Catherine Ringer, éternelle gamine

BRUXELLES, concert nuits du botanique bota  bozar Salle Henry Le Boeuf CATHERINE RINGER RITA MITSOUKO.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

La chanteuse des regrettés Rita Mitsouko a donné un concert énergique et enjoué à un parterre de Bozar qui a terminé debout comme une seule personne.

Elle danse, la Ringer. Des mouvements flamenco, des pas funky, telle une gamine de seize ans qu’elle donne l’impression d’être, toujours, à jamais, malgré ses soixante printemps. Elle chante aussi, la voix haute qui piaffe et qui grimpe encore plus haut vers les sommets de la Callas, sans crainte, facile, l’esprit rock n’ roll toujours en alerte. La scène est un théâtre, là où on joue, alors elle joue, la Ringer, elle joue sans jamais s’arrêter, transportée par les sonorités d’un groupe funky en diable, et elle nous emmène dans ses histoires, dans son théâtre. Une artiste, en vrai. Une artiste au pluriel à épeler avec un grand A. La Ringer ! Sacrée bonne femme, va !

Dix ans après la mort de son complice Fred Chichin qui a mis fin à l’aventure Rita Mitsouko, Catherine Ringer revenait l’automne dernier avec un deuxième album solo, Chroniques et fantaisies, chroniques douces-amères des belles heures du passé, fantaisies du présent et de la nécessité d’avancer, ou le contraire. Un disque qui, l’air de rien, recèle quelques chansons à l’écriture fine et ciselée parmi les plus belles de son répertoire. C’est cet album qu’elle est venue présenter ce samedi à Bozar, dans le cadre des Nuits Botanique, commençant le set par l’apaisé « Senior » et son manifeste : « Senior ? J’adore ! ». Pourtant, Catherine Ringer déborde d’une énergie toute juvénile, qu’elle va partager pendant quasiment deux heures d’un set à la fois enjoué et touchant, intimiste et énergique.

BRUXELLES, concert nuits du botanique bota  bozar Salle Henry Le Boeuf CATHERINE RINGER RITA MITSOUKO.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

La première heure du set est principalement dédiée au dernier album. Entre variété et rock funky, les titres sont parfaitement servis par un son parfait, un groupe serré (section rythmique groovy, guitariste chichinesque et clavier power disco) et une interprétation claire et enlevée. Catherine Ringer, tenue rouge, baskets bleues et des airs de gamine tzigane de soixante ans, présente chaque titre et leur donne littéralement vie en les interprétant – chanteuse, danseuse, comédienne, la Ringer est tout cela à la fois. On retiendra quelques perles comme « Obstination », « Leur amour » et son refrain à la flûte, que la diva prend en charge et, surtout, « Tristessa », ode au défunt mari durant laquelle la chanteuse se change en pleureuse drapée de noir. Titre intime et touchant qui marque la moitié du set. Place ensuite aux envolées funk rock et aux Rita Mitsouko !

Mais pas les titres les plus évidents, non. Des pépites parfois oubliées, dépoussiérées et qui retrouvent leur brillant d’antan et nous font dire que les Rita étaient vraiment un groupe à part et précieux. Un groupe à la créativité folle qui mélangeait tous les styles et les continents : chanson, funk, rock, guitare manouche, moyen-orientale, blues, disco, cabaret, tango, rumba, envoie la sauce ! « Don’t Forget The Nite », « Ce sale ton », « Le petit train », « Singing in the shower » auxquels viennent se mêler quelques titres récents comme la comptine « Petite planète ». Et puis arrive l’irrésistible et indémodable « Marcia Baila », trésor de la chanson française qui a redéfini et modernisé le genre – il y a près de trente-cinq ans déjà !

BRUXELLES, concert nuits du botanique bota  bozar Salle Henry Le Boeuf CATHERINE RINGER RITA MITSOUKO.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

En guise de rappel, après « Les Bohémiens » (écrit pour le film de Tony Gatlif, Liberté), un bruit de fond s’installe… « C’est quoi ce bruit ? » « C’est Andy ! » « -Vous connaissez le hashtag #BalanceTaTruie… Ca fait trente ans qu’il me colle. Pauvre Andy… » Le public est debout, place à la danse, encore et toujours, entre la chanteuse et son batteur cette fois, qui s’en (et nous en) donnent à coeur joie. Trente ans après la déferlante Rita Mitsouko, on mesure aujourd’hui la place de Catherine Ringer dans la pop made in France. Les Christine & The Queens, Jain ou Clara Luciani d’aujourd’hui lui doivent tellement. Mais la Ringer n’y pense pas. Elle danse, la Ringer, elle chante. Elle joue, tout simplement.

DIDIER ZACHARIE
Photos MATHIEU GOLINVAUX

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Journaliste lesoir.be

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