Olafur Arnalds, Chopin avec du beat

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En clôture des Nuits Botanique, le compositeur « néo-classique » islandais a offert un concert somptueux à Bozar pour la première date de sa nouvelle tournée, établissant des ponts entre classique et électro.

Olafur tremble comme une feuille. Ce silence respectueux, cette salle somptueuse… Lui, ces dernières années, était plus habitué aux champs de boue des festivals aux petites heures du matin. C’est qu’entre la « belle » musique et la techno, Olafur Arnalds n’a jamais choisi. D’ailleurs, au départ, c’est le punk qui l’intéressait. Et puis, un groupe de metal allemand lui a demandé de composer “quelque chose d’orchestré”, un truc qui sonnerait bien pour débuter l’album. Et l’Islandais s’est pris au jeu des cordes, de Chopin et des envolées célestes. Aujourd’hui, sa musique est appréciée par le public de Musiq3. C’est quelque chose qu’il n’avait pas du tout prévu… Et le voilà, tremblant comme une feuille dans son tee shirt informe, essayant de se calmer en détendant l’atmosphère comme il peut. Il n’a pas compris que ce n’était pas nécessaire. Cette humilité est son point fort. Et ce concert, une pure merveille !

Contrairement à ses pairs du courant « néo-classique » (Nils Frahm, Max Richter,…), Olafur Arnalds n’a pas de formation classique. Lui ne revendique rien, il fait juste la musique qu’il aime, qu’il ressent. Si bien qu’ Olafur Arnalds est peut-être le meilleur représentant de cette mouvance, le juste milieu entre Chopin, Sigur Ros et l’electro-ambient. Chopin avec du beat ! Le classicisme de l’Islandais n’est pas à retrouver dans les compositions – toutes très dépouillées, minimalistes – ni dans la technique, mais dans ce lyrisme contenu, dans ces envolées oniriques jamais surjouées, toujours mesurées. L’émotion juste.

La mise en scène est somptueuse. Deux pianos éclairés en retrait (dont un qui jouera tout seul… ou via ordinateur interposé), un quatuor à cordes en demi-cercle, une batterie sur le côté et devant, le chef d’orchestre qui se partage entre piano, synthés et bidouillages électroniques. La salle Henri Le Boeuf est remplie jusqu’au deuxième balcon d’un public assez jeune, entre 30 et 40 ans de moyenne d’âge, un public qui tousse (tiens, prends un frisk!), mais se réfugie aussi dans un silence quasiment parfait, laissant parler le piano, les violons, les respirations, laissant surgir les percussions et les infrabasses.

Entre nouveaux titres d’un album à paraître (et qui s’annonce bien), solo de violon et hommage à Chopin (et à sa grand-mère qui lui a fait écouter le pianiste alors qu’il ne jurait que par le punk rock), Olafur Arnalds aura offert un set équilibré, somptueux, la première date de sa nouvelle tournée qui passera notamment par le Royal Albert Hall de Londres (entre quelques dates de festival avec son duo électronique Kiasmos qui avait joué à Bozar lors du BEAF il y a quelques années… Une tout autre configuration comme il l’a lui-même souligné : « Quelqu’un avait-il assisté à ce concert ? » Trois personnes, tout au plus !) et qui repassera par la salle Reine Elisabeth d’Anvers à l’automne.

Un concert qui ne choisit pas, se fiche des étiquettes, se fiche de la dichotomie art majeur/art mineur et, de par ce refus de choisir, fait bouger les lignes. Car derrière son humilité, Olafur Arnalds construit des ponts entre le profane et le sacré. Il décloisonne le classique, mais aussi l’électronique. Et, l’air de rien, sans même s’en rendre compte, ce garçon nerveux, tremblotant comme une feuille dans son tee shirt informe offre une nouvelle jeunesse au patrimoine musical européen. Pas moins.

DIDIER ZACHARIE

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Journaliste lesoir.be

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