Grunge is dead

BRUXELLES, festival  rock Werchter Pearl Jam Eddy vedder.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

Entre Alice In Chains, Pearl Jam et les Breeders, les années 90 rock sont à l’honneur à Werchter.

Je vous parle d’un temps que les moins de… arf, 35 ans… Un temps dont ces gens se cognent royalement ! Ce temps où des hordes de chevelus en short troué et cheveux gras étaient les dieux de l’Olympe. Ou Werchter, même, le grand Werchter dépendait d’eux et d’eux seuls. De leurs guitares grasses et de leur allure menaçante de cadavres ambulants. Ces lointaines années 90 où le rock était seul maître à bord. Et où le summum du cool se dénommait rock alternatif… Ou, comme on disait alors, pour faire court et cibler la scène de Seattle, le grunge.

Que sont-elles devenues, ces anciennes divinités ? Elles sont mortes, pour la plupart. Ce qu’il en reste, à peu de choses près, se produisait à Werchter ce week-end.

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Layne Staley est mort en 2002, mais Alice In Chains vit toujours. Il le doit à son guitariste-meneur Jerry Cantrell, mais aussi et surtout à William DuVall, grand black élégant qui a cette particularité… de chanter exactement comme le défunt Staley. Etant donné la personnalité de cette voix qu’on jurerait venue d’outre-tombe, cela aide. Et les « Rooster », « Would ? » ou « No Excuses » de résonner avec bonheur dans nos oreilles en ce jeudi après-midi. Guitares grasses, atmosphère lente, étouffante, sabbathienne, le vieux répertoire d’Alice tient toujours la route et réjouit le public. Du moins le sien, celui qui a connu les années fastes du grunge. L’autre partie, qui n’entend absolument rien à ces vieilles histoires, s’est amassée dans un Klub C surchauffé pour écouter le rap Vince Staples.

BRUXELLES, festival  rock Werchter  The Breeders.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

Les soeurs Deal sont heureuses d’être là. Elles ne s’y attendaient pas, elles qui ont survécu à tous les excès. Reformant leur groupe de 1993 il y a cinq ans, les Breeders ont sorti un nouvel album en début d’année. Et les voici de retour à Werchter, envoyant leur sauce alternative, guitares saturées-basse-batterie, comme à l’époque exactement. Un peu trop d’ailleurs. D’autant que la plupart des morceaux joués sont récents. Mais le doublé « Gigantic » (écrit à l’époque des Pixies pour les Pixies) et « Cannonball » nous rappellent ce qu’on est venu faire là. La nostalgie, camarade…

BRUXELLES, festival  rock Werchter  Pearl Jam Eddy vedder.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

Et puis, il y a Eddie. En fin de compte, Eddie Vedder est peut-être le seul chanteur-leader-figure de proue de cette génération qui a survécu. Mais Eddie a-t-il jamais été grunge ? Lui a toujours eu trop foi en la vie. En les hommes. Eddie a survécu parce qu’il sait aller chercher l’énergie dont il a besoin et qu’il y croit. Il a la foi. Façon Springsteen, façon Bono. Voilà. Pearl Jam, les U2 du grunge ? C’est un peu l’idée qui reste alors qu’Eddie harangue la foule, lui parle en flamand, la caresse dans le sens du poil, « quel merveilleux festival ! » et termine avec le maillot des Diables Rouges sur le dos, dédiant « I Believe In Miracles » des Ramones à l’équipe belge, en veux-tu, en voilà… Croire aux miracles. Encore et toujours cette positive attitude joliment naïve.

Attention, Eddie est passionné. Il ne ment pas. Eddie est vrai et entier. Mais Eddie a la voix cassée. En tout cas, elle déraille, cette voix qui se traîne aussi toujours un peu trop du côté du faux. Et si le groupe derrière lui bastonne, c’est quelque peu dans le sourd (carton jaune à l’ingé son) et on se dit tristement que Pearl Jam devrait changer de nom et s’appeler Eddie & The Jam tant Jeff Ament, Stone Gossard, Mike McCready et Matt Cameron, bien que parfaits, semblent aujourd’hui accompagner leur leader omniprésent. Surtout, Pearl Jam balance du best of et on a l’impression d’écouter les Classic Rock de Marc Ysaye. Et quand Eddie invite sur scène Kim Thayil de Soundgarden et Wayne Kramer du MC5 pour un gros « Kick Out the Jam, Motherfuckers ! », on est coincé entre la surprise agréable et le sentiment que Pearl Jam est devenu un musée du rock qui tourne pour honorer la mémoire des frères tombés au combat. Ce que les moins de 35 ans confirment avec le regard perdu de celui qui ne comprend pas de quoi on parle (était-ce Waterloo ? Azincourt ? Ou Leningrad?) et surtout, pourquoi on en parle encore aujourd’hui, alors que tout cela est tombé en cendres il y a tellement longtemps.

DIDIER ZACHARIE
Photos MATHIEU GOLINVAUX

BRUXELLES, festival  rock Werchter  Pearl Jam Eddy vedder.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

SETLIST PEARL JAM Elderly Woman Behind The Counter In a Small Town/ Animal/ Mind Your Manners/ Do The Evolution/ Corduroy/ Kick Out The Jams/ Even Flow/ Habit/ Given To Fly/ Can’t Deny Me/ Wish List/ Spin The Black Circle/ WhyGo/ Jeremy/ Lukin/ Porch/ Imagine/ Once/ I Believe In Miracles/ Black/ Rearviewmirror RAPPEL Alive/ Baba O’ Riley

BRUXELLES, festival  rock Werchter  Pearl Jam Eddy vedder.GOLINVAUX MATHIEU./LESOIR

Journaliste lesoir.be

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1 commentaire

  1. Janssen

    12 juillet 2018 à 9 h 25 min

    Fausse, la voix d’Eddie? M’enfin… « dans le sourd »? Sortez vous des oreilles les petits bouchons offerts à l’entrée pour tympans délicats. La scène rock tout entière s’est toujours tournée avec respect vers ses anciens. Et ceux-ci ne sont pas si anciens que ça. Si on ne peut plus faire de festival que pour les moins de 35 ans, c’est un peu navrant. Par ailleurs, la force du Line up cette année est précisément son éclectisme : de Roméo Elvis à Nick Cave en passant par NIN et Post Malone, cela a permis un très touchant brassage de générations. J’ai aussi vu une très jeune fan de Nick Cave en larmes, un vieux rockeux dodeliner sur Post Malone et… des post-ados arborant leur t-shirt Pearl Jam. Le grunge est mort, vive le grunge!

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