Fever Ray, maîtresses de l’univers

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C’était soirée Halloween, ce jeudi à l’AB. Thématique féministe electro-queer et pour le peuple qui avait eu l’inconscience de s’incruster, fallait bien faire attention à pas se faire bouffer ! Ca se passe comme ça, avec Fever Ray

Il y avait des sorcières sur scène… Des superhéroïnes aussi. Une armée de valkyries prête à en découdre, le beat au poing, dans un théâtre grand guignolesque et joliment bordélique. Karin Dreijer a toujours une idée saugrenue ou l’autre à développer quand il s’agit de se mettre en scène, que ce soit avec The Knife ou son projet solo Fever Ray. Le concert à l’AB aura ainsi été aussi visuel que sonore. Un peu trop, peut-être…

Elles sont six, toutes déguisées (du moins, on suppose qu’il s’agissait de déguisement), deux chanteuses, deux aux percus électroniques et deux aux synthés-machines. Il s’agit d’une démocratie, sans leader, du moins, c’est ce que laisse voir… la meneuse, Karin Dreijer, crâne rasé, maquillage mansonesque et tenue bouffie, indescriptible avec pour seule inscription : « I love girl ». A ses côtés, une femme-souris, une femme-Musclor, que sais-je encore… Fever Ray a inventé l’esthétique black metal fluo-pop. Ou quelque chose comme ça.

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Cette fois-ci, pourtant, il s’agit bien d’un vrai concert (contrairement à la dernière tournée The Knife qui s’apparentait plutôt à un spectacle de danse post-post-post-moderne), mais l’image est tellement forte, tellement kitsch et pop qu’elle étouffera quelque peu les chansons.

Lesquelles ont du mal à décoller. A vrai dire, on se rend compte en live à quel point le deuxième album de Fever Ray est pop. Derrière l’emballage ultra-théâtral, c’est techno-pop à l’ancienne. Pas désagréable, mais pas renversant non plus. C’est seulement lorsqu’on prend un peu de recul, qu’on s’éloigne des couleurs flash pour avoir un angle d’ensemble qu’on apprécie alors l’effort, la construction des titres dont certains virent techno minimale avant de revenir au bercail, et qu’on ressent, enfin, un peu d’émotion.

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Car à force d’en mettre plein la vue, Fever Ray en oublie le ressenti. Le curseur sera recentré via quelques titres plus intimistes, comme « Red Trails » ou les extraits du premier album éponyme, beaucoup plus atmosphériques, hantés même. La fin du concert et le rappel seront donc à la hauteur des attentes, notamment avec la merveille « Keep The Streets Empty For Me » ou l’improbable tube « If I Had a Heart ».

Au final, si on est quelque peu resté sur notre faim, on a eu ce qu’on était venu chercher. Un truc à part, différent. Quelque chose qui « bouscule les habitudes ». Du grand spectacle avec un arrière-fond politique. La soirée ne fut pas renversante, certes, mais elle a répondu aux attentes. Que demande le peuple ? Le pouvoir aux femmes ! Mais surtout aux freaks !

DIDIER ZACHARIE
Photos MATHIEU GOLINVAUX

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SETLIST An Itch/ A Part of Us/ When I Grow Up/ Mustn’t Hurry/ This Country/ Falling/ Wanna Sip/ I’m Not Done/ Red Trails/ Concrete Walls/ To The Moon And Back/ Triangle Walks/ IDK About You/ Keep The Streets Empty For Me RAPPEL If I Had A Heart/ Mama’s Hand

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Fever Ray se produira le 8 juillet à Rock Werchter.

Journaliste lesoir.be

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