Moins de mots, plus de plaisir

Frontstage - Mardaga

Post-rock et électro, disions-nous à propos du changement de cap musical de Jérôme Mardaga, anciennement Jéronimo. On fait le point avec l’intéressé qui présente son nouvel album cette semaine au Bota.

Pour l’heure, cela dit, on l’aura plus souvent vu sur scène sous son pseudo de Thamel. « C’est le nom du quartier chaud de Katmandou », nous précise-t-il d’emblée. Voilà un bon petit moment maintenant que ses guitares sont au mur, et que Jérôme Mardaga passe son temps le nez sur ses synthés. « Un jour, je m’étais dit que je partirais là-dedans. La musique ambiante électronique que j’écoute depuis mes dix ans. Tangerine Dream, Jean-Michel Jarre et « Oxygène »… C’est juste que je n’en avais jamais vraiment eu l’occasion. »

C’est en Chine, lors d’une tournée, que le déclic s’est produit. « L’espace-temps s’y prêtait, s’amuse-t-il. Je suis rentré, je me suis lancé là-dedans… » Un album a vu le jour en novembre (sous la forme d’une cassette), et une quinzaine de dates ont déjà rempli son agenda. Parmi les dernières : la première partie de Veence Hanao pendant les Nuits Bota et celle de Trisomie 21 à l’Atelier Rock de Huy en mai. Un deuxième album devrait voir le jour à l’automne. « Je voudrais qu’il y ait une sorte de travail régulier chaque année. »

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Outre ce projet cent pour cent électronique (et « images » quand l’endroit se prête aux projections), c’est donc aussi sous son nom propre qu’il revient. Jérôme Mardaga. Avec un album intitulé Raid aérien. On vous en a déjà touché un mot il y a quelques semaines : exit donc Jeronimo. Ce disque traduit lui aussi une sorte de retour à ce qu’il écoutait voilà des décennies. Loin du format pop-rock qui nous a valu « A Monaco », « Ton éternel petit groupe » ou « Irons-nous voir Ostende ? »

« Le format pop-rock que j’avais avec Jeronimo, l’approche des textes, ce côté un peu clown triste, le quotidien décalé, pfff, je pensais en avoir fait le tour. Je me rappelle, sur la dernière tournée : on jouait et je pensais à autre chose. Cruise control ! J’avais l’impression de jouer à la belote avec le groupe. Je n’étais vraiment plus en phase avec ce répertoire et ce style-là. » Un répertoire créé à l’aube des années 2000… « C’était la fin de Radio 21… On pouvait encore aller donner sa démo à Alexandra Vassen, et puis elle la passait. Et ça faisait du bien de passer à la radio, à cette époque-là. Quand j’ai entendu pour la première fois ma première chanson à la radio, ce n’était pas rien. Je voulais me prouver quelque chose, et puis mon entourage me disait qu’il aimait. Tout ça tombait bien, ça m’a permis plein de choses. Les tournées, c’était l’aboutissement d’un rêve… Mais ça s’est effrité. Le troisième album (Mélodies démolies, en 2008), c’était déjà moins spontané, moins facile. Et le quatrième, alors… »

Le quatrième, Zinzin, arrive en même temps qu’une petite crise de la quarantaine. Jérôme éprouve le besoin d’un recentrage. « J’en suis revenu à l’époque où j’ai commencé vraiment à découvrir Killing Joke, Cure, Joy Division… J’avais 14, 15 ans. Ce sont vraiment ces groupes-là, ces sonorités-là qui m’ont donné envie de monter un groupe. En commençant ce travail-là, je me suis dit « pourquoi tu n’irais pas un peu dire bonjour à l’ado que tu as été » ? Et peut-être lui dire merci au travers de musiques ? »

Raid aérien est donc ce disque qu’il aurait pu adorer quand il était ado. Le chant est en français, le cahier des charges très strict. « Pour les textes, je me suis dit que mon quotidien, ça ne regardait plus que moi. Donc pas d’histoires d’amour, de chansons autobiographiques. En réécoutant mon travail, je me disais souvent qu’il y avait trop de mots. Christophe Waeytens (ndlr : qui s’occupe de son management et dont le label, Granvia, sort le disque) m’a bien aidé pour ça. C’est lui à un moment donné qui m’a donné l’idée : si ça se trouve, il n’y a pas besoin de refrain. J’avais plein de refrains chantés, on a réécouté les morceaux en « mutant » les refrains et, oui… c’était ça ! Finalement, j’ai peu écrit. Et le sens, les sens, s’il y en a, sont apparus après, à la réécoute. « Chien noir », ça parle du cafard, mais c’est un peu comme Rhinocéros de Ionesco : ça peut vouloir dire d’autres choses. Ce qu’on veut… Et ça, c’était nouveau, pour moi. »

Didier Stiers
(Photo : Geoffroy Sculfort)

Concerts : le 7 juin au Botanique, le 24 juin à la fête de la Musique à Izel, le 19 juillet aux Francofolies de Spa et le 10 novembre au Reflektor.

 

Didier Stiers

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