Micro, allegro serioso !

Frontstage - Micro - Vue

Ce week-end, c’était Esperanzah et Ronquières, mais précédés par le Micro Festival. La 9e édition se voulait un peu plus longue que les précédentes : nous sommes allés y faire (plus qu’)un tour : en deux jours sur trois, on y voit déjà de sérieux clients. A commencer par The Notwist et Snapped Ankles.

On ne change pas une formule qui a fait ses preuves. Ou alors, juste comme il faut : le site est cette année exploité un peu différemment, et en fait… au mieux et au maximum. Voilà pour le côté pratique de cette édition numéro 9 qui sera probablement la dernière dans cette forme, précisent les organisateurs, un bâtiment devant occuper l’Espace 251 Nord. L’affiche, elle, s’étale sur trois jours et non plus deux. Un petit rab’, de manière à pouvoir coller à l’agenda d’un groupe qu’on rêvait d’avoir ici et pas depuis hier : The Notwist.

Frontstage - Micro - Jawhar

Jeudi, c’est donc Jawhar en version groupe qui ouvre les festivités. Et on le sait : ouvrir un festival peut être une opportunité mais a toujours un petit quelque chose d’ingrat. De fait, il peut y avoir un peu plus de monde sous le chapiteau sur le coup de 19h. Histoire que le brouhaha environnant soit un peu moins perceptible… Drôle d’idée quand même qu’ont certains de taper la discute pendant un concert, alors qu’il leur suffirait de s’éloigner de quelques mètres pour mieux s’entendre. Quand il présente « Bik Ndour », il faut bien tendre l’oreille pour l’écouter expliquer que c’est le premier titre de Winrah Marah, que cet album-là sort sous peu du côté de Liège parce que la Belgique est un grand pays et qu’il a été décidé d’y procéder de manière quelque peu régionale. A ce propos d’ailleurs, Jawhar sera le 28 septembre aux Chiroux… où l’on goûtera mieux aux subtilités et à la douceur de ses compos.

Frontstage - Micro - Condor Gruppe

Se caser à neuf sur la petite scène du Micro relève un peu du problème de la planche dans Titanic, mais Condor Gruppe a de la tenue et le résout non sans une certaine classe. L’univers instrumental très morriconien du groupe de Michiel Van Cleuvenbergen, casquette Suicidal Tendencies sur le crâne, s’est encore enrichi. Etoffé. Les cuivres claquent et s’invitent dans la section rythmique, le sitar ouvre d’autres perspectives de voyage, pas uniquement du côté de Bollywood, mais aussi dans la pop de la fin des années 60 et se manifeste même le temps d’un solo. L’album Interplanetary travel sorti en mars porte décidément bien son titre !

Frontstage - Micro - Notwist

Ils étaient du Meltdown dont Robert Smith vient de jouer les curateurs. Ils sont ce que l’Allemagne offre de plus excitant en matière musicale depuis un bon moment (d’accord, avec Meute). Et ils restent influents 30 ans après être passés par dessus les fonts baptismaux ; certains chroniqueurs disent en avoir même retrouvé quelques traces chez BRNS)… Bref, The Notwist, le groupe que les gens du Micro rêvaient donc d’avoir depuis longtemps, et comme il faut toujours croire en ses rêves, eh ben, ils l’ont eu ! Surtout que sa prestation est du genre quatre étoiles. Pop, kraut, électronica (« indietronique » comme on dit dans la presse teutonne) : les couches se superposent, les structures se complexifient, les racines punk se dévoilent et s’effacent, la transe s’installe, à laquelle se mêle finalement la voix de fausset de Markus Acher. Un rappel ? Allez, un petit rappel. Prévu ou pas, toujours est-il qu’on dépasse là l’horaire imparti, mais dans le voisinage, personne ne semble y trouver à redire.

Frontstage - Micro - Komplikations

Vendredi, début d’après midi : le Micro affiche complet. Alors, les « cherche une place pour aujourd’hui » se multiplient sur la page Facebook de l’événement. Comme tous les ans, il y a de ces imprévoyant(e)s… qui n’auront donc pas vu Bayacomputer, Komplikations (le trio électro punk germano-liégeois avec une voix façon Pistols, dont le prochain album arrivera début 2019), le régional de l’étape en toute fin de soirée (Arthur Johnson) ou encore les Américains sympas d’Omni (mais ça c’est un peu moins grave).

Frontstage - Micro - No Age

Anciens pensionnaires de Sub Pop, Dean Spunt et Randy Randall revisitent le duo guitare batterie (avec le batteur au chant) en mode punk et fun. No Age, c’est un chouia de frénésie noisy mais aussi quelques mélodies catchy sans que ça en devienne honteux. Devant les Californiens, ça pogote et ça secoue les barrières dans la bonne humeur. Avec eux, le Micro passe définitivement le cap festif. Ce qui fait qu’un saut à l’Oasis 3000 s’impose. Ce belvédère en matériaux de récup décoré de skis est « ze » bonne idée de cette édition : de l’ombre et des brumisateurs, c’est le top luxe ! Pour lutter contre la déshydratation, des citernes d’eau potable sont également accessibles en quelques points du site.

Frontstage - Micro - Snapped Ankles

Avec Snapped Ankles, on n’a même pas le temps de se dire qu’on a encore plus chaud rien qu’à les regarder. Les Anglais dans leurs costumes en lichen qui les couvrent des pieds à la tête ou quasi sont vite au cœur du sujet. La nuit s’annonce, leur mélange de kraut, d’électronique, de sons psychés/dub façon African Head Charge, d’accents rave et de boucles jouissives vire peu à peu à la fête tribale. Les quatre Londoniens ont développé toute une mystique autour des arbres (ils tirent d’ailleurs aussi des sons des bouts de branches qui coiffent les pieds de micros) : ben, ça donne envie de s’en acheter un, d’arbre !

Frontstage - Micro - Flavien Berger

Après l’électro dansante un peu potache de Borokov Borokov, remplaçant anversois des Hollandais de Dollkraut, place à la tête d’affiche de ce vendredi : Flavien Berger, toujours équilibriste sur le mince fil du kitsch. Le garçon, qui raconte s’être essayé à la musique sur sa PlayStation, dit avoir écouté » tout Telex. C’est la moindre des choses, mais il a manifestement fait de même avec Suicide (« La fête noire », « Bleu sous-marin ») et Sébastien Tellier (inévitablement). Résultat : des textes et une électropop à la naïveté plutôt bonhomme, mais surtout, des morceaux qui sont tout sauf linéaires, réservant alors d’amusantes et aventureuses embardées. Ce qui, en définitive, cadre bien avec l’esprit du Micro : convivial en diable, musicalement alléchant… et propice aux embardées.

Didier Stiers

 

Didier Stiers

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