#Nuits18 : Voyage, voyage*

nuits botanique

Une création autour de l’électronique, le père de l’éthio-jazz et des punks de Bristol : passer d’une salle à l’autre au Bota revient parfois à aller loin sans bouger beaucoup.

Dans la foulée du Liégeois Rari seul aux commandes, sur la scène d’une Rotonde sold out, Haring en version « live band » est l’une des quatre créations programmées aux Nuits cette année (avec BRNSRPPRS dont on a déjà causé, Pitcho & Musiques Nouvelles ce samedi et Rodolphe Coster dimanche). Tout est dans l’intitulé : une batterie et un clavier encadrent le dj/producteur bruxellois. Aux futs : Antoine Pasqualini, alias Monolithe Noir. Aux touches : Antoine Flipo, soit la moitié de Glass Museum.  On est en famille ou presque : Haring a remixé « Waves » et Monolithe Noir a fait de même avec « Tribal coffee », deux extraits du premier album de Glass Museum, Deux, qui fera l’objet d’une release party ce 25 mai à l’Atelier 210. Sans dénaturer l’origine électronique de ce que propose Haring, sans en restituer quelque chose de totalement organique – et malgré une cymbale récalcitrante- , la paire d’Antoine fait plus que l’accompagner ou le soutenir. Dans ses compos que des transitions fluides envoient de la house soft à des plages plus jazzy, d’une sorte d’ambient classieuse à des balades tranquillement downtempo, il y a des échanges et des interactions entre le dj/producteur et ses deux musiciens.

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Contraste saisissant, forcément, avec ces punks d’Idles au même moment en train de secouer l’Orangerie, en prélude au concert de ces Canadiens de Metz que Steve Albini aime tant. Idles, c’est à la fois braillard et rigolard (et pif, que je me fous de la gueule du « Wonderwall » des Gallagher bros. et paf que je danse comme une ballerine dans ma salopette en jeans), tout sale et énergique (dans le genre tribal, quelle frappe de batterie, mes aïeux). Les Anglais de Bristol ne nous ont donc pas vendu un chat dans un sac en intitulant leur premier album Brutalism, album sorti huit ans après leurs débuts. Quand Joe Talbot, derrière son micro, donne dans le commentaire social, on lui trouve une certaine parenté avec Jason Williamson de Sleaford Mods. La claque de la soirée !

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Quitter Idles, Haring et rejoindre le chapiteau, c’est un peu comme changer de galaxie sans le Faucon Millenium. Ce vendredi, il est aux couleurs du jazz et de l’Afrique, accueillant d’abord les Sénégalais de l’Orchestra Baobab puis Mulatu Astatke et son big band. Auteur, compositeur mais aussi chercheur (il a travaillé au MIT), le père de l’éthio-jazz (mélange de jazz et des musiques traditionnelles éthiopiennes cristallisé dans les années 60) propage à sa manière la bonne parole. « Nous sous-estimons les racines africaines du jazz, qui viennent notamment de la musique de nos tribus, disait-il ainsi dans une interview au Monde. Ces dernières sont de véritables scientifiques. Elles sont le passé mais aussi l’avenir du jazz éthiopien. Nous devons revenir à nos racines et les explorer si nous voulons lui donner un second souffle. »

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Ce soir, derrière ses congas ou son vibraphone, ce second souffle passe notamment par cet extrait de la bande originale qu’il avait composée pour le Broken flowers de Jim Jarmusch (« Yekermo Sew »). Mercredi passé, avec Bagarre, on pogotait joyeusement, et ce vendredi, attentif, on applaudit en cours de morceau quand le soliste en termine avec son intervention. Les cinq Français ont le club pour religion, l’art de l’Éthiopien a notamment animé les bars d’Addis-Abeba : il n’y a parfois pas loin entre les deux…

Didier Stiers
(Photos : Sylvain Piraux)

* Pardon pour l’earworm !

 

Didier Stiers

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