroit parfait pour laisser parler les quelques influences plus techno qui percolent désormais dans son dabke. Son claviériste, lui, carbure toujours à l’acid oriental. Du coup, Omar met le souk et ça danse jusque dans les entrées du bâtiment. Au loin, on voit sombrer un slammeur… Bamboula de maboules !

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Là, un passage par le ravito s’impose. Enfer et calcification : 3,70€ pour 25cl de Kro ? Gosier assoiffé n’a point de calculette, c’est bien connu mais abusé quand même. Ah, on me glisse dans l’oreillette qu’on est en France. Dans ce cas… Retour à la Halle D où le programme annonce un autre invité improbable : Mustafa Özkent. Le guitariste, assis avec son instrument sur les genoux, partitions posées devant lui, se balade depuis les années 70 dans la pop, le rock, le blues, la musique psyché… Et même « une chanson romantique un peu triste », annonce-t-il en fin de concert. Deux batteurs, deux percussionnistes et un claviériste, tous belges, accompagnent cette figure de la musique turque que certains décrivent un peu comme un Santana ou un Mark Knopfler du Bosphore. Applaudissements. « Merci, c’est très gentil », répond l’intéressé, très style.

Moscoman est israélien, issu d’une scène à Tel Aviv où on mélange sans se retenir new wave post punk et sonorités orientales. Il a débarqué de ce côté-ci du Jourdain via le label I Am A Cliché de Cosmo Vitelli et vit désormais installé à Berlin. Ce vendredi, il se produit en trio : machines/effets/platines, basse et batterie. Son rock aux parfums eighties truffé de house, à moins que ce ne soit l’inverse, oscille entre captivant, un peu cheesy et parfois bien barré.

Barré, c’est aussi un qualificatif qui colle pas mal au live électro de Floating Points. Sam Shepherd, le docteur en neuroscience, auteur il y a deux ans de l’excellent Elaenia, a une réputation de nerd, du genre à jouer avec un orchestre de 11 musiciens ou à reprendre à sa sauce le « Harvest time » de Pharoah Sanders. Dans la toute grande Halle C, l’Anglais livre un set inventif et intrigant, tirant de ses machines et de ses amas de câbles broken beats, bleeps et bruit blanc.

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Samedi, la mise en route se fait façon moteur diesel. Aux festivités de la veille s’ajoutent un retour à l’hôtel à pied (‘tain, c’est long 2,7km à 3h30 du matin) et une courte nuit. Avant de retourner voir ce qui se passe sur le rooftop de la Sucrerie, petit détour salutaire par le Food Truck Cantina : c’est comme les chariots des cowboys mis en rond sur la prairie pour parer aux attaques des Apaches, sauf qu’ici les chariots vendent plein de bonnes choses à manger et si l’ennemi joue du tamtam, c’est juste dans ta tête. Une IPA plus tard (soigner le mal par le mal, toussa…), direction ce rooftop, donc. Une patrouille de CRS a serré deux types emmenés du coup à l’écart pour une fouille en bonne et due forme. On ne badine pas avec la sécurité. Notez : sur le site, les vigiles sont d’une courtoisie assez exquise !

La Sucrerie… Nina Kraviz vendredi ; aujourd’hui, c’est « A day with John Hopkins », lequel Hopkins partage les lieux avec Actress notamment. Et c’est tout aussi complet ! Au planning, il reste pile de quoi se faire une demi-heure de Nathan Fake avant de sauter dans un tacard, récupérer la valise à l’hôtel et filer prendre le TGV du retour. On savoure : l’Anglais, il y a quelques mois victime d’une panne d’inspiration, joue en live un set sensoriel et cérébral, construit comme une longue plage évolutive, dans la ligne de son album Providence sorti plus tôt dans l’année. Sur l’écran, des volumes géométriques jouent au Tetris…

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Les Nuits Sonores s’installeront à Bruxelles du 14 au 17 septembre, dans divers endroits de la capitale. Toutes les infos… très bientôt !

Didier Stiers

 

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