Radiohead envoûte (gentiment) Werchter

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Le légendaire groupe britannique a donné deux heures de concert ce vendredi soir au festival Rock Werchter, glissant quelques-uns de ses plus grands tubes au cœur de son activité favorite : offrir au public une véritable expérience sonore. Et quasi spirituelle.

On venait pour plein de gens à Werchter : Arcade Fire, Kings of Leon, Beth Ditto, Imagine Dragons, Foo Fighters, Soulwax, Jain, Oscar & the Wolf, Lorde, Agnes Obel… Oui mais quand même. Voir Radiohead sur scène – la dernière fois, ici, c’était en 2008 – pile l’année des vingt ans de OK Computer, se laisser envoûter par la voix chamanique de Thom Yorke, c’était un peu le climax du week-end.

Vers 22h, vendredi soir, Chrissie Hynde achève de mettre son public dans la poche de son jean avec un vieux rock propre et nerveux – qui n’avait pas convaincu à TW Classic le 24 juin à cause d’un très mauvais son –, malmenant sa guitare dorée, dévorant son harmonica et entonnant « Don’t get me wrong » avec la même voix que celle dont tous les garçons nés avant 1970 étaient tombés amoureux. Bon, la frange est devenue grise, Martin Chambers a des bras de papy mais quand il fouette ses cymbales comme un dompteur de lions, les veines des Pretenders palpitent de jeune sève.

A peine la bombe de « Brass in the pocket » a-t-elle levé l’ancre qu’une voix s’élève du côté de la Main Stage. Une voix sur un piano. Calmes et lointains. Dans l’herbe, on relève la tête, on se dégage du flamant rose gonflable, on se met debout pour mieux voir le profil émacié du chanteur britannique, mal rasé, tee-shirt noir, les cheveux tirés en un man bun (le même petit chignon que Stromae).

« C’est qui ? demande la fille des hamburgers. Y en a du monde ! » Pas le temps de lui expliquer l’ampleur d’un groupe comme Radiohead que « Lucky » démarre. Parfait. Il est 22.38 et voilà, les cinq potes se sont déjà débarrassés d’un tube. « Meeting in the Aisle » suit peu après, l’odeur de l’herbe écrase celle de la bière, Ed O’Brien s’échauffe les doigts sur ses cordes, Jonny Greenwood réveille ses ondes Martenot et sur l’inquiétant « Man of War », la basse de son frère prend feu et écrase tous les autres instruments.

Rien au milieu. Mâles, plutôt. Assez bons en paroles. Le mec devant connaît tout « Let Down », l’un des morceaux les plus frais du groupe, presque joyeux, quasi funky. Sur « Pyramid Song », son voisin devient fou. Il fait : « Oh non! Celle-là est ma-gni-fi-que! Il joue sur sa guitare avec un archet de violon! » De fait. Le son se fait lancinant et incantatoire et les voix s’élèvent de partout, au diapason.

Un concert de Radiohead, ce n’est pas une messe. C’est plus puissant, c’est une séance d’hypnose. La foule, elle s’engourdit, elle se laisse faire. Ils n’ont pas besoin de la relancer, pas besoin de parler, juste un petit « Thank you » de temps en temps, sans s’angoisser des gros blancs entre les morceaux. Zen. Un long tunnel sans tube. Jusqu’à « No Surprises », vers minuit. Herbert, un fan venu d’Allemagne, s’emballe : « Ah, enfin ils arrêtent de faire leurs trous du cul et ils jouent un de leurs hits ! » Il se repent. « Mais bon, quoi qu’ils fassent, de toute façon, ils sont les meilleurs de leur génération non? Avec Sigur Ros. »

Au moment où il dit ça, il se passe un truc bizarre. Les incantations psalmodiques s’effacent devant les riffs de guitares, les spots rouges jouent aux stroboscopes, et la voix de Yorke devient aiguisée et nasillarde comme un Neil Young. Sur « Paranoid Android », elle vire même super faux. On est à deux heures de concert. Sans doute que ça suffit. Volubile, d’un coup, il lâche : « Comment ça se passe jusqu’ici ? Ne soyez pas trop défoncés quand même (Don’t be too fucked up) ».

Après ça, les premières notes de « Karma Police » jouées comme au ralenti, le son qui s’éteint et toute la plaine qui reprend d’une force « I lost myself, I lost myself, I lost myself »… Radiohead, c’est une religion. Ses neuf albums, pour beaucoup, c’est l’évangile. Mais ce concert, on n’y a pas trouvé l’extase.

Et en plus, ils ont pas fait « Creep ».

JULIE HUON
Photos MATHIEU GOLINVAUX


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2 commentaires

  1. Bonga Camera.

    7 juillet 2017 à 1 h 32 min

    Cams.Comm.

  2. Bforbank

    22 juillet 2017 à 16 h 52 min

    Moi j’ai vu Radiohead à Coachella cette année, ce groupe est juste incroyable ! Ils passent les générations sans aucun problème, c’est juste du pur bonheur !

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