Slowdive sur un nuage

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Le groupe shoegaze anglais, reformé il y a quelques années, a offert une performance d’une classe folle samedi au Botanique.

Il y a vingt-cinq ans déjà, Slowdive restait en retrait. Au sein de la mouvance shoegaze comme du label pourtant fort en grandes gueules Creation, le quintette de Reading faisait profil bas, peaufinant calmement le son de ses disques, tandis que toute la lumière était prise par My Bloody Valentine ou Ride. « Un tout petit groupe », comme le confiait récemment au Soir son guitariste-chanteur et principal compositeur Neil Halstead.

Sauf que Slowdive, sorti de son hibernation de vingt-deux ans, a réalisé en début d’année un album quasiment parfait de pop rêveuse, sans nostalgie aucune, sans aucun regard sur le passé. Juste huit chansons tout en apesanteur qui semblent exister hors du temps. Certains naissent posthumes. Heureusement, Slowdive est ressuscité. Groupe a jamais sous-estimé, il peut enfin apprécier la reconnaissance.

L’Orangerie du Botanique est archi-comble pour accueillir le quintette anglais qui aurait probablement pu viser un Cirque Royal. Deux guitares, deux voix (celles de Rachel Goswell et Neil Halstead), synthé, basse, batterie. A l’ancienne. Le groupe monte sur scène sur le son apaisant de « Deep Blue Day » de Brian Eno. Et c’est bien de cela dont il va s’agir : d’un plongeon dans le grand bleu, loin des vagues et des tourments, le grand bleu des cieux.

Le concert commence avec « Slomo », titre d’ouverture du dernier album. Et tout est déjà dit. Le son est d’une clarté à remballer sa poudre Persil. C’est d’une perfection sans nom. On entend chaque instrument avec netteté, à commencer par cette basse de velours. La chanson, comme toutes les autres, prend son temps pour décoller, les guitares tourbillonnent tranquillement, tissent des fils d’électricité avant de s’envoler pour de bon, direction les nuages.

Une heure et demie en apesanteur. Vieux et nouveaux titres s’enchaînent comme si chacun avait été écrit hier… ou il y a dix-mille ans. « Star Roving », « Souvlaki », « Sugar For The Pill ». A chaque fois, on s’envole. Et toujours cette basse imperturbable… Slowdive est le chaînon manquant entre The Cure et le shoegaze. Pop, cristallin, rêveur. L’apothéose viendra avec le dernier titre du set qui commence comme une litanie psychédélique avant d’exploser de mille feus : il s’agit d’une reprise de Syd Barrett, « Golden Hair », quasiment méconnaissable, mais sans doute le plus bel hommage offert au génie de Cambridge.

Vingt-six ans après la sortie de son premier album, trois depuis sa reformation, Slowdive a donné un concert cinq étoiles qui a prouvé ce qu’Einstein n’avait fait que pressentir: le temps n’existe pas.

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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