#dour2018: état des lieux rock avec BRNS

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Conversation sans langue de pute avec BRNS juste avant leur concert vendredi à Dour.

Il y a six ans, BRNS débarquait avec le tube indé « Mexico » qui les installait comme relève de la scène rock du royaume. Depuis, Instagram, hip-hop, salles de concerts aseptisées et Spotify, le paysage musical a changé. Etat des lieux avec Antoine Meersseman (basse) et Diego Leyder (guitare).

Dès vos débuts, votre stratégie a été de tourner tout le temps, partout en Europe, souvent à perte, afin de vous faire connaître. Est-ce que ça a fini par payer ?

Diego : En un sens, oui, parce qu’on a réussi à pas mal tourner. Mais sur ce disque, on doit bien faire le constat qu’on a beaucoup moins tourné, et dans moins de pays. Des tourneurs espéraient sans doute qu’on break, que l’album sorte dans plus de pays et ils nous ont moins invités. Aujourd’hui, en-dehors de la Belgique, on tourne surtout en Allemagne, en France et en Suisse. Et on fait une semaine en Angleterre en septembre.
Antoine : Dans une logique de développement, si tu n’as pas un solide
airplay, en radio ou en playlist, ou des partenaires qui font vraiment la promo pour toi, il n’y a pas moyen. On va le dire clairement, en ce qui nous concerne, ça n’explose pas.

Pourquoi ?

Antoine : On a profité de l’ère rock indé post-2007 et des débuts des réseaux sociaux ou c’était alors très facile de communiquer. Maintenant, vu le tournant que ça prend, si tu ne mets pas plein d’argent pour hyper-communiquer, c’est difficile. On a bien vu quand l’album est sorti (“Sugar High”, en septembre 2017), beaucoup de gens n’étaient simplement pas au courant.

Et aujourd’hui, tout le monde écoute du hip-hop…
Antoine : Sans nous en rendre compte, on a fait un album vraiment rock (même si je n’aime pas ce terme) qui n’est pas du tout dans l’époque. C’est un constat assez simple. Après, on ne va pas pleurnicher. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas dans l’air du temps qu’on va changer notre fusil d’épaule. Si tu regardes un mec comme Veence Hanao, lui a galéré de son côté pendant des années alors qu’il sortait de superbes disques et maintenant, il est accueilli à bras ouverts. Comme quoi, il faut continuer à faire son truc.

Vous vous sentez un peu seul sur la scène rock à Bruxelles ?
Antoine : Oui. Il n’y a plus rien qui s’est passé, rien de neuf. Après, ce n’est pas très grave… Par contre, l’expérience des concerts rock, que ce soit à l’AB ou au Bota où c’est devenu hyper aseptisé, est devenue plate. Aller voir un concert de rock, aujourd’hui, c’est comme aller au cinéma. Tout est hyper cadré, on vient, on repart tout de suite après et rien ne s’est passé. Or, quand tu vois CabaJass ou Roméo Elvis, l’expérience de concert est super. Et les gens écoutent aussi pour ça.

Avec « Concert de Légende », vous organisez des petits concerts pour rebooster un peu l’offre à Bruxelles ?

Antoine : « Concert de Légende », c’est moi et Tim (Philippe, batterie et chant) et deux autres gars. Ce n’est pas directement lié à BRNS. En organisant des petits concerts ou tu paies simplement ton entrée et ta bière à moindre prix, on s’est rendu compte que ça intéressait pas mal de gens. Même un groupe de shoegaze inconnu, le public sera là, 100 ou 150 pèlerins, mais hyper chauds. Donc c’est faux de dire qu’il n’y a plus que le hip hop aujourd’hui. C’est simplement que l’offre de concerts rock est aseptisée. Il faut développer l’offre. Aujourd’hui, il y a plein de tourneurs qui cherchent plutôt à envoyer un groupe dans une petite salle surchauffée que de les placer au Bota où il sera certes mieux payé, aura une plus grosse promo, mais où il n’y aura rien qui en ressort. Pour nous aussi, la question se pose. Est-ce qu’on a envie de rester un groupe de D2 ou passer en division inférieure, être moins payé, mais avoir plus de retour ?

Les festivals, c’est devenu un passage obligé pour gagner son pain ?
Diego : En vrai, notre gagne-pain, c’est la France. Mais c’est vrai que les festivals sont essentiels financièrement. Et puis, ça aide à toucher un nouveau public qui, on l’espère, viendra nous voir plus tard.
Antoine : C’est comme une mutualisation du public que tu as été cueillir un peu partout et ce n’est pas déplaisant. Maintenant, je trouve le concept de festival assez bizarre, les machines que c’est devenu, même ici, à Dour. Se prendre dix concerts dans la face comme ça, c’est quand même difficile. J’aime bien y jouer, mais en tant que festivalier, je ne l’ai jamais beaucoup fait. Je préfère les petits festivals où les gens sont là avant tout pour la musique, ce qui n’est plus beaucoup le cas dans la plupart des festivals où les gens viennent surtout pour faire la fête.


Et l’aspect libertaire des festivals et à Dour en particulier… ?

Antoine : Bof. Ce n’est pas trop l’image qu’on en a. On revient du festival Fusion en Allemagne, près de Berlin. Là-bas, c’est vraiment libertaire, dans le sens noble du terme, ça reste très respectueux et bon enfant. Les gens peuvent prendre plein de drogues, ils sont hyper responsables, picolent dans des bouteilles en verre sans qu’il y ait un verre de pété et se lèvent à 8h pour faire du taï shi. C’est hyper détendu, tu ne vois pas un flic, pas un steward, c’est un truc totalement autogéré. Si tu compares l’expérience du festival en Belgique, j’ai l’impression qu’on prend de plus en plus les gens pour des enfants et c’est ça qui les pousse à déconner. A Dour, j’aime bien l’ambiance durant la journée, mais passé 23 heures, ça devient agressif, avec de la grosse techno pas toujours de très bon goût pour faire plaisir aux gamins qui ont la mâchoire qui déraille. Dans tous les festivals qu’on a faits en Allemagne, c’est plus détendu, moins fliqué, plus porté sur la musique. Tu as de la techno minimale et du chant polyphonique mongol. Ca fait plaisir par les temps qui courent de voir ce genre de trucs.

DIDIER ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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