Damso roi des Belges

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Le rappeur bruxellois a retourné Forest National ce vendredi.

Cent trente-deux ans après que Leopold II a décidé que les 2,5 millions de kilomètres carrés autour du fleuve Congo lui appartenaient, un Congolais s’installe sur le trône de Belgique.

Il faut se rendre compte du phénomène. Rarement avait-on vu un Forest National aussi bouillant – un Forest rempli à ras-bord (et non le “petit” Forest sans les balcons, comme pour Ghinzu en 2010). La fosse se transforme en un immense pogo dès que les basses résonnent et du parterre aux balcons, tout le monde reprend à gorge déployée toutes les paroles de toutes les chansons du maître de cérémonie. Evidemment, comme dans la plupart des concerts hip-hop, ça vire par moments à la soirée jukebox-karaoké, il n’empêche… La communion est réelle, palpable, intégrale. Devant une telle effervescence, le MC reste stoïque. Et puis finit par baisser la garde, presque malgré lui, comme débordé par cette ardeur, il laisse entrer l’émotion et dit de sa voix calme et posée, le sourire aux lèvres: “Ca fait plaisir”.

Damso a prouvé vendredi qu’il était bien le nouveau poids lourd du rap francophone – et le maître absolu du hip-hop made in Belgium. En mode old school (DJ/MC), le molosse de Kin a envoyé son verbe comme des uppercuts à un public surchauffé qui, loin de se sentir assommé, n’a eu de cesse d’en redemander. Chaque titre est reçu comme un tube: “Macarana”, “Signaler”, “Kin la belle”, “Que de la vie”, “Nwaar is the new black”, “Bruxelle Vie” qui résonnait particulièrement ce vendredi soir pour ce premier concert bruxellois en forme de couronnement.

Et puis, surtout, il y a le brûlot “Débrouillard” et sa punchline tellement “sale” qu’elle en est indépassable: “Le silence est d’or donc chut, quand je t’encule ne crie pas/ J’veux entendre que le frottement des pores/ Et le bruit des mes grosses testicules sur ton ‘uc”… Et 8.000 kets (dont un nombre incalculable de filles) de hurler en choeur et avec bonheur un “Grosse pute!” libérateur. Comme un plaisir de dire l’interdit.

 

Mais le message n’est pas tant dans le sens des mots que dans le public. Un public jeune (entre 18 et 30 ans en moyenne) et un public mixte. Blanc, jaune, brun, noir, filles et garçons, des kets d’Anneessens comme d’Uccle, un public qui est représentatif de la région bruxelloise et, par extenso, du pays (manque juste la population flamande qui, si elle adore un Roméo Elvis, n’entrave rien à Damso…). On n’a jamais vu une telle mixité dans aucun concert de rock ou d’electro. Bruxelles est arrivé. Et le peuple est là, réuni, pour couronner et célébrer son roi: Dems!

DIDIER ZACHARIE

Lire aussi sur Le Soir Plus notre dossier sur Damso et le rap “sale”

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TRACKLIST: INTRO Philharmonics (Agnes Obel) par Angèle et Exutoire/ Kietu/ Periscope/ Kin la Belle/ Signaler/ Ipséité/ Débrouillard/ #QuedusaalVie/ Que de la vie/ Autotune/ Noob Saibot/ Lové/ J’suis dans les Tieks/ Gova/ Bruxelles Vie/ Dieu ne ment jamais/ Amnésie/ N. J respect R/ Nwaar is the new black/ Appelez ça comme vous voulez/ Freestyle Couvre feu OKLM/ Quotidien de baisé/ Macarena/ Mwaka Moon (Kalash)/ Mosaïque solitaire (feat. Angèle)

Journaliste lesoir.be

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